‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 150 sur 205 · XX. — ÉTUDES GHECQUES DANS L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

XX. — ÉTUDES GHECQUES DANS L'ENSEIGNEMENT

je lo crains, an discrédit des ctndes classiques, réduit ces études aux Immanités. Les humanités, mot excellent d'ailleurs, en ce qu'il exprime à merveille cette politesse du cœur et de l'esprit que doit enseigner, que doit entretenir un commerce assidu avec le plus pur génie de l'antiquité; mais on abuse du mot et de la chose quand on y veut réduire toute l'ambition comme tous les devoirs de l'enseignement qui prépare aux carrières libérales. C'est se former de cet enseignement une idée à la fois trop étroite et trop haute que de lui recommander uniquement l'analyse des auteurs d'élite et de leurs œuvres éminentes. Selon un axiome célèbre, dont notre préjugé s'autorise, le beau n'étant que la splendeur du vrai, les chefs-d'œuvre littéraires contiendraient à eux seuls la substance de toute vérité. Ils suffiraient ainsi à l'éducation de l'honnête homme, pourvu qu'une intelligente analyse en fît sortir le suc divin qu'ils recèlent : optimisme séduisant, que dément l'expérience journalière. En eiîet, sur une classe, fût-elle très nombreuse, combien peu d'élèves se montrent capables des nobles et délicates jouissances que leur offrent de telles études! Excepté un petit nombre de jeunes gens deslinés parleur condition sociale et par une heureuse vocation, à vivre de la vie des belles-lettres, les autres n'atteignent jamais à ces hauteurs où nous voulons les élever. Conçues dans cet esprit, nos leçons les découragent et les exposent à sortir de nos mains mal préparés pour les épreuves qui les attendent dans le monde. Oue l'interprétation des chefsd'œuvre littéraires soit notre principale méthode d'instruction, je le veux toujours; mais qu'elle ne règne pas à l'exclusion d'autres études, c'est ce que l'on peut désirer pour le bien de tous, sans faire tort à la force des uns par trop d'indulgence pour la faiblesse des autres. Il va sans dire que je ne conseille pas de mettre par préférence entre les

mnins do nos écoliers les ailleurs ou les ouvrages que leur mécliocritc rapproche du plus grand nombre des esprits. Mais n'y a-t-il pas, même à î)ropos des grands hommes et dos modèles excellents, d'autres leçons à donner que celle d'une littérature dogniaiiquo résumant, en cha(]ue genre, les lois suprêmes du beau? 1) abord la critique trop amie des axiomes court risque d'aboutir souvent à des abstractions stériles. A vouloir dominer de trop haut les accidents de la pratique et les caprices du talent personnel, elle s'expose à quitter le sol mémo de la réalité. Par exemple, pour songer trop à la tragédie, elle oubliera un peu l'auteur tragique, ses acteurs, ses spectateurs et son théâtre, le temps et les mœurs dont toutes ces choses dépendent : elle finira par confondre un peu Sophocle et Racine en un vague idéal de perfection. Chercher rcsscnco des choses est bon, pourvu qu'on la cherche toujours par l'histoire autant que par la théorie. D'ailleurs, ce genre de critique, fùt-ilmôme le meilleur du monde, peut laisser place en son voisinage à d'autres idées plus modestes, mais non moins utiles. A côté des hautes vérités du goût, on conçoit un enseignement plus varié, plus vivant encore, si je jiiiis dire, et plus également profitable à tous les esprits, .lontends par là certaines leçons de bon sons et de sagesse que peut tirer des auteurs, classiques une étude curieuse sans minutie. S'il y a peu d'hommes à qui il importe d'apprendre le dernier mot de la raison savante en matière de tragédie ou d'épopée, au contraire, il n'y en a pas iiii, |tarini ceux ([iii |)rétendent à des carrières libérales, qui ne prolitc; à hieii connaître le propre caractère et la conslilulioii des sociétés anciennes dont la nnti-e a bérité. Or, cette connaissance, on n'y arrive (ju'en lisant et en étudiant une assez grande varii'lé de textes originaux; travail qui est, avant tout, le devoir dos maîtres et dont ensuite leur science judicieuse et discrète

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