XXI. — OBSERVATIONS SUR L'ENSEIGNEMENT DU GREC
notre langue est étroitement liée à celle du grec et du latin. Ceux de nos élèves qui ne doivent pas atteindre aux humanités proprement dites, ceuK qui n'arriveront pas à jouir en hommes de goût des hcautés de la poésie et de Téloquence grecques, sont encore et fortement intéressés à connaître, au moins par les éléments, deux langues dont l'une, le latin, est le fond même de la nôtre, et l'autre, le grec, verse chaque jour des termes nouveaux dans le vocahulaire des sciences et des arts. Pour une personne ignorante du latin et surtout du grec, ce vocabulaire est plein de formes obscures et d'une apparence barbare ; la même ignorance expose à l'encombrer, sans l'enrichir, de mots irrégulièrement empruntés aux langues anciennes. Cela est si vrai que môme dans les établissements tels que le collège Chaptal et l'école Turgot, les maîtres chargés d'enseigner le français, s'ils veulent donner aux élèves une solide connaissance de leur langue maternelle, sont amenés peu à peu à s'appuyer sur une méthode d'analyse étymologique où entrent quelques notions de latin et de grec.
4° Il est donc à souhaiter que Tétude du grec ne soit pas soumise à de nouvelles restrictions dans l'enseignement libéral que reçoit une minorité, en définitive peu nombreuse et librement recrutée, de la jeunesse française. Il faudrait plutôt qu'elle fût affermie, sinon étendue, par l'amélioration des méthodes et le choix de plus en plus judicieux des exercices. C'est là vraiment qu'est le nœud de la difticuUé en ce moment soumise à l'opinion publique ; c'est dans cet ordre d'idées que nous chercherions le moyen de concilier l'étude du grec avec les accroissements que le progrès des sciences et les besoins de la société moderne ont successivement imposés à nos programmes.
'6° En ce qui concerne Famélioraliou des méthodes, on paraît généralement regretter la suppression officielle des
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lexiques de racines greeqnes qui, (le|Miis Port-l{oy,il, ont servi à l'enseignenient élémentaire do cette laniiue. L'expérience a l'ait voir l'utilité d'un petit livre qui permette aux élèves d'apprendre et de retenir sûrement les mots riches en dérivés, puis de se lamiliariser avec les procédés de la dérivation et de la composition. Le Jardin des racines, ]»ul>li('' en l()o7 j»ar Lancelot. tani de fois i'eniani('' depuis, n'est pas, assurément, au courant des progrès de la science moderne, et, malgré bien des tentatives honorables, nous n'avons à recommander spécialement aucun livre (jui le puisse remplacer. Sur ce point, comme sur bien d'autres, nous croyons qu'il faut laisser une grande liberté à l'initiative et au zèle des professeurs. A défaut d'un bon recueil mélIio(li(jiie des i-aeines grec(pies, (|ui est, en c(^ moment, chose fort souhaitable, et en attendant (pi'un tel livre se produise, les maîtres peuvent y su[)pléer par leur propre méthode; ils jieuvenl, et nous savons (pie ])lusieurs n'y man(}uent pas dans nos lycées, accoutumer les élèves à tirer des explications journalières et à ranger dans un cahier spécial les mots dont la connaissance est le plus nécessaire pourai'rivei' à uiu> lecture facile des auteurs. I^'usage uième commence à se répandre d'associer étroitement le grec, le latin et le français dans l'cMiide des racines et des formes grammaticales; nous ne saurions (rop ajiplaudir ;i ccl cn'orl salutaire.
0" Lu autre }ioinl sur lecpiel nous croyons devoir insister, c'est de ne pas attacher trop longtemps les commençants à l'étude de la grammaire et de les mettre I(> plus toi possible aux prises avec les textes des écrivains classiques. l*our cela il faudrait, non pas retrancher des livres de graniMi lire les formes dialc(li(|iies et poétiques (elles y ont leur place légitime), mais en ajourner l'élude au moment où elle deviendrait nécessaire.