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XXII. — L'HISTOIRE LITTÉRAIRE DANS LES LYCÉES

un autre Jour, ils ont eu à écrire dans la même lan^rue une sorte de préface ou de dédicace adressée à l'empereur Auguste par le géographe Strabon. L'émoi a été grand parmi les jeunes rhétoriciens pris au dépourvu et qui presque tous manquaient des notions les plus élémentaires sur de tels sujets. Et pourtant, Polybe semblait leur être signalé d'avance par le jugement que Fénelon a porté sur lui dans un chapitre de sa Lettre à M. Dacier sur les occupations de l'Académie française ; les biographies des deux Gâtons par Plutarque comptent parmi les plus célèbres de cet écrivain éminemment classique et presque populaire; Strabon est le plus considérable des géographes anciens ; et son livre, qui décrit toutes les contrées du monde alors connu, en un temps où elles étaient presque toutes comprises dans l'unité du monde romain, renferme maintes pages qui en ont pu être détachées pour servir comme texte de version grecque dans les classes de grammaire et d'humanités. Mais, si les professeurs ont quelquefois choisi des textes dans ces divers ouvrages, ils ont trop souvent négligé de rattacher à l'explication qui en a été faite dans leur classe des renseignements sur la biographie de Polybe, de Strabon, sur la vie et les écrits de Plutarque. Le mal que nous signalons tient à des causes plus générales, auxquelles nous voulons remonter.

Que l'on ouvre les plus anciens programmes de nos études universitaires, comme les plus récents, on sera étonné de voir que nulle considération historique n'a décidé du choix des textes proposés à nos élèves. Les premiers qu'on leur fait expliquer sont ordinairement des fables ésopiques dans la rédaction de Planude, qui est du quatorzième siècle de notre ère; Lucien, qui est du deuxième ; Plutarque, qui est du premier ; Xénophon, qui est du quatrième avant notre ère; puis Homère, qui représente pour

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nous la jiliis aiic'UMiiic roinio de la grécilé, se succèdent et se iiièleut sur nos |)fojii'animes, sans que l'on paraisse avoir eu le moindre souci de les classer par ordre chronologique. On n'a Icnii compte que de la mesure de difficultés qu'ils peuvent od'rir à l'explication; or, vraiment, le subtil sopliiste Lucien, avec la grâce affectée de son langage, même dans SCS dialogues devenus classiques, ne peut être considéré comme un auteur facilement accessible à l'esprit de la ])remiére jeunesse. D'un autre coté, la grécité de Planude, si elle est ordinairement d'une lecture facile, contient bien des formes étrangères aux. écrivains qui font autorité dans la prose grecque.

Les recueils de morceaux choisis, recueils si nécessaires, quoi que l'on ait pu dire, à l'enseignement dans nos écoles, nous oifrenl la même confusion, depuis celui de l'abbé d'Andrezel et la Chrestomathie de ]\L Victor Le Clerc, (juc les hommes de ma génération ont eus jadis en main, jusqu'au recueil jdus étendu, jdus savant, qu'a publié en six volumes un helléniste distingiu', M. Theil, et oi^i il a essayé de ranger des textes utiles aux divers âges de nos écoliers à partir de la Sixième jusqu'à la ilhétorique. Il y a là, nous l'avouerons tout de suite, des diflicullés fort délicates à résoudre, et ce n'est pas pai- hasard ou par insouciance- (jue nos maîtres en }»édagogie les ont jusqu'à présent si mal résolues. D'abord, il faut l'cconnaîli'e (jue le bon Planude est un précepteur élémentaire fort commode par la naïveté de ses petits récits et par le tour généralement clair de ses phrases. Il est d'ailleurs facile de relever dans des notes, sans vain étalage d'érudition, les légères infractions <iu'il a })U commettre aux règles de l'atticisme, et c'est à (pioi ne man([U(!nt j>as les éditeurs soigneux. D'un autre coté, Homère, le plus ancien des auteurs dont nous ayons des ou\ rages, s'il est très facile à lire dans une traduction,

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