XXIII. — LE GREC EST-IL MOUT? EST-IL MOURANT
esprit se porte aux belles choses avec imc ardeur qu'il est presque inutile de stimuler. Au contraire, si l'on songeait davantap:e aux esprits moyens, on ferait dans le choix et dans l'explication des auteurs classiques une plus large part aux pages qui expriment simplement une grande vérité historique ou morale, qui présentent le tableau d'une région ou d'une ville importante, résument Ihistuire d'une grande institution, la vie d'un personnage célèbre, le caractère d'un peuple ou d'une classe de citoyens. Les pages de ce genre sont celles que déjà les anciens ont appelées des passages classiques. En les choisissant de préférence, en les commentant avec précision et avec mesure devant une classe, peut-être ne passionnerait-on pas beaucoup son attention, mais on serait sûr de l'intéresser et de la retenir. Je serais entraîné ti'op loin si je voulais en donner des exemples (1). Mais je veux rappeler ici que dans la session du Conseil supérieur qui a été close le 17 du mois dernier, on a beaucoup discuté le projet de leçons spéciales qui seraient faites par le professeur d'histoire sur les institutions de la Grèce et de Rome : c'était trop demander aux maîtres, dont bien peu sont préparés à une tâche si difficile ; trop demander aux élèves, dont l'esprit n'est pas mùr pour de telles vues d'ensemble. Il suffirait, pour satisfaire aux vrais besoins de l'instruction secondaire, que tout texte grec fût soigneusementcommenté devant une classe, non seulement au point de vue littéraire, mais au point de vue des choses, des vérités et des détails de la vie chez les Grecs de l'antiquité. Pour soutenir les professeurs dans leur préparation,, qui sera laborieuse, les livres ne manquent pas, môme en France, et il s'en produira de meilleurs encore, une fois l'élan donné, dans cette direction d'une étude sagement
(l) On en trouvera rjuclqucs-uns plus haut, p. '2'-).
Egger. ii)
iiositivc et moins j;il()iis(> de <l(''ru'at('ss('s puiTinciit lill('M';iii'(>s. l'our(|uoi tout cl aliord no l'cnncltrait-oii pas un peu en lionncur le Voi/at/e d' AndcJuirsis? C'est lahus dune telle délicatesse qui Ta l'ail peu à peu nég-lioer, presque proscrire. Barthélémy avait sans doute fardé de fausses couleurs bien des figures de la société grecque; les gens de goût n'ont pu le lui pardonner (1). Mais vraiment il n'a défigui é ni Périeles, ni Socrate, ni iMaton ; il nous olVre encore tant d*(>\eellents chapitres sur les nioMirs et les coutumes de la (jrèce, que Ion devrait tout d'abord le faire lire à nos élèves avant de chercher des maîtres plus savants et des traités plus approfondis sur les antiquités helléniques. Ne serait-ce pas d'ailleurs un très bon exercice pour la seconde ou la rhétori(jue que de faire lire en classe telle ou telle scène du Voyage d'A?iar/iarsis, où le maître sa n rail iclever les err-eurs de fait, conililer çà et là (piehjiies lacunes, signaler quehpies traits de faux goût? Cela vaudrait aulant que les formules d'admiration souvent banales qui remplacent au bas des pages, dans certaines éditions classiques, l'explication des mots et le commentaire des faits.
Comme je me laissais aller au cours de mes réflexions sur un sujet familier à ma longue expérience, voici que je rencontre le souvenir d'un livre de Plutar([ue, dont je regretlc bien la perte; ce livre avait poui' titre: Comment il faut user des exercices scolaires. Que nous aimerions à entendre sur ce sujet les conseils du Uollin de l'anlifpiitél 11 avait écrit aussi, bien avant Fénelon, unouvragc surcette ([uestion : S'il faut donner de t instruction aux femmes, ^'oilà encore un itrobleme ([ui remonte haut dans l'histoire de la pédadogie. lleui-eusement nous pouvons lire decharmantes [tages de IMulai-que: Sur la manière d'écouter \i\\ profes-
(1) Viiir plus liaut, p. 230, et Villomain, Litlcrature du dix-limiième iiècle, ■i" j)artic, l\' leçon.