‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 67 sur 205 · XI. — EiNSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES. Ml · texte numérisé non relu

XI. — EiNSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES. Ml

inonde. J'en trouve un témoignage assez picjuant, et que sa nouveauté seule suffirait à vous recommander, dans les pages d'un écrit philosophique qu'on a pu déchiffrer sur un rouleau arraché aux cendres d'Ilerculanum ; ce sont les déhris d'un livre Sur les Vertus et les Vices, où l'auteur avait procédé en peintre de portraits, comme le célèbre Théophraste, qui est devenu le modèle de notre La Bruyère. Le chapitre qui nous en reste traitait des variétés de l'orgueil, et, après avoir parlé de l'arrogance, Philodème (c'est ce moraliste) continuait à peu près en ces termes :

« Pire encore est le pédant (mot à mot : le savant

universel), qui s'est persuadé qu'il sait toute chose, soit pour l'avoir apprise des plus habiles, soit pour l'avoir seulement vu faire, soit pour y avoir pensé lui-même. C'est plus que cet Hippias d'Elée, qui, chez Platon, se vante d'avoir fait de ses mains tous les vêtements qu'il porte; il dira encore qu'il s'est construit une maison ou un navire sans architecte, qu'il a rédigé pour lui-même des actes où il faut l'habileté d'un légiste, qu'il soigne non seulement sa propre santé, mais celle de ses esclaves, et qu'il met la main aux choses qui exigent le plus de pratique pour bien réussir, comme planter des arbres et charger un vaisseau, et, dùtil échouer en tout, il ne perdra rien de sa folle confiance. Il est même capable de s'attribuer toutes les sciences et, perdant le sens, d'appeler ignorants les gens qui se mo([uent de lui, et de dire qu'il ne va pas se mettre en tutelle sous des maîtres d'école. »

Ce portrait, qui par miracle nous vient de si loin, n'est pas un chef-d'œuvre; au moins laisse-t-il voir une variété du pédantisme qui n'est plus celle de l'École. L'homme qui sait beaucoup et qui s'est rendu habile en mainte chose, pour son bien-être et pour le service des autres, n'est pas en luimême ridicule; mais prétendre à tous ces talents et s'en

112 l.A TUALUTION ET LES REFORMES.

v.iiilcr sans les ;i\(»ir, c fsl là le li'.ivcis (|iii' [iir^illc jtisteincMit nulle phildsoplic. Or, r(Mii;ii'(|ii('z Mcii rcxciiinlc (jiril nous en tlniiiK- : i-'csl iiii de ces so|»lii<tes coiitcmpoi-aiiis île Sooi'atr, lin de ceux dmit Soci'alc excellait a déiliasqucr rhv|>(H"risie et la vainc science. \ oilà (|ne nous l'cculons de cinq siècles dans riiisloire du |)ctlanlisnie.

Pour revenir à celui du seizième siècle, si j"( ii cherche le portrait chez .Montaigne, »{ui l'a dépeint et analysé avec une adinirahh* verve; chez lléfinier, qui Ta déci'il au vif dans une de ses plus mordantes pages, je Nois ipie le h lil dominant de son carailere est le res|)ect snperslilieux des \ieu\ auteurs, la manie de les citer à tout ])ropos; et cela même lient aux nuems du tenqts. L'étude |)assionnée des Grecs et des Latins, au siècle de la llenaissaiice, avait pnHhiil loule une famille dérudils et de compilateurs, souvent fort dénués d\'S[)rit jiersonnel et qui croyaient y sujtpléer par la mémoire; sing-ulières gens, disait sj»Lriluellement um; princesse dont Montaigne nous rapporte le propos, (pii ont logé dans leur tète tant de cervelles étrangères, ([ue leur projtre v est ]>res([ue étoullV'e; et Montaigne ne tai'it pas en vi\es ('■jugianinieN contre celte « suftisance li\i'esi|U(! », cond'e cette érudition indigeste, (huit rinhdligeiice se idiarge et se gontle sans se nouri'ir.

Le dix-sej)tième siècle se dégagea hieu lenienieul d un >i vain lai'deau de science, soit au haiTcau. soit an l'arleiueui. soit dans relo([uence de la i haire. Le travers dont .Miuitai- 'juc et Hegnier s'étaient si bien mo(|ues, Hoileau le retrouve pai mi le^ Ici très de son tem|>s, et, en (pu'hpie^ \ ers (pii son I <le sa nieillenre manière, \o\ez coui nie il en hnriiie le po ri rail ;

In pédant enivré de sa vainc science, Tout liérissc de grec, tout bouffi d'arrogance, Kl qui de mille auteurs retenus mot pour mot. Dans sa tùle entassés, n'a souvent fait qu'un sot.

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