XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES
pour ne pas le recommander à l'attention sévère des parents qui dirigent leurs enfants vers nos épreuves.
Tout programme se compose nécessairement d'un certain nombre d'articles, de trente, de cinquante, si vous le voulez, et il exige qu'on se tienne prêt à écrire sur un sujet donné tant de pages en deux ou quatre heures, A force de songer aux exigences du règlement officiel, l'esprit s'y enferme comme en une prison étroite, d'oi!i il n'ose porter ses regards au dehors. Ouand, par malheur, un de nous autres examinateurs commet l'inadvertance de poser à un candidat la moindre question qui ne figure pas exactement sur le programme imprimé, tout de suite il entend le candidat lui répondre : « Pardon, Monsieur, cela n'est pas au programme. » Pour le candidat ainsi préoccupé, la version latine du baccalauréat n'est pas une page d'élite, prise dans un grand écrivain en vue d'intéresser et d'instruire celui qui la traduira : c'est une épreuve et presque une torture, ménagée avec tant d'autres par le gouvernement à l'entrée des carrières, pour en rendre l'abord difficile. De l'antiquité proprement dite, de son génie, de ses traditions, de ses grands exemples, il ne faut point parler à ces jeunes esprits, uniquement soucieux de ne pas dépasser le nombre des contre-sens ou des fautes d'orthographe permis dans la version d'une page, le nombre des solécismeset des barbarismes excusables dans un discours lq,tin, où les idées ont peu de valeur, pourvu que les mots se conforment tant bien que mal aux règles de Lhomond.
Assurément, il y a dans la science bien des notions qui se ramènent à des définitions précises, et qui n'ont pasdeux expressions également correctes ; le cube d'« -\-l) ci le principe d'Archimède expriment des vérités dont il faut apprendre et retenir ainsi la formule ; mais toute science ne se réduit pas à des termes si rigoureux. L'éloquence surtout, Egger. 9
la |>OL'si{; cl llii-ldiii' \ i\fiil. >i je [iiiis m"f\|ii'iim'r ainsi, dans nos csju-iK, d nin' vie plus lilnc l.l jr ne sais \i'ainicnt si les nialli(''mali(|iit's cl les soicnccs nalui'clk's ne soiillVt'iit pas l'Ilcs-iiiènics, (jiiaïul on impose a leur langage un l'di'inalisinc trop (''li'oil; (|iian(l, puni' les enseigner, on l'ait li«ip (•(ui-taninitMil appel à la nuMuoire. Personne ne le sait niiiiix (|ii(' ne le savent les sa\anls collègues qui m'assistent aujourd'hui de Icui- présence. Dctoul temps, il faut le dire, l'école aeiisesalius de discipline intellectuelle; de tout temps, les grammairiens, connue les rhéteurs, ont incliné vers cet étroit pédantisme (pii renferme les intelligences dans la formule scolaire, et ipii leur fait perdre toute élévation, toute curiosité généreuse, quelquefois même jusqu'au hou sens. Je vais vous en raconter un (exemple, tiré d'un auteur romain.
Un célMwe rli('l(Mir et avocat du temps d'Auguste (il se nommait Allmliiis était le modcde des declamateuis hahiles à tirer d'un sujet tous les arguments, tous les etVets oratoires dont il trouvait les recettes dans sa rhétorique; mais si le discours, au lieu d'être un pur exercice d'école, était un véritahle plaidoyer devant des juges, le brave homme courait le risque de se tromper d'auditoii-e et de procédé. Ln jour donc, devant le tiàlmnal de< eenliiniN iis, -voulant pousser à bout son adversaii-e, il s"a\ise di' lui « déférer la ju-euve du serment ». Il avait appris, dans ses Manuels, (pie cette figure ('lait d un Liraiid elVel : niais \(iici I ad\ei-aii-(> cl les juges (pii le prennent au unit. ' .lacccptc le serment, >i dit raccnse,etle ti'iluinal |iarail loul picl à lahsoudi'e, s'il jure. Alliulius se sent euNciri' dan< un piège cl s'écrie avec douleui': ■' .le n'ai pas déféi'é le serment, j ai l'ail une ligui'c. — Tant pis pour vous ! l'oflVe est acceptée. — Mais alors il n'y a jdiis moyen de l'aire des ligures. — lOh bien ! h; monde pourra s'en passer, » \(»ila. .Me<dam('<. une image \i\anle.