‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 110 sur 212 · XV. — PRÉFACE DU DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE. i · texte numérisé non relu

XV. — PRÉFACE DU DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE. i

peut être opportun de présenter un aperçu des progrès les plus récents de la science même dont ce manuel représente, sous une forme très simple et presque élémentaire, Tétat le plus ayancé. C'est ce que je me propose de faire en quelques pages. L'occasion m'est bonne, et je suis heureux qu'on ait bien voulu me l'ofifrir, de fixer, surtout en ce qui touche la France, les principaux souvenirs d'un mouvement d'études auquel, depuis trente ans, j'ai pris tout juste assez de part pour le bien connaître, trop peu pour l'apprécier avec la préoccupation d'un sentiment personnel.

L'Etymologie, c'est-à-dire l'explication du vrai sens des mots par leur ^ histoire, est une des sciences les plus anciennes à la fois et les plus neuves dans les écoles de l'Europe civilisée. C'est une des plus anciennes, car les Grecs s'y sont essayés de très bonne heure, et les Romains l'ont cultivée après les Grecs, les peuples modernes après leurs maîtres grecs et romains. C'est une des plus neuves, car la méthode, qui seule constitue vraiment une science, n'a été que tout récemment appliquée à ces recherches. Chez nous, en particulier, jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, l'étymologie n'était guère qu'une sorte de divination, pratiquée avec plus ou moins de bonheur par des esprits ingénieux, qui n'y suivaient aucune règle précise : Tordre, s'ils y mettaient quelque ordre, était celui qu'impose aux faits la conception abstraite d'un système. Chaque étymologiste, obéissant à une idée préconçue, y ramenait bon gré mal gré l'explication des mots : nul concert, nul accord entre les savants, point de résultats qui fussent communément acceptés. Le public impartial et judicieux, frappé de ces contradictions, prenait le parti d'en rire, et c'était justice. \2art étymologique, comme on l'appelait volontiers alors, restait frappé d'un discrédit trop légitime.

Le bon sens d'jan philosophe et d'heureuses découvertes arrivant à propos ont enfin amené une réforme salutaire et qu'on peut appeler définitive. Dans l'article Étymologie de V Encyclopédie y Turgot, avec une sagacité remarquable, ■démontra que l'organisme des mots, comme tout organisme naturel, doit être observé sans esprit de système; que, dans leur analyse, les radicaux et les terminaisons doivent être étudiés avec une attention également scrupuleuse ; que l'histoire extérieure des langues éclaire celle de leurs évolutions grammaticales, etc. C'était fonder vraiment la science étymologique, et, du même coup, raflfermir, en les élargissant, les bases de la Grammaire générale, qui jusque-là reposait sur les spéculations de la logique plutôt que sur l'observation des phénomènes.

Peu de temps après, la découverte du sanscrit nous faisait voir une langue où les grammairiens, moins occupés de la logique abstraite que de l'analyse des radicaux et des flexions, avaient apporté à l'étude des mots une finesse et une précision merveilleuses. Ce devait être pour nos grammairiens routiniers de l'Occident une véritable révélation ; ce devait être l'origine d'une réforme féconde.

Le profit de ces conseils et de ces exemples s'est pourtant fait attendre, et il a été d'abord plus sensible pour la théorie comparative des idiomes de l'Inde et de l'Europe que pour la philologie romane.

Par l'effet d une ambition bien naturelle à l'esprit humain, on voulut d'abord trop embrasser, au risque de mal étreindre. Les rapports intimes d'étymologie entre le sanscrit et les principaux idiomes de l'Europe étaient à peine signalés que la curiosité des philologues s'y attacha et les fit ressortir, avec l'ensemble des conséquences qui en découlent pour l'histoire des races d'origine aryenne. Puis, d'une généralité trop large et par cela même superficielle,

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