XVII. — SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE i'OfRLÉANAlS. M
mieux dire, ils n'en ont aucune dans le travail -qui- tes r constitue à lorigine et qui en fixe les caractèlres ensôntiélfi* Faire une langue est, avant tout, l'œuvre du peuple, au peuple livré à ses instincts, obéissant à ses besoins, selon les progrès de sa vie religieuse, de sa vie politique et civile^. Il n^est pas un de nos grands poètes, pas un de nos grands . prosateurs qui n'ait eu le sentiment de cette Vérité, et qui n'ait voulu parler la langue de t^us, en se défendant avec soin d'un néologisme personnel et pédantesque. A cet égard, on a fait au célèbre Ronsard (un de vos compatriotes au premier chef, je pense, puisqu'il était Vendômôis) une réputation bien trompeuse, ijuand- on lui â reproché de « parler grec et latin en fratiçais ». Si Boileau, dont le nom donne à ce reproché uiie sorte d'autorité classique, a voulu dire que Ronsard mettait trop d'idées grecques et latines dans ses vers français, Boileau avait raison, sans doute ; maisjl s'est trompé, s'il l'a pris pour un contempteur ou seulement pour un ami trop froid de notre langue nationale. Personne, au contraire, n'a- mieux combattu ^ue Ronsard contre les latineiirs qX\q% grécaniseurs (im^ dédaignatit leur boùne langue maternelle, s'obstinaient «àrabort biner; comme il dit crûmeiït, de vieilles rapetasseries de « Virgile et dé Cicéron. » Quanta lui, lorsqu'il voulut doter la France d'une épopée (entreprise où devait, hélas ! échouer son génie de poète et de patriote), savez-vous où il cherchait les moyens d'enrichir son dictionnaire poétique? C'était, comme il le déclare lui-même quelque part (1), chez les laboureurs, les artisans et les officiers de vénerie, trouvant là, sans doute, -mieux qu'ailleurs, la langue française en toute son abondance, en toute sa verdeur native; et ee qui était vrai du temps dé Ronsard, ce qui l'était au teinps
(1) Voir son petit traité de Y Art poétique et sa préface de la Ffanciade,
de La Fontaine, Test encore aujourd'hui. Faire divorce avec le parler populaire est chose qui porte malheur aux lettrés, en les exposant trop aux caprices de Finvention personnelle. D'ailleurs, la pensée peut s'élever, le sentiment s'épurer jusqu'à la plus fine délicatesse, sans que le langage du poète ou de l'orateur se fatigue à chercher ses mots hors du fonds commun, et ce fonds est vraiment inépuisable pour ceux qui le connaissent, pour ceux qui savent en tirer un juste profit.
Même en ses singularités provinciales, que d'excellents mots, que de tours clairs et naïfs il peut nous fournir ! Sous nos yeux, dans le midi de la France, Jasmin et Mistral n'ont pas eu d'autre secret, pour ressusciter la langue des troubadours, que de parcourir les villages du Languedoc et de la Provence, et d'y cueillir tant de fleurs dont ils ont paré leur charmante et quelquefois éloquente poésie. Au Nord et dans le pays des trouvères, cette floraison naturelle du langage, moins brillante, moins abondante que sous le soleil du Midi, mérite pourtant de n'être pas dédaignée. Nos écrivains négligent et souvent ignorent maint vocable élégant qui manque à notre langue littéraire, et qu'on y a maladroitement remplacé par de lourds néologismes. Un peu Orléanais par ma naissance (et j'aime à m'en faire honneur), je ne parcours pas ce pays sans y relever, dans la bouche du peuple, quelques-uns de ces mots qu'on regrette de voir tomber d'usage parmi les gens du monde poli. Le Parisien rougirait, et cela bien à tort, de dire une terre aiveuse pour une terre où la nature entretient une bienfaisante humidité ; pour brouette , il rougirait de dire, comme vos campagnards, une berouette^ ce qui, pourtant, est plus conforme à l'étymologie. U vous laisse la seille, mot plus sonore et plus doux que seau qui a, d'ailleurs, le malheur de se confondre par la prononcia-