II
Déjà nous avons apprécié les six premiers fascicules du grand recueil que M. Saglio publie, d'après les plans de feu Ch. Daremberg, avec la collaboration des savants les mieux autorisés sur les matières d'antiquité classique (2). Le septième fascicule, qui vient de paraître, nous offre roccasion de revenir sur des sujets de plus en plus recommandés à l'attention du public universitaire. Que les pères de famille et les professeurs nous le pardonnent : ils ont remis à l'ordre du jour, les uns par leurs plaintes sans cesse renouvelées contre les programmes de notre enseignement, les autres par leur déférence, peut-être trop empressée, au vœu des familles, des questions qui certes n'étaient pas oubliées, mais que résolvait trop lentement le progrès naturel des esprits et des méthodes. Il nous faut bien y revenir sans cesse, ne fût-ce que pour modérer, par
(1) Journal des Débats ^ 11 janvier 1881.
(2) Voir le Journal des Débals du 20 septembre 1879.
24i LA TUADITION ET LES RÉFORMES. .
les réflexions que suggère Texpérience, la hardiesse des novateurs et la vivacité de leurs espérances.
La librairie universitaire est en grand émoi depuis la promulgation des réformes adoptées dans la première session du nouveau Conseil supérieur. Combien de livres jusqu'ici classiques, et dont F usage était imposé aux maîtres comme aux élèves, se voient condamnés ou relégués au second rang dans leurs bibliothèques! On est yraiment effrayé de songer aux milliers de volumes qui vont devenir inutiles, et qu'il faudra ou mettre au pilon, selon le mot vulgaire, ou garder seulement en petit nombre pour le besoin de quelques amateurs. La plupart de nos libraires en vont prendre leur parti et après tout, peut-être ne sontils pas trop à plaindre, si les Concmies et les Gradus qui ont contribué à faire leur fortune sont réduits au rôle de livres savants ou de simples curiosités littéraires. D'ailleurs, en ces choses comme partout, la fortune a des retours dont il ne faut pas désespérer. Mais, aujourd'hui, considérons sans faiblesse l'état présent des choses et ce qu'il offre de rassurant pour l'avenir de notre éducation nationale.
Entre autres innovations, on attend beaucoup des simples Lexiques qui, au moins pour le service des épreuves écrites, dans nos examens, remplaceront les aictionnaires en usage. Nous sommes, à cet égard, un peu moins confiants que beaucoup de nos collègues. L'épreuve de la version latine était, nous dit-on, facilitée outre mesure par des dictionnaires trop complets où sont recueillies, avec des exemples à l'appui, toutes les nuances de signification que peut prendre chaque mot dans les bons auteurs latins, et même dans les médiocres. J'ai eu, pour ma part, à. lire quelques milliers de versions latines de nos candidats au baccalauréat, et je ne me suis pas aperçu de ce trop facile mérite qui leur est reproché. L'abondance même des ri-