‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 155 sur 212 · XX. — ÉTUDES GRECQUES DANS L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

XX. — ÉTUDES GRECQUES DANS L'ENSEIGNEMENT

Il est de prudence et de morale élémentaires dans nos classes de traiter comme il convient les hyperboles des anciens rhéteurs sur ce dangereux sujet.

Mais au temps où nous sommes, on peut prévoir une autre objection encore. Qui sait si, en un sens plus général, rinfluence des études grecques et latines sur la direction et le développement des esprits ne décourage pas un peu ceux qui comparent notre France avec le pays où ces études ont pris le plus large développement? L'Allemagne estfière de ses légions d'hellénistes et de latinistes, qu'elle oppose •volontiers au personnel de notre enseignement, moins actif, à ce qu'il semble, et moins empressé, en tout cas, à se pro- -duire par des publications de forte philologie. 11 semble douteux en effet que l'Allemagne ait tiré de sa passion philologique tout le fruit désirable pour son progrès moral et intellectuel. Ses latinistes et ses hellénistes n'ont pas, que l'on sache, contribué bien particulièrement au succès des dernières campagnes d'où nous sortons si meurtris et si humiliés, et, quant aux principes de droit des gens, au sentiment d'humanité que semblaient devoir développer tant de profondes études sur la philosophie et sur l'histoire, FEurope n'a pas remarqué qu'entre la France et l'Allemagne l'avantage soit précisément resté à nos vainqueurs. Néanmoins, tous ceux qui s'intéressent sérieusement à l'avenir de l'esprit français ne peuvent songera le sevrer de tout enseignement des lettres anciennes. La grande, la suprême difficulté au temps où nous sommes, c'est de trouver place dans la vie de nos écoliers pour les études chaque jofur plus nombreuses qui se disputent leur temps. A cet égard, depuis une vingtaine d'années, nous vivons, nous autres universitaires, dans une sorte d'ahurissement entre les réclamations qui de tous côtés nous assaillent. On veut que nous fassions plus d'histoire, plus de géographie, plus

de mathématiques, plus d'histoire naturelle, que sais-je? Depuis deux ans surtout, on rebat sans cesse nos oreilles du fameux mot de Gœthe sur notre ignorance en géographie. Or, la terre sans cesse mieux connue, les diverses contrées du globe mises en relation rapide par la vapeur et le télégraphe, sollicitent si bien la curiosité de Thistorien et du géographe qu'on ne sait plus ce qu'il est permis d'omettre parmi tant de richesses. En un temps où se constitue maint État nouveau dans les déserts ou sur le domaine de la barbarie, où des îles, à peine connues jadis, forment aujourd'hui des gouvernements réglés selon notre mode, où les journaux nous accablent chaque matin d'une infinie variété de nouvelles, où l'annonce de nos cours rencontre sur les colonnes d'une de nos gazettes l'annonce d'un changement de ministère à Honolulu, comment suffire à l'impatience de ceux qui voudraient que la géographie universitaire se tînt sans cesse au courant de tant de progrès? Pour nous réduire à notre hémisphère, l'antiquité même voit s'accroître sans cesse son domaine autrefois si restreint. Que sont aujourd'hui les récits d'Hérodote et de Diodore qu'on abrégeait autrefois à l'usage de nos classes? Que sont les pages où ils résumaient les annales de l'Assyrie ? Je suis précisément de la génération qui a vu commencer l'enseignement de l'histoire dans nos collèges, et je me rappelle à quels informes sommaires, à quelle sèche nomenclature se réduisait le plus souvent pour nous cette histoire de l'Egypte et de l'Orient, que tant de découvertes éclairent et agrandissent sous nos yeux. Voilà encore des conquêtes et des nouveautés qui demandent leur place, si petite qu'on la veuille faire, dans l'enseignement classique. La Grèce ellemême, où nous nous plaisons à chercher les plus purs enseignements de la raison et du goût, la Grèce nous est plus largement connue par ses monuments et par sa littérature

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