XX. ~ ÉTUDES GRECQUES DANS L'ENSEIGNEMENT
' en partie ; laissez-moi vous dire pourquoi surtout elle ' échoua. On avait rédigé un court programme de grammaire comparative, et, pour diriger les professeurs comme les élèves dans Tapplication de ce programme, un manuel élémentaire avait été publié, qui répondait à toutes les questions qu'on y avait comprises. L'auteur de ce manuel demandait formellement qu'on se pénétrât de sa méthode, qu'on la pratiquât au jour le jour, selon le besoin et l'occasion ; mais qu'on se gardât bien de considérer ces notions élémentaires comme une science absolument nouvelle, qui s'ajoutait aux autres enseignements, et qu'il fallait faire apprendre par cœur comme on fait apprendre des paradigmes grecs ou latins, comme on fait apprendre des pages d'Homère ou de Virgile. 11 n'avait voulu, pour ainsi dire, que mettre une clef aux mains des maîtres. Ces conseils, malheureusement, ne furent pas toujours compris : il y eut bientôt dans la semaine un jour et une heure pour l'enseignement de la grammaire comparative ; les élèves furent forcés d'apprendre et de réciter par cœur des pages du manuel. Rien ne pouvait plus compromettre que ne le fit cette méthode l'enseignement que l'on s'efforçait d'accréditer. On demande aujourd'hui à nos professeurs d'ajouter à leurs explications des auteurs anciens le plus qu'ils pour^ ront d'histoire littéraire. Sur cette réforme et sur beaucoup d'autres, la délibération est ouverte dans tous les lycées de France, délibération dont j'approuve singulièrement le principe, qui excitera un juste esprit d'émulation, mais où il faudra se défendre du péril que je viens de signaler. Non plus que la méthode des comparaisons en matière grammaticale, la biographie et l'histoire littéraire ne doivent pas avoir un jour spécialement choisi dans la semaine, elles doivent se placer et comme s'insinuer au fur et à mesure dans l'explication des auteurs, selon l'opportunité. 11 faudra
surtout, daas cette explication, se préoccuper un peu moins que peut-être on ne Ta fait jusqu'ici, du commentaire que j'appellerai volontiers le commentaire admiratif sur les beautés des œuvres d'élite, et chercher plus constamment à former chez les jeunes gens le bon sens, au lieu de s'attacher uniquement à des délicatesses de goût littéraire dont le plus grand nombre d'entre eux n'est pas capable. C'est ici, Messieurs, que pour donner plus de précision à mes idées et pour me défendre des longueurs, je vous demande la permission de vous lire quelques pages imprimées, il y a dix ans, en tète de mes Mémoires de Littérature ancienne. Je me suis déjà cité dans le cours de cette leçon, chose qui peutêtre paraîtra peu modeste, mais que je vous prie de me pardonner. J'ai lu quelque part qu'un vieux théologien, à qui on reprochait un jour de renvoyer trop souvent à ses propres écrits, répondait à cette critique: « Que voulez- (( vous, il faut bien permettre à un homme de marcher sur « ses jambes. » Messieurs, c'est la liberté que je prends aujourd'hui en me référant à moi-même, sinon comme à une autorité, du moins comme aux souvenirs d'un praticien dont l'expérience peut avoir pour vous quelque valeur.
« La littérature ne doit pas vivre séparée de la philologie et de l'histoire, ou plutôt l'histoire des langues, des institutions et des mœurs, forme le vrai fond sur lequel repose le jugement des œuvres de l'esprit. Réussir dans cette alliance de la science et du goût n'appartient qu'à de rares talents; mais tout critique sérieux a au moins le droit de la poursuivre,
« 11 y a là un autre intérêt que celui qui s^attache aux livres d'érudition et de littérature ; l'enseignement public y est intéressé, et, par conséquent, l'éducation même de l'esprit français.
« Un préjugé fort commun chez nous et qui contribue,