XXI. — OBSERVATIONS SUR L'ENSEIGNEMENT DU GREC
7* Plusieurs de nos collègues pensent avec raison que la
liictée, surtout dans les basses classes, est un exercice laborieux, qui a ses avantages, mais qui exige beaucoup de soin ^pour être utile. L'usage du tableau noir, où le professeur écrit les mots les plus difficiles, est fort à recommander. H faut, en général, éviter soigneusement tout ce qui peut • décourager l'attention par des obscurités et par des con- -, fusions presque inévitables entre les mois et les formes grammaticales, quelque méthode que Ton suive pour la . prononciation.
.. 8* C'est aussi une précaution importante que celle de graduer les difficultés. Jusquala Troisième et même jusqu'à la Seconde, pour le choix des versions et des auteurs à expliquer, il conviendrait peut-être de se borner aux modèles en prose, sans même s'enfermer trop scrupuleuse- - ment dans les limites de la prose attique. L'atticisme a des , délicatesses d'expression que les enfants ne peuvent ni comprendre ni sentir. A cet égard, on assurerait mieux leur '" progrès en s'abstenant de le hâter. A plus forte raison il conviendrait de réserver les poètes pour la Seconde et la Rhétorique, selon la pratique que nous voyons suivie dans quelques écoles grecques de l'Orient. Une fois maître des difficultés élémentaires du grec, une fois mis en état de lire à peu près couramment les bons prosateurs, l'élève aborderait avec moins d'effort les textes de Sophocle, d'Euripide et d'Homère, et il y trouverait plus de plaisir.
9® Faut-il espérer que cette étude le conduise jamais à écrire facilement et avec goût, ne fût-ce qu'en prose, la langue des auteurs classiques ? Y a-t-il les mêmes raisons de le désirer que pour le latin ? Sur ce point, l'expérience aussi semble avoir prononcé. Si le latin est encore un moyen de communication entre les savants du monde civilisé, le grec n'offre pas le même genre d'utilité. Les ef-
forts de ceux qui parlent ou écrivent aujourd'hui en Orient une langue grecque plus ou moins rapprochée du grec ancien, tendent, il est vrai, à renouveler la popularité de ce vieil idiome. Une noble ambition pousse même les Hellènes d'aujourd'hui et quelques Philhellènes de l'Occident à espérer que le grec reprendra dans l'usage un rôle international, analogue à celui de la langue latine durant le moyen-âge, surtout si les écoles de l'Occident parvenaient à se défaire de la prononciation introduite chez nous, depuis trois siècles, par les disciples d'Érasme. Mais la majorité des membres de notre Association ne partage pas encore ces espérances. Elle croirait même inopportun de les encourager par des tentatives d'innovation pour lesquelles rien n'est encore mûr, ni dans notre enseignement secondaire, ni même dans notre enseignement supérieur. En l'état actuel des choses, le thème grec reste, néanmoins, un exercice important pour fixer sûrement dans la mémoire les règles élémentaires de la prose de Démosthène et de Platon. En ces dernières années, grâce à un ensemble de prescriptions salutaires et au zèle des professeurs, soutenu et guidé par de bons livres, cet exercice avait produit d'heureux et remarquables résultats. L'un de nous atteste que dans les compositions de Seconde en thème grec, au Concours général, un cinquième au moins des élèves avait pu écrire une bonne page de prose, et que l'on aurait facilement doublé sans injustice le nombre des dix nominations réglementaires. C'est à ce moment que la composition en thème grec a disparu des cadres du Concours général, et qu'elle a été supprimée dans les classes de Seconde. Cette suppression nous a paru regrettable ; nous estimons toutefois qu'il faut s'y résigner et ne pas demander au régime de nos classes, en matière d'études grecques, plus que ne comporte la nécessité de