XXIV. — L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE SPÉCIAL
érudition nationale, ils eurent à donner tout un volume et aux écrivains romains nés sur le sol de la Gaule et aux Gaulois chez qui Rome avait recruté plus d'un orateur et plus d'un poète éminent.
Devant l'autorité de tels souvenirs, peut-on hésiter un instant à maintenir au moins quelques éléments de la langue et de la littérature latines dans l'éducation d'un jeune Français, pour peu qu'il veuille s'élever au-dessus du degré primaire? Je supplie vraiment qu'on y veuille réfléchir avant de réduire à des horizons si bornés ce qu'on appelle aujourd'hui l'enseignement spécial. Je sais que les mathématiques, la physique, la chimie avec leurs applications journalières à l'agriculture et à l'industrie, réclament une large place dans cet enseignement ; mais toutes ces études, si bien faites pour préparer à la pratique des professions commerciales et industrielles, ne sauraient faire oublier une étude si étroitement rattachée à notre histoire, si bien faite pour affermir notre patriotisme en reportant notre esprit vers le lointain passé où se constitua notre nationalité, si puissante et si vivace au milieu de ses laborieuses épreuves. On le sait d'ailleurs, les notions d'histoire et de littérature sont celles qui surtout forment l'intelligence et trempent les caractères. A propos des erreurs d'un illustre géomètre français, Voltaire écrit quelque part, avec ce sens supérieur qui ne lui fait jamais défaut, quand la passion ne l'égaré pas : « La géométrie laisse l'esprit comme elle le trouve. » C'est-à-dire que les sciences abstraites, — et l'on en petit dire autant des sciences naturelles, — si elles nous apportent les plus riches enseignements, ne sont pas des instruments d'éducation : elles font le savant, elles ne font pas l'homme.
Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet pour un vieux professeur, pour un disciple de RoUin, de celui qui fut, en son temps, un si discret et si utile novateur ; mais je veux
m'arrcter, content d'avoir signalé à l'attention de mes collègues et du public quelques pensées qui ont été ma préoccupation constante durant toute ma carrière de dévouement à la science et à la jeunesse.