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XXIV. — LE BACCALAURÉAT SPÉCIAL

avaient fait quelque bien et contribué à la force de plus d'un jeune esprit qui brille aujourd'hui au premier rang dans les lettres savantes, dans la presse, dans le maniement des grandes affaires du pays. Le Conciones même s'est vu enveloppé dans la disgrâce du discours latin, et pourtant, que de leçons utiles, non pas de goût seulement, mais de politique et de morale pratique, il donnait à la jeunesse par la bouche d'un bon professeur, son interprète naturel ! Mais, enfin, n'essayons pas de ressusciter les morts. Demandonsnous seulement si ce qui reste après tant de sacrifices est bien et dûment viable. Commencée en Sixième, l'étude du latin sera-t-elle honnêtement achevée en Rhétorique? Ébauchée comme par grâce dès la Quatrième, l'étude du grec pourra-t-elle atteindre en quatre années d'exercices restreints le but qu'après tout il faut bien poursuivre, la pleine et facile intelligence de quelques chefs-d'œuvre? Nous voulons l'espérer encore, mais il faut pour cela compter sur des efforts de talent dont le professeur le plus dévoué n'est pas toujours capable, même n'eût-il affaire qu'à une élite de jeunes esprits empressés à profiter de ses leçons. Que de choses il lui faut maintenant enfermer dans un moindre espace de temps ! Jadis, on négligeait trop peutêtre la lecture de longs morceaux des grands auteurs; il faudra désormais faire lire couramment un livre entier de Tacite ou de Salluste ; il y faudra expliquer tout ce qui touche aux institutions de Rome (et cela, pour le dire en passant, n'était pas aussi complètement oublié qu'on Ta cru de nos maîtres) (1). Quel labeur, que celui d'une telle préparation, même avec le secours des anciens manuels, et de ceux que l'on rédige aujourd'hui en vue des nouveaux programmes! Les élèves, nous dit-on, déchargés des écri-

(1) Voir plus haut dans ce Yolume, p. 235 et suivantes.

lures inutiles, seconderont le professeur dans cette préparation. En est-on bien sûr, et a-t-on là-dessus interrogé les surveillants des études? Le travail de plume est souvent machinal; mais il a un modeste avantage : c'est de pouvoir être facilement contrôlé. Au contraire, quel œil de surveillant peut distinguer sûrement, entre l'élève qui lit pour comprendre et l'élève qui tient les yeux fixés sur un livre et pense à autre chose? Le professeur s'en apercevra peutêtre, mais seulement s'il a le temps d'interroger souvent el avec soin chacun de ses jeunes auditeurs. Voilà bien des difficultés que j'aperçois, et qui pourront entraver la marche de l'enseignement classique, telle qu'elle est tracée dans les récents programmes. J'en vois d'autres encore. Le grec et le latin sont des langues mortes, sans doute ; mais les deux littératures grecque et latine ont le grand avantage d'avoir accompli dans l'antiquité leur plein développement, de nous offrir un ensemble de vérités politiques et morales éprouvées par une pratique séculaire, de nous présenter les évolutions de la pensée humaine sous des formes et presque des formules d une heureuse précision. Aucune langue, aucune littérature moderne ne peut les remplacer à cet égard. Or, en l'état actuel des choses, l'antiquité proprement dite a visiblement, dans l'éducation, un rôle secondaire. Elle devient un objet de luxe; elle n'est plus l'instrument principal d'une forle culture des âmes. Encore une fois le zèle des professeurs pourra triompher de ces gênes que les programmes leur imposent ; mais l'expérience n'est pas faite et, avant qu'elle le soit, il est peut-être imprudent de se réjouir trop vite.

Qu'on y réfléchisse bien, nous ne sommes pas même en pleine application du nouveau plan d'études ; il a fallu prendre quelques mesures provisoires, notamment en vue

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