LA LATINITÉ MODERNE
EN FRANCE ET EN ITALIE (l)
Le spirituel Joubert a dit : « Craindre de passer pour « un pédant dans la profession de renseignement, c'est être « un fat. » Qu'on me permette de m'auloriser de lui pour parler une fois encore du latin et des épreuves qui l'attendent dans notre Université, à propos du savant italien pour qui le latin a été l'objet de constantes études et d'un culte presque religieux. Je ne sais pas un de mes collègues à qui le nom de Tommaso Vallauri ne soit ou ne doive être particulièrement vénérable (2).
Depuis que sont décrétées les réformes qui ont soulevé tant de discussions dans la presse et dans le Conseil supérieur de l'Instruction publique, on dirait que le temps est venu des doléances et des oraisons funèbres. Nos humanistes relèvent leurs morts et pansent leurs blessés. Les vers latins sont perdus, nous dit-on, puisque l'on n'essaiera
(1) Journal des Débats^ du 7 octobre 1880.
(2) Thomae Vallaurii inscnptiones^ 1 voK in-8. Turin, 1880 — Lettert d\ illustri scriltori a Tommaso Vallauri, 1 vol. in-8. Turin, 1880,
plus d'en faire que pour les épreuves de la Licence et des agrégations. Le discours latin ne se porte guère mieux: exclu du Baccalauréat, il Test en même temps de nos Rhétoriques avec son nourricier le Conciones. 11 faudra pourtant bien que les rhétoriciens gardent quelque habitude d'écrire en latin s'ils veulent devenir des professeurs de langues anciennes. La composition latine les y préparera. Pour cela le thème reste nécessaire, et Ton n'a pas pu lui refuser le droit de se maintenir. Tant de pertes certaines ou douteuses seront-elles compensées par la vertu de l'explication, soit préparée, soit improvisée? Les vrais latinistes n'osent guère l'espérer. En tout cas, les professeurs qui ont si vivement réclamé contre les exercices écrits en faveur des explications orales, et qui ont obtenu gain de cause, ont remporté là une victoire dont ils ne prévoient peut-être pas les conséquences. Ce ne sera pas chose facile pour eux d'expliquer utilement en une heure plusieurs pages de Salluste, de Tite-Live, d'Horace ou de Virgile, et d'intéresser à cette étude l'attention des écoliers. La difficulté pédagogique se déplace, elle ne disparaît pas.
Quant à la traduction du latin en français, on a un peu trop oublié qu'elle ne sert pas uniquement à mieux connaître le latin, mais à mieux savoir notre langue, et qu'elle excite les jeunes esprits à un travail par lequel se développent leurs meilleures facultés d'invention et dq logique. La réflexion et l'expérience feront bientôt ressortir cette vérité ; elles aideront à corriger le défaut inhérent aux nouvelles méthodes. En général, nous nous sommes beaucoup trop accusés nous-mêmes et nous avons avec trop de complaisance invoqué des exemples qui nous étaient mal connus. Je doute qu'en Allemagne on approuve notre aversion si bruyamment exprimée pour le thème et pour les exer-