‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 68 sur 212 · XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES

aiêmes que plusieurs d'entre vous ont entendues, dans le iours des années précédentes.

L'éducation des femmes est essentiellement liée aux conlitions de la famille et du ménage. Chez les Grecs, même lans la période la plus brillante de leur civilisation, même lans les régions où leur société se rapproche le plus de la lôtre par l'élégante honnêteté des mœurs, vous avez vu combien la vie domestique était, pour les femmes, étroitenent fermée par d'austères convenances, combien leur édulation les tenait éloignées de toute haute culture de l'esprit, ^ous connaissez l'idéal du ménage athénien, tel qu'il nous ist décrit par les philosophes de l'école socratique. Les jeunes Uhéniennes passent du gynécée maternel au gynécée conugal, sans être jamais préparées à leur vie nouvelle autrenent que par les exemples et les préceptes d'une vertu sé- '^ère, mais étrangère à toutes les délicatesses du goût, à outes les vérités de la science, qui semblent jalousement 'éservées, comme un privilège, pour leurs pères, pour leurs rères, pour leurs maris. Leur unique ambition, l'unique >bjet proposé à leur dévouement, c'est de savoir bien gouerner l'intérieur d'une maison, de diriger avec sollicitude e travail des esclaves, d'aménager avec soin le patrimoine cquis, de seconder l'industrie qui l'accroît chaque jour par 'activité d'un citoyen, laboureur ou commerçant. La plus Tacieuse et la seule encourageante image qu'à une jeune pouse, qui sera bientôt une mère, on présente de son auarité et de ses devoirs, c'est le rôle « d'une reine abeille ans sa ruche ». Rien pour l'imagination, rien pour les nobles curiosités de l'esprit (1). C'est tout au plus si nous savons, nais indirectement, que cette instruction de la première eunesse s'élargit par l'assistance aux fêtes publiques, aux

(1) Voir les CEconomica de XéDophon.

concours de poésie, aux représentations théâtrales, où le génie d'un Sophocle et d'un Euripide initie les Athéniens aux plus grandes conceptions du beau moral, par le spectacle des vicissitudes de la vie héroïque et des luttes courageuses de l'âme contre la destinée. Quelques femmes seulement vous apparaissent dégagées de ces entraves de la loi et de l'usage, une Sappho, par exemple, ou une Aspasie, mais presque toujours au détriment ou au péril de leur vertu. Les mœurs de l'ancienne Rome continuent, à cet égard, les mœurs de la Grèce, et elles en aggravent l'austérité par une sorte d'insouciance pour les arts, qui sont la plus légitime parure de la vie humaine. Je vous lisais naguère l'épitaphe d'une matrone romaine, morte vers le temps où naquit Cicéron ; elle y est louée pour sa beauté, sa bonne grâce et sa modestie, pour avoir mis au monde deux enfants, dont elle a « enterré l'un et laissé l'autre sur la terre » ; puis on ajoute : « Elle a gardé la maison et filé de la laine ». Et, comme s'il fallait bien avertir que l'éloge est complet, le dernier vers de l'épitaphe se termine par ces deux mots d'une froideur expressive : Dixi^ abi, « J'ai dit, tu peux passer. » Sur ce fond triste et nu de la famille romaine, au temps où Rome jetait un si grand éclat dans le monde, on voit, il est vrai, se détacher çà et là quelques figures dont la gravité est relevée par une certaine élégance, celle de Cornélie, par exemple, la célèbre mère des deux Gracques, qui sut unir, pour elle-même et pour l'éducation de ses deux fils, la savante culture de la Grèce à la forte sagesse de Tesprit romain. Ce sont là encore de rares exceptions, dont le nombre augmente peut-être à mesure que les mœurs se raffinent, mais non sans laisser voir qu'en Italie, comme en Grèce, la morale pratique redoutait et semblait redouter avec raison, dans l'éducation des femmes, toute intervention un peu libérale de la science et des arts.

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