XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES. H
Croit qu'uQ livre fait tout, et que, sans Aristote, La raison ne voit goutte et le bon sens radote.
Si la nerveuse précision de Boileau avait besoin de comnentaire, on n'aurait qu'à rapprocher de ces vers à Tabbé Le Vayer une page où La Bruyère n'a guère fait que rajeunir a prose de Montaigne sur le même sujet : « il y a des esprits nférieurs et subalternes qui ne semblent faits que pour être e recueil, le registre ou le magasin de toutes les productions des autres génies. Ils sont plagiaires, traducteurs, compilateurs ; ils ne pensent point, ils disent ce que les autres ont pensé, » et le reste, que tout le monde a lu dans le premier chapitre des Caractères.
Molière aussi a sa part dans la guerre contre le charlatanisme de l'érudition et du faux esprit. Vous savez comme il les flagelle, tantôt dans certain cénacle de la philosophie, où régnait encore le sec formalisme de la scolastique; tantôt à l'école de médecine, où Aristote et Galien tenaient en échec la physique et Tanatomie mieux éclairées des modernes; enfin, dans les salons, où les Trissotins et les Vadius avaient encore des admirateurs et même des admiratrices. Déjà pourtant une réaction assez vive s'était produite contre l'autorité des anciens maîtres. On n'osait plus, comme autrefois, charger un sermon ou un plaidoyer de citations grecques et latines empruntées aux écrivains profanes. Depuis un demi-siècle, l'Académie avait vu naître et se développer dans son sein une controverse sur le mérite des auteurs anciens et des modernes, où la passion des deux pai^is s'était animée jusqu'à une puérile injustice. Le plus célèbre adversaire des anciens, Charles Perrault, reprochait à leurs partisans une superstition qui les rendait insensibles aux lieautés de l'éloquence et de la poésie modernes, et aveugles devant l'évidence de vérités inconnues aux anciens. Mais son ardeur l'entraînait lui-même en un autre ^enre de pé-
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dantisinc, que Boileau lui reproche finement dans ses Réflexions critiques, distinguant fort bien deux manières d'être pédant : Tune, par trop de respect pour l'antiquité; l'autre, par ignorance et par dédain. Ce dernier tort était, hélas! celui de Perrault qui, ne sachant pas la langue d'Homère et de Pindare, se faisait contre eux la partie belle en les traduisant de travers, pour se moquer ensuite de leur œuvre ainsi défigurée. C'était aussi un peu le cas de M. de La Motte, qui croyait améliorer V Iliade en la réduisant de vingtquatre chants à douze, dans sa prétendue traduction. Mais voyez comme nous avons dans cette controverse un exemple des incurables faiblesses de l'esprit humain! Au milieu de ces querelles, le pédantisme reparaît tour à tour, dans le camp de Boileau et dans celui de Perrault et de La Motte. Les femmes môme ont peine à s'en défendre. Perrault avait dit, dans son Apologie des femmes (réponse anticipée à la cruelle satire de Boileau) :
. . . . Que la civilité Chez les femmes ûaquit avec Thonnôteté.
Des deux vertus, la savante Madame Dacier avait assurément la seconde ; mais l'autre lui manquait, qui en eût été l'ornement, et cela fut surtout sensible dans sa lourde réplique aux élégants paradoxes de La Motte contre les anciens ; si bien qu'on a dit, à propos de ce fameux débat, que La Motte y avait pris, par sa courtoisie, le rôle d'une femme, et Madame Dacier celui d'un homme, par sa rudesse.
Le nom de Madame Dacier appelle celui de Bélise et de Philaminte chez Molière, deux pauvres cervelles, afifolées par la vanité du savoir jusqu'à oublier les plus simples soins du ménage, tyrannisant leur servante avec les armes de Vaugelas, et s'attirant les justes colères du bon-