XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES. H
demandant à l'un d'eux d'où vient l'usage de dire : « Dieu vous bénisse ! » aux gens qui éternuent, ou bien : « Pour^ quoi les cygnes^ qui chantaient autrefois si bien, chantent-ils aujourd'hui si mal? » Et l'académicien répondait par un court et agréable Mémoire. Ces aimables esprits formaient comme une société moyenne entre le beau monde et la science austère des Bénédictins. Ne laissons pas perdre la tradition de cette heureuse alliance, ne demandons même pas trop à la science qu'elle se fasse petite pour s'accommoder à une futile curiosité ; avec son caractère sérieux, laissons-lui toute sa dignité et, dans ces limites, l'érudition saura n'être ni fière ni embarrassée de son rôle devant le monde.
Au fond, comme l'a dit sagement un philosophe de Port- Royal, « le pédantisme n'est pas un vice de profession, c'est un vice d'esprit ». Grands et petits, ignorants et savants, nous en sommes tous capables, si nous n'y prenons garde. En voici un dernier exemple. Dans un port de la Manche, où je passais mes vacances, la femme d'un brave marin, devenue veuve avec de nombreux enfants, comme cela, hélas ! arrive souvent chez ces laborieuses familles, voulant assurer un état lucratif à l'aîné de ses fils, l'avait placé en apprentissage chez un maître calfat. Vous savez à quoi s'occupent les calfats: aboucher avec de Tétoupe et du goudron les fentes qui restent dans la charpente d'un navire, après le travail du charpentier. Au bout de quelques semaines, la pauvre veuve s'en va demander deè nouvelles du. travail de son fils au maître calfat. « Ma bonne dame, lui dit notre homme, cela ne va pas. Votre garçon n'a pas de talent pour notre métier. Vous en ferez un menuisier peut-être, peut-être un horloger ; mais, pour un calfat, n'y pensez pas ; j'en désespère. » Entre ce naïf pédantisme et celui des savants en us^ il y a bien des
it8 LA TRADITION ET LES RÉFORMES.
degrés, bien des variétés, que je renonce à énumérerplus longuement devant vous ; car je tomberais à mon tour dans le travers dont je veux vous défendre. J'en ai dit assez pour vous convaincre que vous pouvez beaucoup espérer et ne rien craindre des enseignements divers que vous venez chercher ici : vous n'avez, pour cela, qu'à en user avec le bon sens et la délicate mesure dont votre sexe a l'heureux privilège. Ne craignez pas de trop savoir, mais seulement de mal savoir : c'est le conseil que je vous adresse en terminant ; il est. Mesdames, croyez-le bien, d'un ami qui songe aux devoirs et aux intérêts les plus élevés de votre vie. Rien ne trempe mieux les cœurs, rien ne forme mieux les jeunes esprits, que de connaître largement le monde et l'humanité ; rien ne les conduira plus naturellement à la notion des choses divines. Toutes ces études, par leur ensemble même et par leur variété, n'exciteront pas dans vos âmes un vain orgueil. Devant les immenses tableaux de l'histoire, devant les innombrables chefs-d'œuvre de l'art, devant les merveilles de l'univers et la simplicité de ses lois, le sentiment que l'on éprouve est plutôt celui d'une religieuse modestie.