‹ La tradition et les semi-pélagiens de la philosophie: ou, Le semi-rationalisme dévoiléChapitre 2 sur 52 · AVIS DES EDITEURS · texte numérisé non relu

AVIS DES EDITEURS

Nous ne pouvons mieux faire connaître le mérite de la Tradition, qu'en publiant la lettre suivante, adressée à l'illustre auteur, par un de nos évoques les plus distingués. Dans la grave question dont il s'agit, cette lettre est un événement.

Lettre de Monseigneur VEvéque de Montpellier au P. VENIURA.

Très-révérend Père ,

Commencée le 19 du mois dernier, à mon retour de ma visite pastorale, la lecture de votre livre sur la Tradition a pris fin le 30 du même mois. C'est vous dire le plaisir qu'elle m'a fait éprourer. Je n'ai pas su , je n'ai pas pu m'en distraire. C'est que je prends toujours très au sérieux votre révérence illustrissime, lorsque, du haut de sa science et de la connaissance intime qu'elle a de l'ennemi qui cherche à nuire à l'Église, elle vient nous dire, à nous autres évêques : « Sentinelles d'Israël , prenez garde à vous! »

Personne, Père, ne pouvait faire, avec une autorité égale à la vôtre, cet appel à la vigilance de l'épiscopat et du saint-siége. La Tradition est tout un savant ouvrage opposé à des productions d'une bien mince valeur, philosophiquement parlant, et dontle danger est d'autant plus réel que, contre lintention de leurs auteurs assurément, elles compromettent la vérité au lieu de la défendre, quand elles ne l'attaquent pas elles-mêmes avec lu plus triste imprévoyance.

Je ne sais pas. Père, si vous avez jamais été plus saisissant que dans ces 450 pages, petit-texte, où vous démolissez l'erreur avec une puissance d'argumentation que je ne vous ai jamais vue plus nette et plus vigoureuse.

Je ne vous dis rien de la malice pleine de grâce avec laquelle l'ironie est maniée dans la ï'rarfjïjo» ; ce sont là des fleurs qui

disparaissent sous l'avalanche d'une dialectique des plus désespérantes pour vos adversaires. L'entrain, la verve, tout y est, et avec un ton, une forme qui rappellent Pascal, moins sa triste école. C'est un beau travail, et de plus un service de premier ordre, de l'ordre le plus pratiquement élevé qui ait été rendu à l'Église.

Bossuct n'avait devant lui que des protestants à combattre , dans ses Variations. Vous aviez, vous, des philosophes à éclairer et à vaincre. Or ces gens-là ne sont pas faciles à se rendre. Mais les semi-rationalistes verront les prêtres, saintement dévoués à notre mère, la sainte Église, les quitter sous la force étonnante de votre logique . leur disant où est , à cette heure , le danger vrai de la religion. Pour ce faire , il nous faut prier. Prions donc ! . . . .

J'ai lu avec le plus vif intérêt ce que vous dites dans votre livre touchant les quatre propositions. Je n'avais jamais pu comprendre qu'elles fussent la condamnation du Traditiojialisme ; mais on l'y voyait si obstinément, qu'en vérité je doutais de mes yeux et do mon intelligence, jusqu'à un certain point, devant les affirmations si carrées de tout ce monde-là et de ses journaux. A la manière si nette et si simple dont vous les expliquez, l'évidence s'est parfaitement faite pour moi. Du reste, ces assembleurs de nuages sont montrés si souvent pour ce qu'ils sont, dans leur haine de la Tradition, qu'ils sont aujourd'hui impuissants à /r«wrfer de nouveau.

Il y a bien, par-ci par-là, dans votre ouvrage, quelques coups de boutoir que vous auriez pu rendre moins rudcs^ diront ceux qui veulent que les chiquenaudes remplacent les coups de fouet sur le dos des ennemis de la vérité. Quoique je sois pour les formes adoucies, sans préjudice des haines vigoureuses qui sont dues à des écoles, à mon sens, avjourdlmi infaiiment trop ménagées, je m'explique parfaitement que vous n'avez pas pu vous défendre d'être fort souvent l'Alceste de tout ce monde-là, si violent et si injuste pour la Tradition.

Vos deuxième et troisième chapitres, Père, vulgariseront parmi nous saint Thomas , et, en le rendant accessible aux esprits les plus lents, ils le feront aimer même par les plus paresseux-

Le quatrième est toute une magnificence qui brise dans les mains de vos adversaires des textes scripluraires, à l'occasion desquels ils's'étaient crus, jusqu'à présent, inattaquables.

Le cinquième ajoute à leur confusion , et jette au vent l'histoire

lie la philosopliie, telle qu'on s'était habitué à la faire depuis longtemps, et surtout de nos jours. Vous y êtes superl)e de dédain

mérité contre cet imberbe de et de fustigation sanglante

thi Ce genre de correction exigeait une main comme la vôtre.

L'un et l'autre seront difficiles, s'ils ne sont pas contents. J'aurais voulu vous trouver des verges aussi justement sévères contre

cette espèce de qu'on révère presque à l'égal d'une divinité,

et qui ne paraît être qu'un petit présomptueux, se faisant docteur alors qu'il est un mince écolier devant à nos enseignements le peu de sens commun qui lui reste.

Peut-être encore eùt-il mieux valu ne pas faire à ce venant

nous dire que l'honneur de le citer. C'est oublier, Père,

qu'une attention de votre part rend ces gens-là par trop célèbres, et que votre silence les laisserait certainement dormir dans une obscurité parfaite, dont votre parole a le tort de les tirer.

Vos sixième et septième chapitres sont une marche de triomphateur, brisant sous les roues de son char tous ces divers porteurs de méchantes doctrines. Puisse la terre leur être à tous à jamais légère!

La conclusion pratique de la Tradition, Père, devra être de

CHASSKR DE SOS SEMINAIRES LE FAUX, LE MAIS ET DANGEBEUX ENSEIGNEMENT QUI YA FAIT FORTUNE DEPUIS, HBLAS ' SI LONGTEMPS.

Je vais, pour ma part, y aviser sérieusement. La chose ne sera pas facile ; car il y a là des préjugés bien enracinés. La Tradition aidera à les combattre, et avec le temps elle finira par les vaincre. Il n'est pas possible que l'obstination s'en mêle jusqu'à fermer hermétiquement des esprits et des cœurs chrétiens, à toute la lumière si éclatante que vous venez de faire autour de ces grandes questions.

Cette façon avec laquelle vous revenez, sous tant de formes différentes, à rendre le danger d'un enseignement pareil é\\den{, portera ses fruits. Dieu aidant. J'ai aimé à vous y voir insister, à tous les points de vue. Un autre que vous, Père, aurait fatigué par ses redites ; avec vous elles plaisent au lieu d'ennuyer : car elles sont réellement le clou qui entre sous le marteau, quelque dur que soit le corps qu'il a à percer, et elles attestent que vous êtes maîîre souverain en ce genre de travaux.

Merci donc, très-révérend Père, merci, pour ma part, de l'éminent service, j'aime à le réf>éter, que vous venez de rendre à l'Kglise de Dieu. Il était temps, je le comprends à cette heure.

d'en finir avec des erreurs enseignées au clergé comme des vérités. Elles étaient dans notre France, et pour l'ordre sacerdotal surtout, comme la robe de Déjanire, qui dévorait nos chairs, sans qu'il nous fiît possible de nous en débarrasser ; et si notre sainte religion n'y a pas succombé, c'est uniquement parce que sa force, à elle, est de meilleur aloi que celle de l'Hercule païen.

Sauriez -vous m'indiquer, mon très-révérend Père, une philosophie élémentaire que je pusse mettre, en toute confiance, aux mains de mes élèves dans mes séminaires ? J'ai ouï dire qu'un des professeurs de Louvain en avait édité une, et Bouvier une autre. Je crains que celle de Bouvier n'ait quelque affinité avec celle de Lyon, de si triste facture ! Veuillez me fixer là-dessus aussi vite que possible, afin que je puisse mettre promptement ordre à tout ceci Je veux, s'il le faut, briser toutes les résistances. C'est

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