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La tragédie de Pasiphaé par le Sr Théophile

Nous croyons inutile de revenir sur ce qui concerne la vie agitée et les ouvrages de Théophile; la notice rédigée par M. Alleaume mise en tête de ses Œuvres (Paris , Bibliothèque Elzévirienne, 1856, 2 vol.), a réuni, sur le procès que lui attirèrent ses imprudences , des renseignements nouveaux et étendus. Des critiques judicieux ont apprécié à tous les points de vue son mérite poétique et l’influence qu’il a pu exercer sur le mouvement littéraire durant la première moitié du XVII e siècle (1). Audacieux, bour-

(l) M. Théophile Gautier, dans ses Grotesques, a tracé avec prédilection le portrait de notre poète, et M. Sainte-Beuve a repris ce sujet de son côté en consacrant à l’ouvrage eu question un article qui, inséré dans la Revue des Deux-Mondes (octobre 1844), a été reproduit dans les Portraits littéraires (1846, tome III).

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souflé, manquant de jugement, Théophile atteint souvent, un peu au hasard, une véritable chaleur, et c’est là ce qui lui a valu une réputation durable.

La tragédie de Pasiphaé ne fait point partie des diverses éditions des Œuvres de notre poëte (1); elle a été imprimée plu-

M. Chasles a , dans la même Revue (tome III de 1839), publié une notice sur Théophile, et, presqu’en même temps, M. Bazin en insérait dans la Revue de Paris une autre qui a reparu dans les Etudes de ce judicieux critique. Plus tard , M. de Guillon a fait paraître un travail intéressant dans le Bulletin du Bibliophile .'tome XII , page 305).

On comprend sans peine que nous ne songions nullement à redire ce qui a déjà été dit bien des fois, et beaucoup mieux que nous ne saurions le faire. Remarquons seulement que les opuscules en vers ou en prose pour ou contre Théophile, mis au jour à l’occasion de son procès, sont très-nombreux, preuve évidente de l'attention que le public accorda à cette affaire. Le catalogue des livres du duc de La Vallière (n° 3239) indique avec détail 55 de ces pièces ; on en compte 30 au catalogue Soleinne (tome V, n os 697 et 699) , et le catalogue Armand Bertin (n° 454) en enregistre 53.

(1) Ces éditions, depuis celle de 1621 jusqu’à 1670, sont au nombre de plus de 30, presque toutes peu complètes et imprimées avec beaucoup d’incorrections. Elles n’ont quelque valeur que lorsqu’elles offrent une circonstance exceptionnelle; c’est ainsi qu’à la vente Géraud on a payé 330 francs un exemplaire aux

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sieurs fois de 1618 à 1630, notamment à Rouen, chez J. -B. Behourt, en 1627, in-8°, et elle est devenue extrêmement rare. A peine les divers biographes ont -ils parlé de cette œuvre étrange, qui d’ailleurs (le titre de l’édition de 1627 l’atteste) « n’a jamais esté représentée », et de fait la représentation n’était pas exempte de difficultés.

Les auteurs de la Bibliothèque du Théatre- François (1768) se sont contentés d’en citer quatre vers. On a, nous le savons, mis en avant l’idée que la tragédie dont il s’agit n’était pas l’œuvre de Théophile; mais une tradition constante dément cette hypothèse.

D’ailleurs, l’esprit audacieux du poète se retrouve dans plusieurs pensées hardies dont l’expression était alors bien rare.

armes d’Anne d’Autriche. Notons en passant que nous avons lieu de nous étonner que MM. Gautier et Sainte- Beuve n’aient point parlé du petit conte latin intitulé Larissa ( placé à la fin du toine I , édit, de 1856 ), et qu’on croirait sorti de la plume de Pétrone ou de celle d’Apulée. Il a été traduit en français par Bussy-Rabutin, ainsi que par Querlon ( Nouvelle Bibliothèque de campagne). Mirabeau en a inséré une version parmi les divers écrits qui forment le 3 e volume de son Tibullc. Voir Dussault, Annales littéraires, tome IV • page 263.

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Nous n’avons pas ici à nous préoccuper de l’étrange légende mythologique qui a fourni à Théophile le sujet de son œuvre. Qui ne connaît les beaux vers de la sixième églogue de Virgile :

Et fortunatam , si nunquam armenta fuissent,

Pasiphaén, nivei solatur amore juvenci.

Ah ! virgo infelix ! quæ te dementia cepit 1

Les érudits modernes, scrutant les fables de l’antiquité et les soumettant à cette analyse minutieuse dont l’école allemande a fourni le modèle, ont envisagé la reine de Crète sous des aspects fort différents, sans doute, de ceux qu’elle offrait aux poètes de l’antiquité. Qu’il nous soit permis de renvoyer à cet égard aux articles Minos et Pasiphaé, insérés dans le Dictionnaire de mythologie , qui a été annexé à la Biographie universelle. Nous lisons dans cet ouvrage qu’après avoir donné huit enfants à Minos (quatre fils et quatre filles ) , Pasiphaé se sentit amoureuse d’un taureau que son mari avait oublié d’immoler, et bientôt le Minotaure naquit. On demandera comment la bizarre passion de la reine put être connue et partagée, comment cet étrange désir put être converti en un acte réel et complet, comment

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le magnifique herbivore quitta son espèce pour consommer avec une espèce inconnue plus qu’un adultère? Mais pareilles difficultés n’arrêtent pas les mythologues ; la reine devint mère d’un rejeton dans lequel la nature avait réuni au buste du mari de Pasiphaé la tête énorme et les cornes menaçantes de l’amant.

Un illustre archéologue français, M. Raoul Rochette, a, dans son bel ouvrage sur les Peintures antiques de Pompèi , consigné sur le mythe qui nous occupe des détails intéressants, au sujet d’un tableau représentant Dédale offrant à l’épouse de Minos, frappée de délire par suite de la colère de Vénus , le modèle de la vache en bois dans le corps de laquelle elle doit se placer afin de tromper le taureau. Dans ce tableau, l’expression de la tête, où se peint bien l’inquiétude d’une passion insensée, a quelque chose de saisissant qui ne peut provenir que d’un excellent modèle.

La fable de Pasiphaé, admise dans son sens le plus positif, dans son expression la plus matérielle , ne répugnait point au génie de l’antiquité grecque, bien qu’elle fût certainement dérivée d’une légende originairement symbolique, conçue dans un système de religion asiatique.

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Plus tard, on chercha à l’expliquer ; Lucien (De Astrologia, § 16) dit que Dédale avait donné des notions d’astronomie à Pasiphaé, et que cette reine s’était éprise de la constellation du Taureau. Cette interprétation a du moins le caractère de l’originalité. Il est à remarquer qu’on ne connaît dans les monuments de l’antiquité grecque rien qui rappelle Pasiphaé; l’art, chez les Romains ne présente en ce genre que la peinture que nous signalons, et deux bas-reliefs, l’un faisant partie du musée Spada, l’autre appartenant jadis à la villa Borghèse, et aujourd’hui au Louvre. Il est placé dans la salle des Saisons, n° 71. Nous renvoyons à son égard à la Notice de M. de Clarac sur les antiquités du Louvre.

Un auteur grec, Philostrate, décrit dans ses Imagines (I, 16, p. 27), de l’édition de Jacobi (Leipzick, 1825), un tableau représentant le trait qui nous occupe; mais on ignore encore si cet écrivain a voulu parler de compositions réelles ou bien de tableaux imaginaires qu’il engageait les artistes à exécuter. Sur ce point, les opinions des érudits sont partagées.

Nous ne pouvons passer sous silence l’étrange anecdote racontée par Suétone. Dans des jeux publics, célébrés sous le règne de

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Néron (1), la fable de Pasiphaé fut représentée au naturel sur le théâtre de manière à faire illusion aux spectateurs ( Taurus Pasiphaen ligneo juvencœ simulachro abditam iniit, ut multi crediderunt ). Cette circonstance inouïe donne l’idée du désordre où était tombée la société païenne. La reine de Crète ne paraît point d’ailleurs avoir été jugée trop sévèrement. L’austère Galba se faisait gloire d’être l’un de ses descendants, vanité d’ailleurs très-peu justifiée.

Quant aux excès dont Pasiphaé donna le triste exemple, nous n’irons pas rechercher dans les livres de Moïse (Exode , chap. 22 ; Lévitique, chap. 20), dans Juvénal, dans divers criminalistes, dans des recueils d’arrêts (2), des faits d’un genre à peu près semblable.

(I) Un poète vénitien, Georgio Baffo, a chanté les Fesle neroniane :

Conta Petronio dcl gran Noron Quella stupenda nobile azion,

Ctae la ja fatto sul delizioso Lago d’Agrippa, tanto famoso....

On nous dispensera, et pour cause , de citer le surplus de cette canzone.

(î) Un arrêt du parlement de Toulouse du 21 août 1 82S , inséré dans le recueil de la Rochofleuric , condamna une femme et un chien h être brûlés.

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Nous croyons inutile d’entrer ici dans une appréciation critique de la tragédie que nous reproduisons. Le lecteur la jugera. On voit que l’infidèle épouse de Minos n’y joue pas un rôle très-tranché et que l’action ne commence qu 'après la naissance de son monstrueux rejeton. Les défauts de l’époque se montrent sans doute dans cette œuvre, mais on saura bien y découvrir quelques vers énergiques, et il était difficile de se tirer mieux de l’entreprise un peu étrange d’avoir voulu traiter un sujet auquel nul poète tragique ne s’avisera sans doute de vouloir consacrer cinq actes nouveaux.

Nous avons hâte de quitter ce sujet sca breux ; nous ajouterons seulement que Théophile n’est point le seul auteur qui y ait vu un motif poétique. Un écrivain latin , Rufin, a laissé une production de peu d’étendue :

Pasyphaes fabula ex omnibus metris Horalianis , et les amateurs la retrouveront dans les Poetæ latini minores ( tome III , édition Wernsdorf, et tome II, page 446, édition Lemaire). Un Italien du XVI e siècle, Ariuli, fort peu connu d’ailleurs, avait devancé le contemporain de Louis XIII en écrivant une Tragédie de Pasiphaé : il nous a été impossible de la rencontrer.

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DE

Par le S r THEOPHILE

Reveuë , corrigée et embellie , outre les precedentes impressions, par vn sien amy.

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