‹ La tragédie de Pasiphaé par le Sr ThéophileChapitre 50 sur 50 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

L’Aurore sur le point du jour Seme le bled , l’orge et l’avoine ,

Et le soleil , gras comme un moine Ouvre sa grand gueule de four.

Son carrosse , au sortir de l’onde ,

Et ses chevaux de l’abreuvoir,

Vont du matin jusques au soir Promener ce falot du monde.

Il sort de l’humide séjour Yvre de nectar et de gloire ,

Et, pour moustrer qu’il vient de boire, Il marche d’uu oblique tour.

Le ciel, bruny d’or et de laque ,

Nous estalle mille trésors ,

Dont l’Inde de ses riches bords A fait venir une carraque.

Voilà l’Aurore toute en pleurs Qui , du plus haut de son rivage ,

Verse dans nostre jardinage Son pot à pisser sur les fleurs.

J’oy Tithon, jaloux de Cephale,

A qui le malheureux destin,

Qui l’a fait cocu ce matin ,

A donné la voix de cigallo.

APPENDICE

Voyez ce berger chassieux Qui sort du giron de la lune ,

Comme quoy le jour l’importune , Qu’il a peine d’ouvrir les yeux.

Bidaut à la grosse bedaine,

Au dessous de ce vieux ormeau , Entonne au son du chalumeau Un air en l’honneur de Silene.

Les soins du Jour, au front suant , Sortent d’un cachot de taverne ,

Et le soleil chasse-lanterne Creve les yeux au chat-huant.

Le chasseur ses lévriers (1) destache, La bergere met son surcot,

Le villageois prend son sabot Et le voyageur sa gamache.

Alis avec l’anse d’un seau ,

Dont le bruit importun me fasche, Carillonne sur ma moustache Les aubades à son pourceau.

Déjà la paresseuse beste (2)

Qui fit dans le camp philistin Un si mémorable butin Commence à secouer sa teste.

Je vois les poulains bondissans Sur l’herbe molle qu’ils vont paistre ,

(1) Dissyllabique.

(2) L'&ne.

APPENDICE

Donnant au jour qui vient de naistre Des pétarades pour encens.

Mon mulet d’un plaisant ramage A son resveil semble adorer Le jour qui luy fait esperer Le picotin et le fournage.

Il est jour, levons-nous soudain ,

Margot, je ne puis plus attendre ,

Les jaloux nous pourroient surprendre.

Ça, mes chausses. Jusqu’à demain.

Boissière.

Cette pièce , qui n’est autre que la parodie d’une pièce de Théophile : Le Matin, ode, se trouve dans le Recueil de Sercy , t. IV, p. 138- 140. Disons ici que l’ode de Théophile porte le titre de : Ode de l'Aurore, dans Les Délices de la poésie françoise de Baudoin, 1620, in-8°, p. 293-299, et renferme deux strophes en plus que le texte donné par M. Alleaume.

— Impr. Jouaust et fils, rue Saint-Honoré, 358.

-■"UJCO

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