STANCES
L’Aurore sur le point du jour Seme le bled , l’orge et l’avoine ,
Et le soleil , gras comme un moine Ouvre sa grand gueule de four.
Son carrosse , au sortir de l’onde ,
Et ses chevaux de l’abreuvoir,
Vont du matin jusques au soir Promener ce falot du monde.
Il sort de l’humide séjour Yvre de nectar et de gloire ,
Et, pour moustrer qu’il vient de boire, Il marche d’uu oblique tour.
Le ciel, bruny d’or et de laque ,
Nous estalle mille trésors ,
Dont l’Inde de ses riches bords A fait venir une carraque.
Voilà l’Aurore toute en pleurs Qui , du plus haut de son rivage ,
Verse dans nostre jardinage Son pot à pisser sur les fleurs.
J’oy Tithon, jaloux de Cephale,
A qui le malheureux destin,
Qui l’a fait cocu ce matin ,
A donné la voix de cigallo.
APPENDICE
Voyez ce berger chassieux Qui sort du giron de la lune ,
Comme quoy le jour l’importune , Qu’il a peine d’ouvrir les yeux.
Bidaut à la grosse bedaine,
Au dessous de ce vieux ormeau , Entonne au son du chalumeau Un air en l’honneur de Silene.
Les soins du Jour, au front suant , Sortent d’un cachot de taverne ,
Et le soleil chasse-lanterne Creve les yeux au chat-huant.
Le chasseur ses lévriers (1) destache, La bergere met son surcot,
Le villageois prend son sabot Et le voyageur sa gamache.
Alis avec l’anse d’un seau ,
Dont le bruit importun me fasche, Carillonne sur ma moustache Les aubades à son pourceau.
Déjà la paresseuse beste (2)
Qui fit dans le camp philistin Un si mémorable butin Commence à secouer sa teste.
Je vois les poulains bondissans Sur l’herbe molle qu’ils vont paistre ,
(1) Dissyllabique.
(2) L'&ne.
APPENDICE
Donnant au jour qui vient de naistre Des pétarades pour encens.
Mon mulet d’un plaisant ramage A son resveil semble adorer Le jour qui luy fait esperer Le picotin et le fournage.
Il est jour, levons-nous soudain ,
Margot, je ne puis plus attendre ,
Les jaloux nous pourroient surprendre.
Ça, mes chausses. Jusqu’à demain.
Boissière.
Cette pièce , qui n’est autre que la parodie d’une pièce de Théophile : Le Matin, ode, se trouve dans le Recueil de Sercy , t. IV, p. 138- 140. Disons ici que l’ode de Théophile porte le titre de : Ode de l'Aurore, dans Les Délices de la poésie françoise de Baudoin, 1620, in-8°, p. 293-299, et renferme deux strophes en plus que le texte donné par M. Alleaume.
— Impr. Jouaust et fils, rue Saint-Honoré, 358.
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