‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 16 sur 65 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Ou bien soit que le jour il vienne rallumer

Dessus nostre horison ; bref, il n'a d'autre estude ,

D'autre occupation, d'autre sollicitude ;

C'est pourquoy, je vous prie, advisez promptement

A modérer un peu son extrême tourment.

Donnez luy vostrc fille en chaste mariage,

Et faites alliance avec nostre lignage,

Lequel ne vous doit point, ce croy-je, estre à dédain,

Car il est des plus grands de ce lieu souverain.

Soit pour estre fort riche, ou soit pour estre antique.

Comme estant descendu de Scipion l'Affrique,

Qui fut si valleureux et si sage guerrier

Que son chef en est ceint à jamais de laurier^^

Le Père.

Monseigneur, je le sçay, j'en ay prou connaissance, Et sçay mesme combien je dois obéissance A vostrc authorité , laquelle, grâce à Dieu, Commande doucement en cet aimable lieu; Mais, monseigneur, ma fille est encore bien jeune Pour ressentir d'amour la blessure importune; Ainsi que vostre fds, ce n'est riens qu'un enfant.

Simphronie.

N'ayez peur que l'amour des jeunes triomfant, Ne luy face goûter les plaisirs d'hymenée. Pourveu qu'elle ait passé la douzième année ^ Expert, j'en puis parler, car en cet âge doux^

30 SAINTK AGNKS.

De ma chère moitié je fus loyal cspoux;

Et si je suis certain que nous ne fusme guère

Ensemble sans nous voir, elle mcre et moy père.

Le Père.

Mais aussi, monseigneur, c'est un bien grand hazard. Si telle amitié dure et si toujours elle ard Les cœurs des mariez d'une jlame pareille.

Simphronie.

Encore n'est-ce point une si grand merveille. Plusieurs de mes amis je vous pourrais nommer. Que l'on a vcus tousjours fuicllcnient s'aimer, Bien qu'en leurs tendres ans , suivant leur destinée, Ils ayent esprouvé les plaisirs d'hymenée.

Le Père.

Monseigneur, je ne veux contre vous disputer. Je suis à vous du tout, vous n'en devez douter ; Commandez seulement, je vous feray paroistre , Que jamais serviteur ne servit mieux son maistre,

Simphronie.

Je vous honore trop pour en user ainsi; Mais si vous desirez me tirer de soucy, Débonnaire, accordez ma dévote prière , Et donnez vostre fille, en vertus singulière, A mon fis bien aimé , lequel se va mourant, Tant il va ces beautez constamment adorant.

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