‹ La tragédie du nouveau ChristChapitre 3 sur 114 · PREMIÈRE PARTIE CEUX QUE CHRIST VEUT RESSUSCITER · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE CEUX QUE CHRIST VEUT RESSUSCITER

La nuit vient de tomber. On découvre un»' place de village. Au premier plan, à droite, un cabaret. Assis devant les tables «jui sont dressées dehors, «les hommes boivent largement, rudement. Vêtus d'une façon paysanne, ils ont l'air d'artisans qui, leur tâche accomplie, essayent d'oublier les tracas du jour en rigolant de n'importe quoi, quand il leur plaît. Les uns jouent aux caries, avi i j, Les

autres semblent s'entretenir de choses plaisante-. Ils ont tous le même aspect brut, calme et rugueux. Ils font «les gestes d'une grandeur forte. Il- «'datent parfois d'un rire gras et rauque.

Dans le milieu d»' la place, -ous des arbres épais, des femmes dansenf gravement, d'un pas sûr, au son d'un violon et d'une flûte qui grincent. Elles ?ont parmi le boulingrin. Elles ont ane manière étrange d'é?o Hier, Elles ne Be préoccupent de rien, paraissent ravies, irdenl ni les hommes, ni la tune, ni la nuit.

Au fond, on distingue des maisons, de vagues bâtisses

aux toits plats, qui forment la ligne d'horizon. Quelques-unes sont encore brillantes au moment où se lève la toile. Mais elles ne tardent pas à s'éteindre. Bientôt on fermera les fenêtres et on mettra les persiennes.

C'est la fin d'un soir au village, dans la campagne.

(Musique précipitée et tendre. A la manière dont les femmes mènent leur danse, il semble qu'elles accomplissent quelque rite âpre et grave. Elles circulent lentement sur la place. Par instant, Tune ou l'autre d'entre elles prend la parole et chante une sorte de mélopée. Puis, lorsqu'elle cesse, une autre reprend, et à son tour récite une strophe d'un ton très simple et très solennel à la fois.

De temps à autre un des buveurs leur adresse un quolibet auquel aucune d'elles ne répond.)

ARM AN DE elle chante.

0 danse! ô démarche par laquelle s'allège tout l'être! ô rythme qui crée la perfection dans le mouvement!... ô transport de la ronde rebondissante!...

(Toutes les femmes tournent d'un élan en même temps vif et désolé, tandis que la mélodie chante et les excite. Parfois elles se tordent tout à coup dans les convulsions d'une cadence forte et orgiaque.

Un des hommes attablés regarde, il les considère d'une façon goguenarde, il les montre en grommelant du doigt aux autres buveurs. Alors ils se mettent tous à rire. Mais les femmes, comme sans rien entendre, continuent de danser parmi la place.)

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