CE QUE FONT LES COMPAGNONS LORSQU'ILS SONT DANS LA VILLE
Dans la Ville, une grande place carrée environnée de maisons. Un découvre, à droite, un marchand de vins, et à gauche une boutique de boulanger. Au second plan une rue débouche des deux côtés. Dans le fond s'alignent des maisons avec des devantures peintes, une boucherie, une pharmacie; à un premier éta^e un atelier de modes. Tous ces bâtiments sont épais, coloriés de haut en bas, et décorés de bannières, posés à pic sur la place. Us semblent pendre de tout leur poids. Par-dessus les toits, au loin, geot les masses vives d'une cathédrale neuve que Ton <>it d'une manière distincte.
Sur le seuil de leurs portes se tiennent le boulanger, 1<* boucher, le pharmacien, énormes, en habit de fête. Le boulai debout, appuyé contre sa porte. Le bou-
cher «-si sur une 'luise et semble vaguement somnoler. Lé pharmacien lit le journal.
Derrière les vitres de l'atelier de modes, on distingue quelques ouvrières, qui cousent, fonl dos chapeaux, travaillent.
Le marchand de vins place destables, dispose des '
le long du mur de sa boutique, va et vient, court très affairé, comme en prévision de nombreux clients.
Enveloppant cette place qui n'est animée que par ces mouvements intimes, un tintamarre formidable roule d'un bout de la ville à l'autre, de-ci, de-là : des harmonies de fanfare de temps à autre, les cris longs, aigus et intermittents des marchands de rue dispersés, les bruits de chansons quelquefois, éparses, mais le plus souvent renforcées par l'effort d'un groupe de voix, telles sont les musiques qu'on entend, qui tantôt se rapprochent, tantôt s'éloignent, mais dont l'énorme charivari annonce une fête éclatante et crée un décor de joie invisible.
(Au moment où la toile se lève, un son de fanfare retentit au loin. On distingue des cris fugaces : Les frais bouquets!... les belles cerises!... que doivent pousser des marchands errant dans les alentours. Puis entre une petite apprentie qui se dirige vers la droite, la mine gaie et le pas leste. Elle est arrêtée au passage par le boulanger qui l'a vue venir, qui lui prend le bras d'une manière galante, tandis qu'elle tente de résister et que les deux autres bourgeois, intéressés par la scène, la suivent d'un air de gouaillerie.)
LE BOULANGER à l'apprentie en souriant.
Eh ! la jolie fille, dites-moi donc, où courezvous de ce pas?... Est-ce à un rendez-vous d'amour, ou bien ailleurs?...
L'APPRENTIE en se débattant.
Oh! Voyons, assez!...