CHRIST EST TRAHI DANS SON ESPRIT ET IL SE SENT RESPONSABLE
Le décor représente l'entrée d'une rue de village, la nuit. Au premier plan, à gauche, une fontaine de pierre entourée d'arbr* un banc. Puis on distingue une pe
tir* de maisons, basses et noires, qui s'enfonce et se perd dans les ténèbres. L'ombre esl épaisse. Toul semble éteint depuis longtemps.
On voit déboucher toul à coup en une troupe h i{ et traînante, Zacharian Elie, Martial el Marie, qui mit péniblement, tandis que le Christ marche non loin de la, un peu ;i l'écart, l'air sombre ■ •( pensif.
Le silence, la paix familiale, la tranquillité «lu lieu où iU entrent, tout contraste avec l'aspecl âpre d< gnons. On devine qu'ils sent toujours en tint»', qu'ils ont peur, qu'ils se méfient et que l'angoisse lutte ••!) eux a?ec la fatigue.
!.-• Chiot semble en proie à des réflexions qui ne lui permettent pas de rien sentir de ces choses.
Il .'>t environ trois heures 'lu matin.
i.i Pouille, I-'- compagnons, le Christ font quelques pas Jusqu'à l'endroit de la
fontaine. Là, ils s'arrêtent. Martial et Zacliarian vont s'asseoir sur le banc. Elie reste debout à côté. Le Christ s'accoude au fût de pierre de la fontaine et ne prend pas garde aux autres. La Pouille au contraire s'en rapproche, et avec une voix gémissante et irritée elle commence à se plaindre comme pour les menacer.)
LA POUILLE elle s'adresse aux compagnons seulement.
N'aura- t-elle pas de terme enfin celte course lamentable parmi les ténèbres?... (Elle désigne le Christ avec pitié.) 0 mon pauvre et bon maître, qu'il doit être las ! . . . (Elle se tourne de nouveau vers les compagnons.) Quoi ! être contraints de se cacher au creux des fossés remplis d'herbe, et dans les champs marécageux, derrière les haies aux pointes aiguës et agitées!... Et courir, s'en aller sans fin, à perdre haleine!... Et pendant des temps et des temps, comme si l'épouvante s'était mise à nous pousser par les épaules hors de ce monde, se ruer aussi contre le vent et l'atmosphère!... Ah! là-bas il y a des hommes qui fuient d'horreur! Mais notre situation n'est pas plus favorable ! . . .
(Les compagnons font un geste comme pour dire : à quoi bon récriminer, ce qui est fait est fait!... et regardent seulement du côté du village, pour voir s'il n'y aurait pas là un abri pour eux. Brusquement, Elie le fossoyeur fait un pas en avant, et indique
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de la main la première mai-on qu'on «Ji-tingue faiblement à leutrée de la rue étroite et silencieu
LE FOSSOÏ EUR 'l'un ton décidé.
Voilà une maison ! Allons voir!... Nous sommes loin maintenant du danger, et les gens qui nous poursuivaient n'auraient point l'idée de nous découvrir en ce! endroit...
LA POUILLE elle montre le Christ tristement.
Il faut lui demander d'abord!... Oh! comme il souffre!...
LE FOSSOYE1 R
Je n'ose pas lui parler ! Interroge-le toi-même ! . . . D'ailleurs, que lui importe qu'on fasse cette Chose!... Il a l'air de ne plus vouloir nous dire un mot...
M IRTIAL
Et puis, quoi! ou en .1 assez!... Il a plu sur nous toul à L'heure... La foudre a blanchi l'air obscur... La uuée épaisse s'esl répandue en nappes humides
LA POl ILLE avec une indifférence brutale.
El bien! agissez comme il vous plaira!... I voir.' affaire après toul '....
(Martial, Elie et Zacharian se dirigent vers la maison sombre. Une fois arrivés là ils paraissent se concerter. Un instant, ils examinent la façade plâtreuse et terne, les volets clos. Et on dirait qu'ils se demandent si ce qu'ils veulent faire est bon ou non. La Pouille les regarde avec anxiété. Le Christ reste enfoncé dans sa méditation et ne s'intéresse à aucune des actions des compagnons. A la fin, ceux-ci se décident. Ils s'approchent de la porte et en heurtent le marteau.)
LE FOSSOYEUR
Holà! holà!... Est-ce qu'il y a quelqu'un ici?. , Des hommes misérables se traînent sur la route, confiant leurs maux à l'hôte qui habite cette maison.
(On entend du bruit à l'intérieur de la demeure. Une voix d'homme grommelle :
Sacré dié!... Qu'est-ce que c'est que ça.,. Les compagnons frappent toujours de plus en plus fort.)
L'HOMME à l'intérieur.
Qui va là? Voyons!... Qui va là?...
ZACHARIAN
Suppliants, ayant avec nous une pauvre femme, nous vous demandons à coucher dans le grenier, sur la paille, dans la cave, n'importe où, pourvu que ce soit sous une toiture...
SIXIEME PARTIE
L'HOMME à l'intérieur.
Attende/!... je yais roir! Oui êtes-vous donc'...
MARTIAL
(Ju'ii soit béni celui qui se laisse attendrir par des prières, et qui, touché à cause des peines d'hommes étrangers, s'efforce, pour les guérir, de faire un peu de bien !...
L homme apparaît sur le seuil, il tient un fusil d'une main et de l'autre une lampe, il aperçoit le groupe loqueteux, lugubre, tragique des compagnons; il fait un qui exprime a la fois la cob'-re. le dédain et la crainte.
L ''HOMME refermant brusquement la porte.
Ha! lia!... tles chemineaux! Passez la route!...
I '-compagnons demeurent dehors, stupéfaits et furieux: on distingue I l'intérieur de la maison un bruit de serrure qu'on boucle et de barre qu'on passe au travers de lapoi •
LE POSSOTE1 i; Les dents sen Canaille! Canaille! Salaud de bourgeois 411e tu
(La Pouifle, qui pendant la tin de cette ne -Yt.it rapprochée des compagnons,
! BUS, e! I.lie.
fers Martial, et ren Zachariai qa<
tourne sa colère. Exaspérée, elle les arrête lorsqu'ils vont revenir vers le banc dans l'intention visible de prendre quelque repos; elle les considère tout à coup avec des yeux brûlants d'un courroux amassé.)
LA POUILLE d'une voix désespérée et menaçante.
Où aller et que faire maintenant?... Quel chemin prendre ?. . Est-il possible que nous ne trouvions de refuge en aucun lieu?... Chassés de^tous les horizons, même lorsque nous sommes inconnus, à quelles extrémités terribles allons-nous être contraints et acculés?... Hélas! à travers les distances, il nous faut fuir avec l'anxiété à nos trousses qui nous harcèle!... Pourquoi n'avezvous pas pris garde à mes conseils?
LE FOSSOYEUR avec colère.]
Ne parle donc pas ainsi, femme lâche !... Plutôt que de répandre des cris comme tu le fais, il serait préférable que tu te taises?...
ZAGHARIAN Est-ce à toi de nous faire des réprimandes ?
LA POUILLE s'exaspérant.
Je dis ce que je pense et voilà tout !... (Elle regarde le fossoyeur d'un air de défi.) Yide-moi de mes tripes
SIXIEME PARTIE 211
comme un pot de son contenu}... Mais quanl à garderie silence, jamais je n'y consentirai en ce
moment !...
LE FOSSOYEUR moqueur, gouaillant.
C'est La (erreur qui t'inspire les reproches que tu nous fais?... Car, en vérité, tu as peur... Tues livide comme si on t'avail barbouillée avec du plâtre!... Tu n'es pas bien gaillarde, avoue-le donc?... Gomme, dans un vase, une eau secouée, lu trembles dans l'enveloppe de ton corps de fond en comble...
LA POU IL LE avec dédain.
Nous verrons lequel de uous deux montrera b4 plus de courage lorsque le temps d'en employer
SCra venu... En attendant, je vous le di<, à toi
le fossoyeur et à vous autres, vous avez tous comme d<i> hommes sans raison, qui, portant des torches allumées, lesjettenl sur leur propre personne -ans discerner l'action Insensée qu'ils commettent..
/. \cii \ i;i a\
Crois-tu donc être seule à penser?... Quel ton prends-tu !... T'imagines-tu que uous soyons plus
son que loi !...
Oui tu devrais prendre garde à toi!... car tu te laisses aller trop loin et tu ne mets pas de retenue dans tes discours !...
LA POUILLE ironique et méprisante.
Avec vos mérites réunis serait-il possible de former l'esprit d'une bête ?... Non, je ne le crois même pas !... Vous êtes des hommes stupides, sans volonté, serviles... prêts à exécuter des crimes contre vous-mêmes... soumis à tout et principalement aux décrets de la colère...
MARTIAL
C'est son propre portrait qu'elle peint !...
LE FOSSOYEUR
Sache-le, la Pouille, ce n'est pas à toi de parler, c'est à cet homme... (Il montre le Christ toujours indifférent en apparence.) Car quant à toi tu n'es rien qu'une malheureuse femme, égale à nous...
LA POUILLE
Ne voyez-vous pas par vous-mêmes que le héros dont vous parlez va être réduit à l'infortune la plus pénible?... Et cela pourquoi? A cause de
SIXIEME PARTIE 219
vous seuls!... Est-ce que von» n'en avez pas honte? où bien ètes-vous dénués de conscience à
ce point ?...
LE FOSSOYEUR avec une dureté sévère.
L'impunité te laisse parler, la Fouille, et ton impudence naturelle excite tes emportements... Et tu vocifères sans arrêi parce qu'on a pour tes excès mêmes de l'indulgence... El lu es si orgueilleuse que tu crois pouvoir nous l'aire des reproches au nom du maître qui demeure muet à notre égard... Car à quel signe as-tu découvert sa pensée encore obscure?... Quand -'est-il exprimé... Qui a-t-il défendu ou attaqué?... Est-ce toi qu'il a blâmée ou moi? Ni l'un ni l'autre... I - si pourquoi rentre dans le silence comme dans un rôle lait pour toi et que tu n'aurais jamais dû quitter...
moment que le Christ -ort de -i méditation, La tragédie intérieure -«•M point culminanl et née d in-
tervention. Il vienl la dénouer. Il relève la tête et voit ses compagnons opposant à Marié des \ i tr la fureur. Il
fait un mouvement de leur côté. Et il pousse un grand ci i dans L'ombre, -'t les autre- se retournent, saisis chacun par une inquiétude <! (Térente. Le Christ atl alors sur eui <i.>- yeux sinistres, il"uk>ureux, désol
LE CHRIST qui jette une clameur aiguë.
Ah! calamité effroyable!... (il s'avance vers Élie, Zacharian et Martial stupéfaits.) Hélas ! Hélas !
LES COMPAGNONS Oh!...
LE CHRIST
Qu'est-ce que vous avez fait, ô compagnons!... Vous êtes allés trouver le peuple et vous l'avez anéanti!... Yous êtes passés sur lui comme un vent de tempête... Et vous avez dressé partout l'aspect hérissé et sauvage de la panique!...
LES COMPAGNONS
Seigneur!...
LE CHRIST
Comment avez-vous consenti à exécuter les desseins de votre furie?... Quel charme a triomphé de vos serments?... Yous avez oublié notre ancien pacte... A quelle pensée plus forte que vous, ayant l'inflexibilité de la logique, avezvous soumis tout votre être comme un esclave?,..
LA POUILLE aux compagnons.
Yous entendez!...
SIXIÈME PARTIE 221
LE CHRIST
Mais surtout, je voua le demande, pour quelle raison m'avez-vOus caché vos projets?... Car vous Les nourrissiez depuis Longtemps... j<i l'ai senti bien des fois et vous n'avez jamais parlé franchement!... Sans doute est-ce la haine rencontrée qui vous a fourni le prétexte de vos actions!...
LES COMPAGNONS
Comment !...
LE CIIKIST
A la suite «1»' quelles réflexions vous fetes-vous métamorphosés de cette manière?... Vous ne m'en avez pas fait pari. Pourquoi, enfin?... Ah! au Lieu de me dire la vérité, vous vous èl«>- éloignés de moi comme d'un ennemi!... D'ailleurs, vous avez eu raison d'agir ainsi, car je suis votre ennemi, ô hommes de fer... 6 exécuteurs des pensées de la mort môme... vous en qui d'implacables Lois sont incarnées
LE BUR anéanti.
Que nous dis-tu maintenant, ù Maître!...
MARTIAL l'.T ZACHARIAN de même.
Hélas! Hélas!...
LE CHRIST qui les considère tous avec une tristesse cruelle.
Quel est-il, celui d'entre vous qui, fort de ses propres pensées, n'a pas craint d'exciter la haine dans vos esprits?... Il vous a étreints comme un argument qui semble péremptoire au premier abord.,. Quel langage vous a-t-il parlé pour s'être fait entendre mieux que moi?...
LES COMPAGNONS
ODieu!...
LE CHRIST
Où se trouve-t-il, le malheureux dont la persuasion fut plus vive que ma sagesse?... Et les autres, sans même prendre conseil auprès de moi!... Qu'ils se nomment les uns et les autres, qu'ils viennent maintenant, qu'ils découvrent l'étendue de leur stupidité...
LES COMPAGNONS
Eh bien!
LE CHRIST sans s'interrompre.
Qu'ils crient d'un accent lamentable en ma présence; qu'ils disent : « Oui, nous, c'est vrai, Seigneur, nous avons obéi à la colère... La fureur
SIXIEME PARTIE
a saisi noire être e1 elle a fait mouvoir nos membres débiles... Et asservis aux ordres changeants de no< passions, nous en avons exécuté tous les projets... El c'est agités de cette sorte que noua nous sommes rendus coupables...
LE FOSSOTEUB
Coupables, Seigneur?...
LE CHRIST
Malédiction!... A.gir comme des hommes sans raison, sur Lesquels la méditation n'a pas d'empire!... Accomplir les actes les plus sombres avec toute la docilité de L'inertie!... Quoi! ne pas même me renseigner sur vos projets... Me Laisser dan- l'incertitude sur vos désirs!..
LE FOSSOTEUB timide, efl
Ne connaissions-nous pas Les tiens
LE CHRIST (jui relève la tête et marche sur te fossoyeur ■ indignation.
Oh! que dis-tu?...
LE FOSSOYEUR qui recule (f abord et s'enhardit.
Ne pouvions-nous pas croire?...
LE CHRIST Quoi? malheureux ! . . .
LE FOSSOYEUR dont l'audace augmente.
Combien de fois nous as-tu répété que la haine était susceptible de bons effets?...
LE CHRIST
Oui, comme en ce moment ma haine de vous...
LE FOSSOYEUR rapidement et terriblement.
Nous avons cru exécuter ta volonté...
LE CHRIST avec une violence irrésistible.
YouS avez Cl'U... (Il regarde le fossoyeur, et d'une voix tonnante, il l'interpelle.) 0 homme perfide!... oui, je te nomme ainsi, quoique tu sois un de mes compagnons les plus fidèles!... Car quand tu as commis tes crimes tu as été nuisible à moi, et plus contraire à mon bonheur en vérité que si, hypocrite et oblique, tu m'avais livré tout vivant à mes ennemis!... Nous avons cru!... Comment oses-tu parler un tel langage?... Ne crains-tu pas que je m'élève contre ta prétention à cet égard?... Car présentant les choses réelles sous des traits faux, tu as accompli une action abominable!...
SIXIEME PARTIE
v tressailles-tu pas, plein de hont<'. dénué de force, animé uniquement par un immense regret?... Exécuter ta volonté!... Oh! est-ce possible?... Traduire ainsi mes sentiments les plus secret^!... Interpréter de cette façon mes intentions?... N'est-ce pas peindre blanc ce qui est noir, remplacer un terme négatif par un contraire, changer le système d'une méthode au point de la rendre discordante et erronée, agir en tout à cont resens de parti pris!... Ta volonté!... ta volonté!... 0 infortune!... Se servir d'une telle expression!... Quoi ! Misérable !...
LA POUILLE elle s'approche du Christ comme pour apaiser son exaltation grandissante.
O mon bon maître!... Ne vous emportez pas si
fort!...
LE CHRIST au comble de la colère,
il repous-e Marie brusquement.
Sainte colère, empare-toi de moi !... A.gite tout
mon être de tes bonds!... Utilise toute ma force à ton proiit !... Q se tourne ver- te fossoyeur, qui épii mouTementa avec anxiété. \li ! parler de cette façon-
là !... Quelle impudence !...
Il POSS01 II R
Pourtant ifetait-il pas possible do penser que...
226 LA TRAGEDIE DU NOUVEAU CHRIST LE CHRIST impétueux, farouche.
De penser quoi?... Que je serais content de vous?... Que j'approuverais vos actions de guerre et de haine?... Que j'applaudirais au spectacle de la catastrophe déchaînée, ardente, par vous?... Que vous me sembleriez plus chers quand, terribles, vous feriez trembler la masse du globe?... Que j'attendais des choses féroces de l'initiative éclatante de votre force?... Que je vous aimerais davantage !... (Il baisse tout à coup la voix, et d un accent désolé il semble se parler à lui-même, tandis que les compagnons consternés le considèrent.) 0 lamente-toi, mon pauvre cœur ! . . . Hélas ! hélas ! . . .
(Le Christ se tait et paraît plongé un instant dans une méditation qui l'accable. La Pouille est près de lui et le fixe de ses yeux pleins de pitié. Les compagnons, dans des attitudes différentes, tour à tour examinent le Christ, le ciel, l'ombre et eux-mêmes. Il y a un instant de silence atrocement contraint. Le malentendu qui existait entre les compagnons et le Christ est devenu visible. Néanmoins le fossoyeur, qui tient à se disculper, s'approche du Christ, lui pose la main sur l'épaule, le voit relever sa tête triste et douloureuse, d'un mouvement lent, comme au sortir d'un songe.)
LE FOSSOYEUR avec une inquiétude humble.
- Mon bon Seigneur... dans quelle exaltation
SIXIEME PARTIE W
vous êtes maintenant!... Voulez-vous m'écouter, me prôter un pou d'attention?. .
LE CHJRIST aJftêraneat
Oui, oui, parle donc... tire des le'nebres lecauses obscures... expose-moi des raisons capables de me convaincre... découvre à mon esprit, qui ne les connaît pas. des arguments ayant L'éclat do L'évidence...
LE FOSSOYEUR
Mon pauvre maître...
LE CHRIST .lu nêau ton ironique et sombre.
Kxplique-niui que je suis un insensé!... Je t'avais 6hoisi entre tous les hommes et je te is susceptible do prendre ma place... accusemoi de témérité et définis mes erreurs... Quêtes paroles soientles prouves de mon ignorance... Outrage ton père... Précipite ton esprit contre le mien. . Benrte-moi avec ton corps d'airain dans le but de me faire tomber en me frappant !... \\\'. ah ! lu veux te disculper? Eh bien ! fais-le !
LE rOSSOl ETTR
Non...
LE CHRIST d'un ton qui redevient épouvantable.
Ah ! que toutes les étoiles se broient, mais parle plutôt! Que le globe, s'il le faut, soit renversé ! Et que l'ordre du monde soit détruit par ta faute seule !...
(Menaçant, le Christ s'est dresssé dans ud grand élan impérieux, et il semble ordonner à Elie de parler. Celui-ci le regarde en tressaillant. Zacharian et Martial sont interdits. Marie paraît être accablée et elle lève vers le Christ une main pleine de douceur. Cette scène dure un moment dans un silence tragique.
Cependant, dominé peu à peu par le Christ, inquiet, agité par f appréhension de l'irréparable malheur qu'il va provoquer, après l'autre causé déjà par lui, le fossoyeur courbe le visage, réfléchit une minute, puis il prend la parole au milieu de ce cercle d'hommes diversement attentifs qui le regardent.)
LE FOSSOYEUR hésitant, saccadé.
Quand nous réfléchissons ou agissons... et dans quelque sens que ce soit, ô mon Seigneur!... n'est-ce pas à cause de toi en vérité?...
LE CHRIST, sarcastique.
En vérité?...
-i x 1 1 : m f: partie 229
LE POSSOYEUB
N'es-tu pas Le maître invisible, présent en nous, à tout instant et sans arrêt?
LE CHRIS
Qui en douterait?...
LE FOSSOYEUR
La seule puissance dont nous avons toujours conscience, c'est celle de ta pensée irrésistible... Elle nous détermine dans ceci et dans cela, elle provoque chacun de nos actes, et elle inspire nos sentiments les plu- divers...