‹ La traite des chanteuses (moeurs de province)Chapitre 6 sur 71 · AUX OUVRIÈRES SANS TRAVAIL · texte numérisé non relu

AUX OUVRIÈRES SANS TRAVAIL

Les jeunes personnes ayant le moindre « filet de voix » et désirant se créer une situation agréable et lucrative, n'ont xiuà sv présenter chez il/. Jdu Mec , rite Â'.-A.,,, qui leur apprendra gratuitement un répertoire de chcmsonne t te s leur perm e t tan t d’obt enir e n que Iqucs jours un engagement d f artiste lyrique en province.

Cette idée géniale obtint un grand succès.

La maison de la rue S.-A. fut assiégée le jour

même par une centaine de petites ouvrières.

Ce Du Mec, ancien cabot, ne tarda pas à être plagié et de nombreuses officines Couvrirent dans ce quartier même — qui fut et qui reste encore le quartier générai des agents lyriques, experts en Fart de vendre j des chanteuses.

La maestria avec laquelle il vendait les femmes aux ^ tenanciers Lui valut son admission à la Société des Editeurs, Auteurs et Compositeurs de musique, en qualité d’auteur, éditeur et compositeur... — seule- , menti II est bien entendu que Du Mec (donnons-lui ce 1 nom symbolique et croyons qu’aucun agent lyrique cette fois, Posera se reconnaître..,) que Du Mec, dis-je, trousse mieux une femme qu’un couplet, — peut-être pour se créer un alibi?... — Il est incapable d J écrire une ligne de musique. On ignore même s’il connaît ses notes... Aujourd’hui, il est dans les honneurs (je crois qu’il est officier d’académie?!?) et jouit d’une grande considération parmi ses concitoyens qui en feront un conseiller municipal.

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Du Mec touche trois retraites à la Société des éditeurs, compositeurs et auteurs.

Laus aux vieilles putains, (Fans et (£ honneur s chargées,

comme dit T autre.

Son officine est véritablement une maison de rendez-vous.

Et le « vieillard en sort u h dos en cloche, las!

2vous reviendrons, plus loin, sur Du Mec, pris dans co livre, comme le prototype des agents lyriques*

L agent lyrique se recrute ordinairement parmi les chanteurs médiocres à qui le Succès, malgré toutes ses faiblesses, ne parvient pas à s’intéresser. Recherchant le plus souvent remploi de régisseur — et l'obtenant presque toujours — le chanteur médiocre devient le croquemitame des petites artistes et profite de la terreur qu’il inspire pour infliger l'amende — ordinairement partagée entre lui et le directeur, La dicotomie de rAmendeS,,.

Ce n est pas tout, A ce bénéfice malhonnête, il convient d J en ajouter un autre, aussi déloyal que possible : le pourcentage exigé sur les engagements que, la plupart du temps, le régisseur prélève lui-même avant. De cette façon, la chanteuse — exploitée de 10 û/Q par Tagent lyrique, de 5 à 10 0/0 par le régisseur qui lui procure rengagement — se trouve, avant meme d’ouvrir la bouche, redevable d’une somme déjà importante envers des gens dont l’intention est de Fexploiter jusqu’à la prostitution.

Le régisseur, à ce métier — et pourvu qu'il arrive à

rouler quelques années — parvient à une sorte de célébrité, et les artistes en sont à s'inquiéter beaucoup plus de ce tyran que du directeur lui-même*

Le jour donc ou, à son tour, ce peu scrupuleux régisseur se trouvera sans engagement, il n’hésitera pas, avec F ai de de quelques commanditaires sans vergogne, à ouvrir une agence lyrique, sous la façade d’une maison d’édition, par exemple.

Les nombreuses relations acquises en sa vie d’artiste nomade lui seront précieuses au possible ; par elles, mieux encore que par dee annonces, il parviendra à s'aboucher directement avec des tenanciers de café-concert*** On sait le reste* Cet agent lyrique paye patente et possède une salle d'audition* C'est un commer çant classé dont le nom est dans le Bat lin -

Mon confrère Henri Hanoux de la Petite îtêpublique eut l’idée, une fois, de s'improviser imprésario... $*ocea&iûn t afin de pénétrer dans une de ces immondes officines soi-disant Maison d’édition , et de -se faire dévoiler les dessous d’une agence lyrique. Ecoutons-le :

C’est au milieu d'un vacarme de voix de femmes s'exerçant à seriner une rengaine**, que je suis tombé hier* vers quatre heures de F après-midi, l’heure des auditions, dans l’une des agences du quartier de la porte Saint- Denis, où affluent eu ce moment les artistes lyriques des depx sexes en quête d’un engagement pour les villes d'eaux,

— Monsieur le directeur?

On m’introduit dans un petit bureau où j'attends quelques minutes ïe tenancier de F agence,

J ? ai dû traverser une pièce assez grande, insuffisamment meublée d’un bureau et d’un cartonnier, les mura

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décorée seulement de cartes postales illustrées et d’affiches criardes, et où cabotin aient, en attendant leur tour d’audition, des artistes lyriques des deux sexes.

On respire ici Fatmosphère des cabinets d’affaires louches, et le regard fuyant derrière des binocles à monture d’or de M. le directeur, qui vient d'entrer et s'enquiert du. but de ma visite, ajoute encore à cette impression pénible.

Alors tout d’une traite, avec volubilité, sans rien omettre do mon rôle, que fai moi aussi répété tout à l’heure en montant F escalier de F immeuble, j’explique ;

— Mon oncle, propriétaire de grand hôtel, grand restaurant-, grand café d'une petite ville de huit mille habitants, en Dordogne, dépourvue de distraction... marchés importants... usines récemment créées... et désireux d'adjoindre à son établissement un concert... Deux ou trois chanteuses... Ce que ça peut coûter... Renseignements nécessaires avant de tenter F expérience. *

J’ai dit cela assez naturellement et mon interlocuteur n’a aucune défiance. Au fait, cet oncle imaginaire créé pour les besoins d’un reportage, ça n’est, pas si invraisemblable.

Mais M. le directeur interroge :

— La ville habitée par M. votre oncle est à quelle distance de Paris?

— 500 kilomètres...

— Alors il faut compter tout d’abord les frais du voyage d'aller, 25 francs par artiste... Et combien M. votre oncle désire-t-il d’artistes?

-— Deux ou trois, mais voyez vous-même si c’est suffisant pour un programme...

— Pour bien faire, iï faudrait engager une « romancière », une « gommeuse » et une « diction grivoise »...

— Aux appointements de?...

— Attendez. Mais d’abord les quêtes seront-elles permises?

Je parais ne pas comprendre. M. le directeur m’explique que certains établissements no les tolèrent pas (la vérité qu’il ne dit pas est que nombre de municipalités

le* ont interdites à cause des abus intolérables dont elles étaient la, cause).

Je déclare :

— Mon onde n’a aucune raison d’y être opposé, surtout si c'est une cause do diminution des appointements,.,

—- En effet. Il faut compter alors 150 f ran.es par mois par artiste et le bénéfice des quêtes.,. Pour une « étoile », il faudrait mettre 200 francs par mois,.. Engagement d’un mois résiliable à quinzaine... Mais, comme c'est d’usage constant, M. votre onde aura la faculté de prélever sur ços appointements 90 francs par mois pour lu pension.

Je laisse échapper, malgré moi :

— Dame, ce n'est pas cher, 200 francs par mois pour une « étoile », surtout quand cette « étoile » est obligatoirement votre cliente... Les quêtes sont-elles donc bien fructueuses ?...

— Mettons 2 francs par soirée en semaine et o à G francs le dimanche...

-— Mais, a propos de quêtes, j’oubliais... Sont-elles bien, au moins, vos chanteuses P Mon onde tient à un personn el j eu ne, ara usa nt, 1 éger, c omment d i rais-je ?...

— ... Facile!! C’est juste et n’ayez aucune inquiétude de ce coté. Nos artistes sont apparemment très comme il faut ; mais elles sont accoutumées à ce que vous dites et, du reste, faites pour cela-,,.

Et, cynique, il continue :

— Ce sont toutes des dames jeunes et jolies, sélectionnées... Je ne tiens pus l'article vieillard ... (sic).

J’en puis juger d’ailleurs. Il me tend des photographies, Il dit vrai ou à peu près. Ce sont do jeunes et jolis minois, mais qui cachent déjà, sous le fard, des marques de fatigue et de flétrissure.

Dans une pièce voisine, l’audition continue. Les rengaines succèdent aux grivoiseries de mauvais aloi. Ce m’est pas ici une agence artistique. Ces chansons sont seulement prétexte à dissimuler quelque peu une des formes les plus odieuses de ta traite des blanches.

Four compléter cette enquête, j'ai lié conversation avec une des artistes qui, la répétition quotidienne finie,

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quittait V « agence artistique » au même instant que moi.

Inutile de ruser, cette fois, et je dis franchement le but de renquête de la. Petite République.

Et, tout de suite, c'est une confession douloureuse, la confession dos désillusions envolées, des humiliations et des bassesses côtoyées ou connues, en quelques mois de vie fessés dans 1 es concerts des mornes sous-préfectures* Puis eest une révolte soudaine qui s'achève en une résignation triste.

Nous nou£ sommes assis à la terrasse d’un euié et nous causons :

— Tous ne savez peut-être pas, 211 e dit cette jeune femme, comment on fabrique une chanteuse pour caféconcert de province, et vous vous imaginez sans doute qu’une vocation artistique nous a poussées dans cette voie. Mais ces cas sont 1 T exception et la vérité est tout autre.

et Dans les périodes de chômage, comme celle qui est venue avec les beaux jours, des agences recrutent de pauvres ouvrières et des petites bonnes sans placei et des filles à qui le trottoir des villes a été inhospitalier. Ce recrutement n’est pas fait au hasard* Si Fou ne s’inquiète guère des dispositions artistiques des recrues, on tient le plus grand compte de leurs appas physiques. Et quand ils sont reconnus suffisants, on) serine à ces pauvres filles une dizaine de gaudrioles, le placeur les affuble de costumes rafistolés sortant du « déc roches-moi ça », il les baptise du titre de chanteuses, et les expédie dans quelque concert de sous-préfecture.

(( Ici commence une existence de fatigues et de hontes.

(( Nous devons distraire les loisirs des jeunes gens, des fonctionnaires, des commis-voyageurs et des soldats* Et, pour ce faire, nos chansons sont seulement un accessoire...

« L’après-midi, sous prétexte de répétitions, on nous oblige à chanter, chacune à notre tour, un ou deux couplets. Il nous faut prendre place ensuite dans la salle de spectacle, au milieu des clients, et celle qui refuse des consommations ou qui est la moins apte à faire rapporter do F argent au patron, sait très bien que la résiliation l’attend au moindre prétexte.

LA THAÏ TL DK S CHANTEUSES

it On nous paye mal, vous le savez ; il arrive qu’on no nous paye pas du tout. Et nous sommes tenues de prendre dans rétablissement une nourriture mauvaise, pour laquelle on nous retient une redevance élevée* Il y a beaucoup de concerts où, après le spectacle, l’artiste est forcée de rester dans la salle jusqu’à deux heures du matin. Aux tables de jeux clandestins, celles qui ne résistent pas à la tentation laissent leurs maigres ressources, dont une part profite à la cagnotte du tenancier.

« On fait miroiter à nos yeux les profits des quêtes* Mais celles-ci ne sont fructueuses que pour celles qui, passant au milieu des tables du café, laissent prendre aux clients des privautés innommables.

« Mais des choses révoltantes se passent tous les jours dans les beuglants de province. »

Et mon interlocutrice me tond des lettres d’amies* Je Us fm-iïïette, ees lettres â*amies , où des faits simplement consignés, constituent les plus violents pamphlets contre Vexploitation dont sont victimes Us chanteuses de cafés-concerts de protinàe * Les détails si suggestifs qu'elles contiennent, feraient rougir de honte et d'indignation nos lectrices, etc., etc.

Eh bien, on va en lire de ces lettres, on va les voir ces phrases suppliantes, navrantes, désolées, bourrées de faits, de preuves, hélas!,,, d’ignominies..,

La publication de ces lettres — (ou d’extraits) — montrera au lecteur jusqu’à quel point, dans un pays soi-disant de liberté, Ton peut, à l’aube du xx c siècle et sous le couvert des lois existantes, faire trafic de chair humaine sous le palladium de.,, L’Art.

Nous possédons, naturellement les lettres originales et signées, La première, que nous publions, peut être considérée comme le modèle du type. Elle résume tout ce qui intéresse les questions se rattachant à la Traite des Chanteuses,

Ài-.UNTS LYRIQUES

jiu $ecrétaire du Syndicat de VU des  . L.

Cher ami,

Au moment où notre syndicat récolte chaque jour un plus grand nombre d'adhésions, je crois qu’il est un devoir pour chaque membre de signaler les abus qui se commettent dans les maisons infectes qui pullulent dans certaines villes et qui, heureusement pour l'hygiène, tendent à disparaître grâce à notre campagne approuvée par les municipalités désireuses comme nous, de mettre une fin à la traite des blanches,

I/es tenanciers de ces maisons Te Hier, croyant couvrir leur responsabilité personne lie, s’avisent dans certains endroits de prendre un représentant, un monsieur quelconque se disant artiste qui s’occupe du recrutement féminin, car il est inutile d'ajouter que ces sortes de lupanars n’engagent ni comique homme, ni attraction du même sexe ; oc qu'il faut, c’est des femmes jeunes et jolies, un genre spécial d'entôleusesi portant de riches toilettes et sachant chanter.-- non.-- ce n'est pas nécessaire. Four ces sortes d'établissements, c’est de savoir maintenir le client en l’aguichant par des oeillades ou autres prive au tés dignes de rendre jalouses les reines du trottoir, tenir le mâle en arrêt par ces provocations jusqu'à la fermeture du concert, puis dans une sale spéciale se faire inviter h souper. Souper ! c'est tout lo programme de ces dames, et ensuite elles offrent le gîte. C'est le travail bien connu de ces bouges, et toutes ces prostituées lyriques savent ce qu'elles sont venues faire, elles ne sont donc pas à plaindre, et elles ne sont pas dignes d’intérêt, et co n'est pas ce but que je poursuis en écrivant ces lignes.

Celle que je plains de tout coeur, c'est la malheureuse qui ignore complètement à quelle sorte de trafic se livre

Nous avons terni à respecter le style et l'orthographe de toutes les lettres publiées dans ce livre.

la maison où elle s*est engagée directement par correspondance ■ cette malheureuse arriue dans la ville où est situé le bouge qui a pris le nom de concert, comptant toucher son salaire en exerçant son métier d'artiste, la malheureuse camarade, artiste celle-là, a signer un engagement d'un mois résiliable de part et d'autre à la quinzaine. Les appointements sont de 7 francs par jour pension obligatoire 7 quêtes pour la direction ; la direction, c'est le monsieur investi des pouvoirs de diriger la troupe, et qui a pris le titre ronflant de directeur artistique, dams son engagement la pauvre victime n'a lue aucun article qui pourrait lui faire prévoir la maison infect© où elle va débuter. Elle débute, et de suite elle devient hostile à cet Alphonse (son directeur) parce qu’elle ne se plie pas aux exigences de certains clients qui s© permettent de la toucher indécemment pendant les quêtes, ce qui empêche de grossir les recettes qu’elle doit remettre au seigneur de F endroit. Alors la malheureuse est en butte aux humiliations et vexations do ce vilain monsieur, si elle a une trentaine d’années, elle s'entend dire ceci : Madame vous êtes trop âgée, à votre âge vous auriez dû vous faire faire des rentes ; madame soyez donc plus gracieuse avec ces messieurs, etc.,,, etc, ; bref, le reste tous ceux qui ont approche* oes bouges le connaisse, et je ne m'étendrais pas plus longtemps sur ce,,, type ; mais ce qu’il y a de navrant, c’est que l’artiste, ainsi humiliée dans sa dignité de femme honnête et d'artiste F ayant prouvée dans d’autres concerts sérieux, est arrivée dans la ville presque sans argent, n’ayant pas vendu son corps pour pouvoir en amasser, elle accepte donc les conditions du directeur artistique qui sont les suivantes : Madame, nous allons résilié l f engagement contracté, si vous ne voulez pas être gracieuse et marcher comme les dames dont ma troupe est composée, ce qui me porte un préjudice puisque vos quêtes faites pour moi en souffrent, vous ferez huit jours, je vous donnerais 1 franc de fixe et vos quêtes.

L* artiste ainsi interpellée récrimine se sachant forte de son droit, ayant sur elle un contrat régulier, je poursuivrais, s’écrie-t-elle puis tout à coup, les tracas d’un procès surgissent dans son cerveau, n’ayant pas de fonds

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suffisants pour poursuivre et aucun autre engagement sous la ma in j elle accepte pour sa tranquillité pour ne plus entendre à ses oreilles ; Yos quêtes ne rapportent pas. Je vous paye assez cher pourtant, ete., etc. Donc, la voilà à ses quêtes et un franc de fixe, elle chante neuf ou dix chansons par soirée, et elle arrive à gagner, son fixe compris, la somme de 2 fr. 50 à 3 francs, là-dessus elle retire au minimum 1 franc pour son loyer, pour sa nourriture, blanchissage, etc,, etc*, il lui reste au maximum 2 francs. N'est-ce pas provoquer cette femme à la prostitution ; et la malheureuse mourant presque de faim, mais désirant malgré tout rester honnête, se rend à son travail chaque soir le ventre à peu près vide, n T est-ce pas navrant I

Tout ce que je viens de signaler sur ce papier est la reproduction exacte des scènes dont j’ai été le témoin à L... où je suis de passage eu ce moment* L'établissement s’appelle Brasserie des Arts (quelle ironie!), Je directeur artistique se nomme Gaston P.**, le nom du vrai coupable donnant les ordres à P, + * sera facile à savoir, la personne qui est tombée dans le piège de ces messieurs est bien connue par moi, et je réponds de son honnêteté et de sa valeur comme artiste* Mon but n’est pas de prier le syndicat de prendre les intérêts de cette dame, elle n’est malheureusement pas syndiquée, mais je crois de mon devoir de signaler cette taverne et de te prier d’écrire personnellement aux autorités compétentes pour faire supprimer les quêtes et la pension qui est obligatoire : les repas ré ont pas lieu au concert même, mais dans un restaurant auprès ce qui revient au même. En supprimant les quêtes et la pension, la municipalité accomplira là un acte d’assainissement et mettra un terme à l’odieux raccolagc qui se pratique en. faisant les quêtes ■ je suis encore à L... pour quelques jours, puis-je être délégué pour aller trouver les autorités? Dans ce cas, explique-moi la marche à suivre et confie-moi une note officielle du syndicat, c’est une bonne œuvre que l’on accomplira en plus encore de celles jusqu’ici accomplies par le syndicat dont je suis fier d’être un adhérent.

Je te serre cordialement la main.

Paris; 31 mai 1906.

Je «aïs que depuis l'ouverture de votre nécessaire campagne contre les agents lyriques et leurs complices, tous ceux que cette question intéresse à un titre quelconque vous ont assailli de leurs lettres accusatrices. Il est clone fort probable que F on vous a fait connaître toutes les variétés d'exploiteurs qui, dans F exercice de ce métier, ont trouvé un excellent moyen tV assouvir leurs passions. Je me permettrai de vous signaler néanmoins un de ces personnages.

Le mien s’appelle Da..., et a situé rue de... son officine d’agent-lyrique, après d’assez nombreux avatars dont la connaissance approfondie serait, pour le moins, curieuse. Cet individu est d'une salacité remarquable* Intermédiaire obligatoire entre les artiste» femmes et les directeurs de concerts qui ont placé en lui — bien mal 3 -— leur confiance, il ne dispense les engagements qu'à celles qui lui cèdent. Hachant combien le métier d J artiste lyrique est dur, vous voyez quelle puissante, quelle décisive pression il est à même d'opérer sur la volonté de ces malheureuses. — 81, encore, il n’était pas si laid!..*

À celles tient le siège est long et difficile parce qu’elles ne sont pas libres et qu’elle^ n'ont aucune envie de se prostituer à ce satyre, D.** promet deux engagements ; F un pour un ét ablissement dont il est directeur artistique, Y autre pour toute autre maison dont il fait les affaires. Il fait signer le premier et tient l’autre eu réserve. Ses fonctions de directeur artistique l’obligeant de résider presque à demeure dans la ville où est rétablissement, il entreprend sur place le siège de sa victime, entrant dans sa loge quand elle s’habille, se permettant des attouchements plus que familiers et se livrant, comme avant-dernier moyen de séduction, à des exhibitions obscènes* Rien ne rebute ce singe, ni gifles, ni refus réitérés. Lorsqu’il s'aperçoit qu'il perd son temps, il a recours à son grand

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moyen ; il pose le dilemme : « (hd (m mon, vruz-îu ?*** Tu no ne veux pas?». Eli bien ! tu n'auras pas rengagement que je t’ai promis!,,* »

Si T art iste a de la volonté elle se préserve de ce répugnant contact, mais se ferme les établissements qui entretiennent cet hystérique. Toutes ne peuvent pas le faire.,.

Je vous écris non pas dans un but de vengeance personnelle, mais dans un but de salubrité publique. Pour l'instant, cet individu exerce ses petits talents au casino de F exposition d’A... Ses irrésistibles moyens de séduction lui assurent la complaisance de la plupart des artistes femmes qu'il engage pour cet établissement. Il se venge de la rigueur des autres comme je vous Fai dit. Par ses soins, le casino d ? À,„ est une sorte de maison publique entrouverte, dans laquelle on peut voir, quoi que Fou en ait, ce singulier et détraqué directeur artistique en train de profiter sans vergogne des complaisances forcées de ses pensionnaires, et leur prodiguant, dans les loges, les plus,,, intimes caresses buccales*

Supposant qu'il suffirait d’informer de ces faits ignobles le directeur — pour F agent — de ce casino, afin qu'il envoie B... exercer ailleurs son industrie, j ai eu ia naïveté de lui écrire une lettre recommandée. Le silence dans lequel m monsieur s’est tenu à mon égard me fait conclure qu’il s’en rend complice, en voulant les Ignorer tout au moins.

J’ose espérer que cette lettre trouvera, auprès de vous, un meilleur accueil.

Keeevess, etc,,,

... Je vous fais également remarquer qu'une jeune fille n’ayant pas Fâgo vient de débuter à Sens ; elle n’a jamais travaillé au concert. Envoyée par F agence... Du Mec, faubourg Saint-Denis, à Paris, plutôt pour se prostituer, car elle n’a rien d'artistique, nous supposons qu’elle s’est enfuie de la capitale pour des raisons ignorées..*

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