‹ La traite des chanteuses (moeurs de province)Chapitre 8 sur 71 · IL., à Versailles, rue Duplessis · texte numérisé non relu

IL., à Versailles, rue Duplessis

Monsieur (I),

Votre campagne est parfaitement fondée et bien audessous de ïa vérité sont les orgies et l'exploitation des pauvres jeunes filles dans ces immonde® agences Du Mec & CK

Voici un fait :

L’hiver dernier, j’avais une très honnête jeune fille* M lle S, D,„, employée chez moi comme vendeuse, âgée seulement de 18 ans. Entraînée par une camarade en cet infect cloaque d’agence et comme elle était très gentille et non débauchée, l’honnête directeur a commencé par des promesses mensongères et des offres de toilette à lui demander son amour et sa vertu*

Ce bon directeur, aussi laid que sale et repoussant, fut éconduit par cette honnête petite élève, et, devant un tel procédé, complètement écœurée et dégoûtée, elle est revenue bravement reprendre son travail de vendeuse, et cependant son engagement était signé pour une ville de l’Espagne,

Ce directeur, aussi dégoûtant que laid, nVstj jamais venu la chercher pour lui demander les 150 francs d’indemnité pour non exécution de son contrat d’engagement.

Sa, camarade, moins mijaurée, a accepte les propositions du vieux singe et, après l’avoir salie de sa bave et de ses caresses, il ne lui donna rien du tout.

Je peux vous faire donner tous les détails par la jeune fille en question.

IL*,, négociant è Versailles.

(1) Après enquête, les faits énoncés ayant été reconnus v . rais » j'ai fait parvenir un double de cette lettre au Président de la Ligue contre la traite des blanches. Espérons que cette affaire aura une suite

Sur carte postale.

Agence F... à M.„

Mademoiselle,

Jo dois vous dire la, vérité. Quand j'ai montré la photographie au directeur, il m’a dit que c’était le portrait d îme personne âgée, Tl m’a bien fait remarquer que l'Eldorado de M... ne prenait que des artistes très chic, jeunes et jolies. Je ne voudrais pas que vous ayez du désagrément, quel est votre âge, s. v. p. ? et tenez-vous absolument à venir? Alors nous verrons d’arranger une affaire pour octobre.

Je vous salue.

F..., agent lyrique.

* 5fe

Pourtant, plus bas que l’agent lyrique, mais nageant dans ses eaux, se meut un concurrent qui, la plupart du temps, se nourrit des rogatons du premier. C est 1 agent humide. Celui-là, ainsi que ses confrères boursiers les « pied s-humides », trafique- sur les valeurs de cours incertain, les valeurs déchues, c’est-à-dire sur les malheureuses plus ou moins dévoyées qui lui tombent sous la main. Cet agent humide, vous le pouvez voir tous les soirs, principalement à 1 heure verte, en certains cafés avoisinant la Porte Saint-Denis. C’est là qu’il a dresse ses assises ; c’est là qu’il vend les engagements touches; c’est là aussi que certaines femmes, avides de lui plaire, dans le but d’obtenir du travail, lui amènent des occasions. L’agent humide ne s’embarrasse point d’une salle d’audition et ne se soucie nullement d’avoir à payer pa-

AGENTS JL Y RIQUES

tente ; il ne s’informe jamais <n Ton sait ou si i on ne sait point chanter.

— Etes-vous bonne soupeuse? demande-t-il.

Et si la femme se prétend telle, si elle se vante de supporter la chartreuse comme pas une, si surtout elle en fournit la preuve immédiate, tout en offrant de payer les consommations de ragent humide, elle est engagée séance tenante et envoyée incontinent dans un de ces beuglants que certaines villes ne tolèrent qu’en des quartiers spéciaux.

Il est vrai d ajouter que, chez beaucoup d’entre elles, le terrain est préparé par la mauvaise éducation, le manque de scrupule, de conscience et de sens moral. Ces dernières sont de celles qui doivent céder à îa première invite. « Elles ont la prostitution dans le sang, n comme on dit dans le peuple. Ainsi, j’ai connu une jeune femme ayant fait ses études au Conservatoire, ayant été dans quelques grands music-halls, ayant même rempli des rôles de commère sur des scènes parisiennes distinguées, qui, se trouvant sans engagement, est partie pour la province avec, peut - < tre, la sincère intention de gagner honnêtement sa vie. De la .mèae, clic est, sur les conseils d’une camarade, tombée au tremplin, d’où elle a été retirée... Mais le pli était pris. Après avoir fait une dizaine de villes, clic est devenue une petite femme qui se prostitue... en chantant, (le Charleroi à Monte-Carlo, et elle est partie pour la Russie, car elle sait qu’il est stipulé dans le contrat que les artistes, après . représentation, doivent rester dans l'établissement jusqu a six heures du matin, de façon à ce que les spectateurs aient tout loisir de les inviter à souper ou a consommer en des cabinets spéciaux. Elle sait aussi que le boyard paye très cher une Parisienne... Sa camarade le lui a dit...

Celle-là est moins excusable. Mais comprend-on

maintenant l’influence néfaste que peuvent exercer les prostituées de métier, pour lesquelles te concert ntest qu’un prétexte, sur les artistes véritables qu’elles côtoient. Et faut-il rappeler Le joli mot de Marie Colombier : « Si une artiste a toujours le droit de faire la putain, une putain e J a jamais celui de faire l’artiste. »

Un agents humide s’amuse :

Monsieur,

Je suis tellement outrée de ce qu'il vient de m’arriver à L..,, que je m’empresse de vous informer de la chose, afin que mes confrères sachent par votre intermédiaire que certaines agences artistiques ne se gênent vraiment pas vis-à-vis de nous et commettent des actes que je suis, en conscience, forcée de vous révéler*

Voici : J’ai écrit à C,,, au concert Jeannç-tfArc, et au lieu d'avoir une réponse du. directeur de cette ville. Fou m’a envoyé une lettre de U,, Un agent me disait avoir reçu une lettre adressée à C.., et être agent du concert de cette ville, où il me proposait des engagements* Or, j’avais accepté celui de la Rotonde t à U..

Je m’y suis présentée la veille de mes débuts, et le directeur, M, D... ne m’a pas acceptée, disant qu’il n’àvait pas chargé l’agent en question d’engager des artistes pour sa troupe* J’ai donc fait le voyage de S&int-M.** à L..., après avoir dépensé une somme de 100 frimes ; et je ne peux poursuivre cet agent lyrique qui n’est pas solvable, et qui me réclamait 0 fr* 50 par jour.

Signé : Jane d'O.

(L’engagement était joint à la lettre.)

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Voici d'autres lettres cernent Du Mec.

suggestives dont plusieurs con-

rx

Monsieur,

. le 24 avril 1906.

Je ne puis vous dire toute ma joie depuis Je jour ou j ai vu que la presse daignait enfin s'occuper un peu de nous» *

Oïl ! certes, monsieur, vous êtes au-dessous do la vérité. On ne vous a pas encore tout dit. Il est des choses qu'on se refuse à croire, en plein xx* siècle. Je suis artiste denuis 1879. cela fait donc vingt-six ans que je. chante ; j’ai ou mon heure de célébrité à Paris, mais ma santé m'ayant forcé de m’en aller aux colonies, je suis restée neuf ans hors de France. J’y suis revenue de l’étranger en 1896 ; que "de changements et que d’horreurs j’ai vu depuis. Grâce mis Du lf., notre métier est envahi par un. vol de grues qui soni sur le» planches pour trouver le Michel, et à nous, les véritables artistes, les tenancier 3 de ces maisons ouvertes nous répondent : « Vous me demandez le prix de deux petites femmes, tou» ne faites pas la noce, tandis qu’elles me rapportent. » '\ oila où nous en sommes, monsieur. Tenez dernièrement, jetais à A,.. Là,.les concerts ont des loges avec petits rideaux. Un soir, en plein concert, j’ai vu une temme sur les genoux d’un monsieur ; la femme avait déjà perdu la tête ; heureusement que l’individu ai ou la présence d esprit, voyant qu’on le regardait, do baisser le rideau. Outrée moi et d’autres camarades; vraies artistes fourvoyées là-dedans, nous sommes allés nous plaindre, bayez-vous la réponse du commissaire de police? : « Il a etc pris un arrêté par le maire, mais j’ai ordre de no pas le mettre en vigueur, car les conseillers municipaux sent tous jeunes et préfèrent les artistes aux femmes do „ ™ IFO r n » Que faire, monsieur, nous sommes

parties la tote basse, le cœur bien gros; voilà à quoi nous sommes assimilées. Et à S... Oh ; [à fuites une

LA TRAITE LES CHANTEUSES

enquête sur le tioneert C... J'y ai vu des choses impossibles à confier au papier. Et îeï où nous sommes* Tenant du casino de Limoges (1), qui est une maison de premier ordre, nous tombons dans une boîte infâme ; il faut bien faire les grands et les petits, quand il faut gagner sa vie. Làj c'est la traite des blanches en plein. D'après la rumeur publique, la patronne serait une ancienne sous-maîtresse de la maison de Saint-M*V. ; on est nourri dans la maison à 3 francs par jour, la nourriture n'est pas mangeable et c'est d’une saleté repoussante. Quand une femme demande la permission de ne pus chanter, il faut quelle paie lé champagne ou donne une somme de... Là encore, il y a un arrêté du maire défendant les quêtes et la nourritures Pourquoi n'est-il pas en vigueur? J'ai écrit hier au maire et je 3e prie de faire fermer cette maison ouverte où F on va jusqu’à l’entôlage. Qui nous débarrassera de tous ces tenanciers de maisons ouvertes?

Moi, je me suis adressée directement aux préfets des départements ; quelques-uns m'ont donné gain de cause; j’ai même écrit à M, Bérenger, le sénateur, qui a bien voulu me répondre qu'il s'intéressait à notre sort. Aideznous, monsieur, vous trouverez aussi parmi nous les vraies artistes qui aiment leur métier et qui sont outrées et désolées de le voir tomber si bas. Qu'on interdise les quêtes, cette mendicité qui nous déshonore et force la femme à se laisser insulter ; le jour où il n'y aura phis ce contact immédiat avec "un publie plus ou moins grossier, ce sera déjà un pas de fait. Et surtout cette nourriture obligatoire dans la maison, où on vous laisse mourir de faim afin que la femme se fasse payer à souper par le Michet ; ensuite, après le déjeuner, le café est obligatoire, et la partie (la manille) commence avec le patron ou la patronne jusqu’à F heure du dîner. J’ai vu des artistes perdre dans leur après-midi 30 à 40 francs. Pour les payer, les malheureuses devaient se prostituer. À B...,

(1) Ce concert est dirigé par un excellent directeur, M* Cazautets, dont nous publierons plus loin des lettres.

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quand une artiste a quelques sous à toucher à la caisse, on trouve bien un prétexte pour la mettre a l'amende (inattention, retard, etc*, etc*)*

Enfin, monsieur, si vous avez besoin de renseignements, je vous ferai un dossier et je vous assure que celui-là sera vrai et instructif.

Encore une fois merci à vous qui avez pitié de nous* Recevez, monsieur, la reconnaissance des vraies artistes.

Paris, le 9 avril 1906.

Monsieur,

Je viens par îa présente vous remercier de tout mon eceur de la patienefei que vous avez pour vous occuper de la campagne que vous menez en ce moment contre cette bande de vautours qui sont les agents lyriques autrement dit marchands de viande humaine , je souhaite de tout mon cœur que notre illustre ministre, M. Clemenceau* ne se fasse pas tirer 1 oreille { sic) pour abolir cette bande de fripouilles et que Ton puisse travailler proprement sans être exploité par oes êtres ignobles. Agrées, cher monsieur, tous mes remerciements anticipés, et je souhaite le plus vite possible pour nous tous d'être débarrassé à jamais de ces gâchemétier et vauriens qui se nomment, les agences lyriques interlopes ; vous avez cité dans un de voe articles l’agence Du Mec, c’est celui-là, en particulier, qui est notre fléau et notre malheur à tous, avec lui il faut mettre l’ami D...s qui vous envoie faire des cachets ou quêtes, et à qui il faut payer 10 0/0 d’honoraires et bien d T autres qui feraient mieux au marché aux bestiaux.

Je termine en vous remerciant de tout cœur pour notre bien personnel et pour le mal que vous vous donnez à mener cette campagne*

délégué du Syndicat des Artistes lyriques.

Paris, 14 avril 19*06.

Cher monsieurj

Merci beaucoup, beaucoup, pour l'infatigable campagne que vous menez contre les agences interlopes de bureaux de placement pour artistes.

Ce M. 1).,., dont parlent vos articles, n’est malheureusement pas le seul à exploiter les artistes et presque tous sont de véritables maisons de rendez-vous, ou, le matin de 10 heures à midi et le soir apres 5 heures, ou y rencontre de vieux Céladons qui viennent passer un moment en joyeuse compagnie ; comment ces agences qui, pour la plupart, ont un fort loyer arrivent-elles à le payer et à bien vivre, tout simplement en usant de tous les moyens plus ou moins malpropres appropriés à leur commerce.

Savez-vous comment 1 J agence D... appelle la petite maison. de campagne qu’il possède à À,,.. (la villa de 1 oi¬

gnon), ce monsieur doit avoir pour ce genre de sport des goûts spéciaux*

Une autre agence M*., existe rue E... Ce monsieur est directeur du casino d A..., il retient 10 0/0 comme honorai res, et pour être engagé il faut encore lui accorder certaines faveurs, ainsi qu’à son associé, un ancien comique du nom de M... Si on recherchait les antécédents de la plupart des agents lyriques, on serait édifié de leur passé*

En province, Bordeaux, Lyon, Marseille, Avignon, il existé des agents lyriques qui vont de ville en ville et échange des artistes de concerts en concerts. Ces messieurs pour s'éviter des frais d’iiôtel n ont rien trouvé de mieux en promettant à l’artiste de l’engager de lui proposer de passer la nuit avec elle, et il s f en trouve malheureusement qui acceptent pour ne pas perdre un engagement, et qui payent encore, apres avoir accordé leurs faveurs, 10 0/0 d’honoraires* Je vous assure, monsieur, que je n’invente rien*

Le jour où Pon supprimera toutes ces agences louches, on aura trouvé la solution de faire du concert, propre et

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rendu un grand service aux artistes honnêtes qui no demandent qu’à vivre d© leur travail. On aura supprimé la promiscuité des filles publiques qui cherchent à se dérober aux yeux de dame police on s'exhibant sur une scène pour livrer leurs faveurs au plus enchérissant. Toutes les villes de garnison ne possèdent malheureusement que des concerts de ce genre, et ce sont les agences D- et consorts qui envoient ces malheureuses pour des prix modiques où, ignorantes de la vie et sans ressources, elles arrivent à servir de txisse-temps à la clientèle d'habitués de ces maisons dénommées concerts où j’ai rencontré plus d’orgies que dans certaines maisons publiques de la ville. Encore une fois, cher monsieur, merci, merci de grand cœur pour votre louable campagne, ne vous arrêtes pas à ce que pourront vous écrire les agents lyriques ou certaines artistes qui vivent de eès agences , et dont le talent consiste à celle qui soupera le plus pour être bien vu dit maître ou de la maîtresse de céans , continuez au nom, j’en suis certain, de la grande majorité des vrais artistes, et en attendant, il faut l'espérer, le jour prochain où nous pourrons grâce à vous ne plus être exploité par tous ces. marchands de chair humaine, qu’il me soit permis, cher monsieur, de pouvoir vous offrir mes sincères remerciements du plus profond du cœur pour votre loua blé campagne»

Un artiste 11..,

Parts, le 14 avril IMG*

Cher monsieur,

A l'instant, deux artistes M mea M.„ et I).„ viennent au syndicat et nous signalent les agissements de Du Mec dans une affaire d’engagement pour la Russie, tournée dirigé© par un© nommé© R.,, P + »,

LA TRAITE I>E$ CHANTEUSES

Ledit Du Mec avait recruté une jeune fille de 18 ans pour lui faire contracter un engagement dans cette tournée. Il y avait huit à quinze jours que cette jeune füîe chantait ! !

Sans l’intervention des deux camarades M„, et D.** qui ont averti la mère de la jeune hile présente chez Du Mec, et lui ont remis vos articles, cette jeune fille était engagée dans cette tournée qui, sûrement, est une affaire de nooe et de soupers, et ne prend le chant que comme couverture. Je vais faire mon possible pour avoir Fadresse de cette jeune fille et vous la communiquerai, il serait curieux de savoir ce que Du Mec lui a dit en particulier, car la pauvrette voulait partir à toute force*

ItlIEYAL,

Paris, le 25 avril I9QG.

Heçu vos deux lettres* J’ai tout fait pour avoir Fadresse de la jeune fille en question, il n’y a pas eu moyen. J’ai encore demandé à plusieurs artistes d’aller chez O..,, on me promet toujours et rien, si vous pouvez venir vendredi* fai tes-le-moi savoir le matin s* v. p*, car je convoquerai spécialement le comité*

A vous bien cordialement*

1ÎTIEYÀL.

Monsieur,

Paris, 13 avril 1906,

A l’appui de votre article do ee jour « De For, de la boue et du„* chaut », voici la réponse textuelle qui a été faite, il y a quelques jours, dans une agence lyrique à une chanteuse qui soumettait son ré per toi re pour un engagement*

u Hé! je me fous pas mal de vos chansons, c'est votre répertoire de pantalons qu’il me faut* »

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Quant au joli mot de Marie Colombier, si, dans sa jeunesse, elle avait fait partie de la troupe de théâtre des Célestins de Lyon, elle eût été quelque peu surprise de se voir assimilée aux prostituées, car tous les mois les artistes femmes, comme étrangères à la ville, sont tenues de se présenter an bureau de police, section des mœurs, et d’attendre leur tour eu compagnie des filles soumises qui viennent faire viser leur carte.

La mère de M Ue Montbazon, la créatrice de « La Mascotte a, peut vous certifier la chose*

Si les autorités no prêtaient pas la main à ce que vous dénoncez, et qui existe depuis si longtemps, le beuglant n'aurait pas tué le théâtre en province, et même à Paris* Excusez ma communication et agréez salutations.

Ad* Le Pàilleue*

Paris, 2 mai 1906.

Dans la campagne que vous entreprenez si généreusement, en dévoilant au public F infâme trafic des tenanciers des cafés-concerts de province et l’existence misérable dos malheureuses enrôlées dans leurs maisons, vous faites grand acte de justice. Mais ce ne sont pas seulement les agents qu’il faudrait poursuivre et désigner, mais surtout les maisons qui se pourvoient dans ces agences tant à Paris qu’en province*

Car à Paris même — nombre d’établissements et musichalls importants — recrutent également des femmes auxquelles on offre des appointements de 40 et AO francs par mois, ex : les Folies-Bergères du H,,, et à H..,, etc*, qui se fournissent chez le D... en question et font des engagements dans des conditions tellement ridicule® qu’il faut quo les malheureuse® qui les signent fassent wi autre métier à côté pour arriver à pouvoir manger.

Valérie.

C*-F. le avril 1906,

Monsieur,

Nous, soussignés, artistes lyriques faisant actuellement partie des différents concerts de C.-F...,

Nous venons par la présente vous remercier de la campagne entreprise sous le titre « La traite des chanteuses n. Nous nous associons de tout cœur à vous pour mettre fin à une situation des plus déplorables qui est fait sous F appas du gain à un tas de malheureuses t rouvées sur le pavé de Paris par des exploiteurs de chair humaine qui les envoient en province, prenant le lieu et place de celles du métier, et qui n'avant aucun talent que celui d’être femme et de se prostituer pour subvenir à leurs existonces, sèment sur leur passage des maladies contagieuses, pourrissent les garnisons militaires ainsi que la jeunesse confiante, et cela sous les yeux de la police qui se trouve impuissante attendu qu’elles exercent soi-disant un métier. Elles finissent à la Salpêtrière, mais enrichissent des placeurs lyriques et des marchands d’eau chaude (1) à qui il ne manque qu’un© lanterne rouge à la devanture, sans parler des ententes faites par les directeurs avec les propriétaires pour les faire payer plus cher, et y prendre des honoraires ajoutés avec ceux des agents lyriques, frais do loyer, bibliothèque, etc,*» -Te m’arrête là, car d’après vos articles vous êtes très bien renseigné* Nous espérons que vous ferez bon accueil à la présente, et vous remercions encore du service que vous nous rendez en divulguant nos misères et en dévoilant les ignominies dont nous sommes les victimes*

Ci-dessous la signature des artistes, vos lecteurs assidus.

Léa Lerville, Maurice Aliot, Colmar, André Rafan a The Ostocloc, Dianette, Andrée d J A lterne, Jeanne d’OaNAL, E, Castel, R. Savoye, G tri ne al’ s, Dehiq, J u vénal, Georgette Pinson, Fernande G art.

(1) C'est sous ce sobriquet que les artistes désignent les tenanciers ou*,, directeurs de beuglants.

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