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En 1818, un chirurgien anglais, Blundell, à propos d’une hémorragie utérine, songea à la transfusion avec l’aide d’une seringue; Oré pratiqua ensuite de nombreuses transfusions avec succès. On trouve, de 1825 à 1868, 368 cas de transfusion. On utilisait le sang total; certains employaient, à la suite de Bischoff (1835), le sang défébriné pour éviter les embolies.
Mais on continuait à constater de graves accidents : de la dyspnée, du collapsus, de l’hémoglobinurie, dus à l’hémolyse. De plus, la coagulation rapide du sang à transfuser rendait la technique difficile. La transfusion fut à nouveau discréditée. Cependant, Hayem, en 1882, en fit l'étude d’une façon vraiment scientifique; mais il ne fit personnellement qu'un petit nombre de transfusions et l’apparition du sérum artificiel porta lé dernier coup à la transfusion.
Ce sont les Américains, et particulièrement Crile, qui, en 1907, rénovèrent la transfusion directe à l’aide d’une canule intermédiaire.
Cette méthode fut introduite en France par Carrel- Tuffier et Guillot-Dehelly (1912-1913), qui se servirent d’une canule de verre paraffinée.
À la même époque, la cause des accidents dramatiques de la transfusion était découverte grâce à la connaissance des phénomènes de l’agglutination, de l’hémolyse et à la notion des groupes sanguins (Shattock, 1889; Landsteiner, 1900-1905; Decastello et Sturli, 1902; Jansky, 1907; Moss, 1910). On pouvait, dès lors, écarter les accidents dus à l’incompatibilité intersanguine. Îl restait à retarder ou à empêcher la coagulation pour rendre la transfusion vraiment prati-
que et sans danger. Von Ziemssen, Curtiss et David, en 1911, essayèrent les seringues paraffinées.
En 1915, on vit apparaître l’ampoule paraffinée de Kimpton. La technique demeurait cependant délicate. En 1914, Hustin (de Bruxelles) rend le sang incoagulable par une dilution dans du sérum glucosé-citraté. Cette méthode est reprise aujourd’hui par Dupuy de Frenelle.
Lewisohn, Weill, Rueck arrivèrent, au début de 1915, à pratiquer, en Amérique, des transfusions de sang rendu incoagulable par l'addition d’une solution citratée; ies Allemands utilisèrent cette méthode dès 1916. En France, elle restait ignorée. Ce n’est qu’en 1917 qu’on put pratiquer, grâce aux professeurs Jeanbrau et Hédon, des transfusions de sang citraté.
D'abord employée presque exclusivement dans les hémorragies chirurgicales et obstétricales et contre le shok, la transfusion voit ses indications s’étendre, grâce aux travaux de P.-Æ. Weill, à des affections médicales (insuffisance hépatique, hémophilie, hémogénie, purpura, anémie, intoxications, infections). Les hémorragies du nouveau-né parurent devoir être aussi justiciables de cette méthode. À la suite de la première observation de Brewer et Carrel (septembre 1907), la méthode fut vulgarisée en Amérique où elle est employée couramment. La statistique de Kerr . Cross, dont l’expérience porte sur 394 cas, en est un exemple suffisant.
En France, Vignes a été le premier à la préconiser en 1922. Il a rapporté 10 cas de transfusion par la voie du sinus longitudinal supérieur. On trouve en-
EG, pus
suite le travail de R. Labbé et $S. Aizière (1923) sur les anémies du premier âge justiciables de la transfusion sanguine. |
Ombredanne publie, le 7 novembre 1923, à la Société de Chirurgie, un cas de transfusion du sang chez un enfant de 5 jours.
Ont été également publiés :
Un cas de Vermelin et Michon en 1924, deux cas de MM. Commandeur et Eparvier en 1924, quatorze cas de Guéniot et Seguy (février 1925), un cas de Favreau et Lapervenche (février 1925), cinq cas que nous avons présentés en décembre 1925 à la Société des Sciences Médicales de Tunis en collaboration avec le docteur Salavert. Deux de ces observations avaient été déjà publiées en février 1925 dans la thèse de ce dernier. Enfin, un cas de MM. Voron, Rhenter et Banssillon (mars 1926).
Les résultats très encourageants que nous avons obtenus personnellement nous font un devoir de rapporter ici nos observations et d'étudier cette nouvelle arme thérapeutique avec un soin tout particulier.
Technique de lä transfusion du sang chez le nouveau-né
On peut transfuser soit du sang pur, soit du sang rendu incoagulable.
La technique est bien différente selon le cas.
Méthodes de transfusion de sang pur
La transfusion de sang pur a été bien étudiée et mise au point en Amérique, particulièrement par Crile, Kimpton et Brown et Beth-Vincent avant que les propriétés du citrate de soude fussent connues.
En France, l’étude en a été faite par Guillot, Dehelly, et dernièrement par Bécart et Pauchet (1923).
Nous n’avons pas l’intention de décrire ici toutes ces méthodes qui, à notre avis, n’ont surtout qu’un intérêt documentaire. Nous ne ferons que signaler celles qui ont été employées pour la transfusion du sang chez le nouveau-né.
a) La transfusion artério-veineuse
Elle peut être directe, c’est-à-dire que les vaisseaux sont anastomosés de facon que leur endothélium soit
(EN ne
en contact et que le sang ne subisse ainsi aucun contact étranger. La coagulation est ainsi évitée.
Cette anastomose se fait à l’aide de sutures (Crile) ou de canules spéciales telles que la canule d’Elsberg.
Elle peut être indirecte lorsqu'on relie l’artère du donneur à la veine du récepteur par l'intermédiaire d’un tube de verre, paraffiné de préférence. On peut employer la canule de Bernheim ou les tubes en argent doré de Tuffier-Carrel et de Morel.
Chez le nouveau-né on peut relier la radiale du donneur à la jugulaire externe par l'intermédiaire d’un tube de verre. L'observation IX rapporte un cas de transfusion exécutée en 1912 par Beth-Vincent à l’aide de ce procédé. Il faisait couler le sang pendant trois minutes.
Il est à peine utile de signaler les grands inconvéninents de cette méthode :
Elle ne peut être pratiquée que par un chirurgien habile, elle ne permet pas d'évaluer la quantité de sang transfusé, la radiale du donneur est sacrifiée.
Cette technique fut bientôt remplacée par une technique plus simple.
b) La transfusion veino-veineuse
Directe, elle donne de mauvais résultats.
Indirecte, elle est réalisée par l'intermédiaire de récipients paraffinés.
Le paraffinage est absolument nécessaire car il empêche la formation rapide du caillot,
I doit être soigné, car si on porte au contact du sang une paroi qui se mouille, même en un point, la
coagulation se produit. De plus, ainsi que l’a montré W.-0. Fenn, les globules rouges s’hémolysent.
La première ampoule fut construite en 1913 par David et Curtiss; puis Kimpton et Brown créèrent leur ampoule et leur technique.
Elle fut améliorée par Beth-Vincent en 1916. C’est celle-ci que nous décrirons rapidement.
L'ampoule de Kimpton-Vincent est un cylindre de verre de 150 à 250 centimètres cubes de capacité, fermé à son extrémité supérieure par un bouchon de caoutchouc ou de liège paraffiné.
Un peu au-dessous de l’extrémité supérieure et latéralement se trouve un ajutage auquel on peut adapter la soufflerie d’un thermocautère; l’extrémité inférieure est effilée et peut s'adapter à une aiguille spéciale.
La technique est la suivante :
Après stérilisation à la chaleur sèche du tube, on procède à un paraffinage soigné de lintérieur. On peut employer le mélange suivant indiqué par Pauchet et Bécart :
Paraffine à 55°, 2 parties.
Stéarine, 2 — Vaseline, 1 —
La couche de mélange doit être appliquée d’une façon suffisamment épaisse et régulière; il faut veiller, cependant, à .ne pas obturer le bec inférieur.
On ponctionne alors la veine du donneur avec Paiguille, on adapte le tube. La montée du sang dans l’ampoule peut être facilitée par aspiration au moyen de la soufflerie.
Après avoir recueilli la quantité de sang voulue, l'opérateur ponctionne avec une nouvelle aiguille la veine du récepteur et adapte le tube. Il peut refouler le sang avec la soufflerie si l'écoulement est trop lent.
Dès 1916, Vincent a pratiqué chez le nouveau-né, par ce procédé, des transfusions en injectant dans le sinus longitudinal supérieur. (Voir la figure.)
On peut encore employer, chez le nouveau-né, le procédé à la seringue, en s’inspirant des techniques de Govaerts (1914), de Rosenthal (juillet 1917) et de Lindemann (1919), qui ont réalisé chez l’adulte des transfusions de sang pur à l’aide de seringues non paraffinées. Mais il est préférable de se servir de seringues de 20 centimètres cubes à embouts excentrés dont le corps et le piston seraient bien lubréfiés. C'est ainsi que procèdent Bruce Robertson, Alan Brown et Roy Simpson (1921).
Dans tous les cas, les aiguilles doivent être conservées dans le mélange suivant :
Paraffine à 55°, 1 partie.
Ether, 80 parties.
Collophane, traces.
Les aiguilles possèdent ainsi à leur intérieur une fine pellicule de paraffine.
Si cette méthode a pu donner, entre certaines mains, de bons résultats, il ne faut pas cependant oublier qu’elle est pleine d’aléas.
Il est, en effet, difficile de réaliser un paraffinage efficace et de ménager le calibre soit du bec de l’ampoule, soit de l’embout de la seringue. Il faut opérer
Technique de Vincent pour la transfusion avee son
ampoule dans le sinus longitudinal supérieur
(Vincent, 1916)
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