‹ La Trappe: congrégation de moines de l'ordre Bénédictino-CistercienChapitre 2 sur 7 · A SON EMINENCE LE CARDINAL ANTONELU · texte numérisé non relu

A SON EMINENCE LE CARDINAL ANTONELU

MINisTRE-SSCRÉTAIRE d'ÉTAT DE SA SAINTETÉ ETC. ETC. ETC.

Eminence

La Trappe, dans le principe, n'ëtait pas autre chose que ce nom de la Trappe^ donné à un Vallon solitaire, entouré de bois et traversé par plusieurs ruisseaux qui forment, en se réunissant, la rivière de L'Yton, sur la limite du Perche et de la Normandie, au Diocèse de Séez, en France.

Ce vallon appartenait aux Comtes de Rotrou Seigneurs du Perche. Le Comte de Rotrou IL qui s'était fait un nom illustre en combattant les Infidèles de Pa* lestine, à côté de Godefroy de Bouillon, essuya, dans les eaux de la Manche, une tempête épouvantable qui faillit l'engloutir; au milieu du danger, il fit vœu, s'il avait la vie sauve, de bâtir une Eglise à l'honneur de la Vierge; ayant heureusement échappé au naufrage, il tint parole et il choisit, dans ses domaines, le vallon dont nous venons de parler, pour y accomplir son vœu; il commença par l'Eglise, puis, il ajouta le monastère qui reçut et conserva le nom de Notre Dame de la Trappe. Une colonie dé Religieux de la Congrégation de Savigny

y fût appelée et en prit possession. Gela se passait en 1140, sous le Pontificat d'Innocent II.

En 1148 le Pape Eugène III. présidait, à Gîteaux, le Gkapitre Général de l'Ordre dont il était Profés; Serlon, IV® Abbé de la Trappe, ami de S^ Bernard, vint solliciter et obtint, pour lui et pour sa Gommunauté, la faveur d'être admis dans la famille Gistercienne; depuis, et jusqu'à ce jour, la Trappe n'a pas cessé d'appartenir à l'Ordre de Gîteaux. Elle a marché, traversant les âges, avec ses phases de ferveur et de relâchement, fournissant quelquefois de belles pages à l'histoire des Moines de notre pays. L'époque où elle se montra avec le plus d'éclat, fut sans contredit, celle où se fit la Réforme si remarquable de l'illustre Abbé de Rancé qui lutta avec tant de courage et un véritable succès, contre le relâchement qui menaçait alors l'Ordre; de Gîteaux, et peutêtre tout l'Ordre monastique.

Nous serions coupables de ne pas relever ici une erreur, trop facilement acceptée et répandue, sans doute de bonne foi, sur la Trappe et sur son Réformateur.

La Trappe serait un institut nouveau, dont l'Abbé de Rancé aurait été l'inventeur, et dans lequel il aurait introduit des austérités exagérées que le Saint Siège n'a jamajs approuvées et qu'il tolère tout juste.

L'Abbé de Rapcé n'a rien inventé. En faisant la Réforme de la Trappe, il n'a fait que se réformer lui-même, en réformant ses mœurs et les mœurs de ses Religieux dont il était le Supérieur légitime. Homme d'esprit et de talent, il fût l'émule de Bossuet. Pourvu de revenus considérables, il vivait dans les délices d'une vie peu se-

rieuse; quand Fesprit de Dieu le toucha, il se dëpouilla de ses bénéfices, ne conservant que la Trappe dont il était Abbé Gommendataire, il s'éloigna de la Cour, il quitta Paris, et il alla dans la retraite de son Couvent, pour s'y faire saint et y sanctifier les autres.

Ses Religieux touchés, à leur tour, de la grâce, ne résistèrent ni à ses exhortations ni à ses exemples ; ils reprirent leur Régie, ils l'observèrent de leur mieux, et ils furent bénis de Dieu et des hommes.

Leur exemple fit sensation; d'autres Monastères , également relâchés, imitèrent la Trappe et se réfor^ mèrent comme elle; de là vint et la célébrité de la Trappe, et lé nom de Trappistes, donné à tous les Religieux qui s'inspiraient, dans l'observation de leur Régie, delà ferveur dont cette Abbaye offrait le modèle.

Donc la Trappe n'est pas un institut nouveau dont l'Abbé de Rancé a été l'inventeur, mais bien une Congrégation Religieuse qui se présente sous la glorieuse protection de trois grands noms: de Benoit auteur de sa Régie, de Bernard son fondateur et du fameux Abbé de Rancé son réformateur. La Trappe est l'Ordre de Cîteaux, les Trappistes sont de vrais Cisterciens.

D'où il suit, qu'il n'a pas pu être question d'approu-* ver la Trappe; quand cette Abbaye fîit aggrégée à l'Ordre de Cîteaux, sous Eugène III. on l'y admit, en lui donnant part, à toutes ses approbations et à tous $es privilèges.

Quant aux austérités que l'on croit exagérées, et que l'on dit nouvellement introduites, il n'y eut rien de nouveau, que le renouvellement des cœurs, et la Régie

observée là où elle ne s'obsenrait pas. L'Abbé de Rancé n'exagëra rien^ il n'inventa pasdesaustërités nouTeUes^ mai» il s'appliqua à ramener le règne de la Régie de S^ Benoit , cette Régie modèle, dictée par FEsprit de Dieu, dont les Saint^ ont loué la sagesse et la discrétion. Régie approuvée par plusieurs Souverains Pontifes.

. Donc, dire que la Trappe est seulement tolérée, c'est une assertion purement gratuite, une accusation fausse, qui dénoterait de la mauvaise foi, si elle ne trouvait une sorte d'excuse dans l'ignorance; nous le répétons, la Trappe, c'est Gîteaux ramené à sa première ferveur, et Cîteaux a eu mille approbations.

Peut-être, veut-on parler de quelques articles de détail adoptés pour l'exécution plus facile et plus sùie de la Régie elle-même, ce qu'on a appelé depuis les Règlements ou les Constitutions de l'Abbé de Rancé; à ceux qui en seraient inquiets, nous pouvons donner la consolation d'apprendre que ces Règlements eux mêmes ont reçu des approbations formelles; Innocent XL les approuva le premier, du vivant de TAbbé de Rancé, en Mai 1678.

Depuis, le 3 Octobre 1834, dans le Décret d'organisation de la Congrégation de$ Mainêê Cisterciem de N. D. d$ la Trempe en France, Grégoire XVL ordonna que toute la Congrégation observerait la Régie de S^ Renoit et les Constitutions de l'Abbé de Rancé, Jola Cangregatio Rsgulam Sancti Benedicti et Constitutianes Àbbatii de Rancé eervabit

Enfin, Sa Sainteté Pie IX, glorieusement régnant, dans un Décret du 25 Février 1847, fait l'éloge de lean

Armand le Bouthillier de Rancé qui releva k discipline monastique, la fit fleurir, comme à Glairvaux aux beaux jours de S^ Bernard, et consolida, par de sages Constitutions, sa Réforme louée par le Saint Siège. Reforma-* tianem q%uim Àposioliea Sedes laude dignam deelaraverai.... cancinnavit.

Quelquefois oh entend dire: La Règle de S^ Benoît n'est pas pour notre temps, elle n'est plus praticable. Ceux qui le disent, ne le savent pas , ils n*ont jamais essayé de la mettre en pratique. Nous les invitons à aller visiter nos maisons de la Trappe; ils verront de leurs yeux. Tout le monde n'est sans doute pas obligé d'y vivre, mais qu'on veuille bien laisser à ceux qui s'y résignent, toute tranquillité et toute liberté pour le faire. Les temps deviennent toujours plus mauvais; Tamour du luxe, du confortable et de la sensualité, prennent des proportions effrayantes. L'Eglise, toujours pleine de charité, se voit obligée d'adoucir sans cesse , ce que l'on trouve de trop rigoureux dans sa discipline; il semble, que les vrais amis de Dieu pourraient au moins, tenir compte de leur bon vouloir, à ceux qui se dévouent pour garder les anciennes traditions d'abstinence et de jeûne, qui tendent à disparaitre; cette tolérance ne compromettrait personne.

Les penseurs sérieux déplorent cette maladie de notre époque, qui fait que l'on déserte la vie paisible des champs, où les mœurs se conservent plus pures, pour affluer dans les grands centres, où relativement, se rencontrent de plus grands sujets de dissipation. Nos Colonies , constamment établies hors des villes et com-

posées cTéléments pas toujours très-serviles, sont peut-être une heureuse protestation contre ces tendances. Aux beaux jours de Rome, Quinctius Gincinnatus quittait la charrue, pour aller se mettre à la tête de l'armée, et^ en descendant du Gapitole, où il venait de recevoir les honneurs du triomphe, il allait reprendre ses travaux. Dans les temps de sa décadence, Rome reléguait le travail aux mains des esclaves.

La solitude fleurira comme le lis, avait dit Isaïe; la réforme de l'Abbé de Rancé avait donné un nouvel accomplissement à ces paroles du Prophète. Une vraie transformation s'était faite dans des lieux depuis longtemps désolés, elle survécut à son auteur, et alla se consolidant toujours. Les disciples de Rancé conservèrent, avec une inviolable persévérance, le dépôt que le Réformateur leur avait transmis, jusqu'à la révolution Française; l'Abbé de Rancé avait prédit à Louis XIV. ce fléau de Dieu; quand il apparut, la Trappe lutta^ avec quelque semblant d'avantage contre le torrent, elle fut enfin entrainée; cependant, mieux partagée que d'autres instituts qui succombèrent, la Trappe dut à un homme clairvoyant et énergique , d' être arrachée à temps à rhydre qui l'eut infailliblement dévorée, et elle trouva son salut sur la terre étrangère.

A la restauration, l'Eglise se sentit délivrée, la Trappe sortit des catacombes, les Religieux épars se rallièrent, comme on voit après la tempête, les débris d'une grande flotte se rassembler de tous les points de Tabîme, autour du pavillon de Tamiral.

Deux fois cet Ordre célèbre de Gîteaux, avait failli

périr anéanti pour jamais; une première fois, par un relâchement lamentable ; une seconde fois^ par une dispersion presque aussi lamentable; deux fois, il a été comme miraculeusement sauvé et avec les vertus de son origine; deux hommes ont suffi à cette œuvre divine: TAbbé de Rancé, en régénérant la Trappe; Dom Augustin de Lestrange, en sauvant la Trappe régénérée; le premier, par sa réforme, avait acquis à ses moines le privilège de survivre seuls à la ruine commune; le second, en les tenant en réserve, hors de leur patrie, en soutenant leur ardeur et exerçant leurs forces par d'audacieux essais d'un bout du monde à Pautre, les avait gardés à l'Eglise pour reconstituer l'Ordre Monastique, et relever leur propre institut dans le lieu même qui avait été leur berceau.

A peine rentrés, ces pauvres exilés s'empressèrent de regagner leurs solitudes; ils les trouvèrent pillées, saccagées, vendues; ils rachetèrent ce qu'ils purent, ils s'y installèrent comme ils purent, suffisamment, pour en prendre possession. Leurs eiforts furent bénis; la justice de Dieu parut calmée, tant de ruines se relevaient peu à peu. Mais ce n'étaient là que des maisons isolées, aucun lien commun ne les reliait; ce lien, la révolution l'avait brisé. L'antique Abbaye de Gîteaux avait été encore moins épargnée que les autres monastères; Gîteaux, chef de l'Ordre, n'existait plus! A Rome, on ne laissa pas, sans un chef, les Gisterciens qui existaient. Le Souverain Pontife nomma un Président général, ce fîit l'Abbé de S^ Bernard de Rome.

En France, quand on voulut se reconstituer, on

comprit la nécessité de recourir à Rome, pour savoir \h vcrfonté souveraine du Chef de TEglise; les Abbés que Ton députa pour cette affaire importante, furent favorablement accueillis par Sa Sainteté Grégoire XVI. Une commission fut nommée, les Cardinaux Odescalchi et Weld en firent partie. Il en sortit un Décret qui réunit tous les Monastères des Trappistes de France, en uiie seule Congrégation, sous le nom de Congrégation des Moines Cisterciens de Notre Dame de la Trappe'^ il est du 3 Octobre 1834.

Aux termes du Décret, cette Congrégation est rattachée au Président général de TOrdré Cistercien actuellement établi à Rome; par lui sera confirmée Télection de nos Abbés.

Mais en France, un Vicaire général sera revêtu de tous les pouvoirs nécessaires pour le bon gouvernement de la Congrégation.

Ce Vicaire général, qui doit être l'Abbé de la Maison-Mère de la Trappe, sera à vie, dans son gouvernement, comme les autres Abbés le sont dans leur charge* Tous les ans, le Chapitre Général se tiendra, et les Visites régulières se feront dans tous les Monastères.

Toute la Congrégation suivra la Régie de S^ Benoit, et les Constitutions de F Abbé de Rancé.

Quelques autres dispositions règlent la Liturgie, le travail des mains, Texemption de l'Ordinaire, et quelques questions concernant nos Religieuses Trappistines. Par ce Décret, tout se régularisait; la France perdait à la venté son chef d'Ordre, le Président général résidant à Rome; mais absolument on peut dire qu'elle ne

perdait pas tout, elle gagnait, en quelque sorte, un Ordre nouveau, sorti des ruines d'un grand Ordre, la Con-grégation des Moines Cisterciens de Notre Dame de la Trappe en France.

Cette organisation ne laissa pas que de porter ses fruits: l'unité de gouvernement, comme l'accord des volontés et des intentions, donne et entretient la vie; sous la direction d'un chef unique, sous la surveillance du Chapitre Général, par les Visites régulières, par les dé^ cisions prises en commun, toutes les négligences sont réprimées, les moindres abus réformés; la Congrégation croit en vertus, le nombre des Moines augmente, le monde est édifié et Dieu béni.

Le Décret que nous venons de citer donnait à la Congrégation de la Trappe, la Régie de S^ Benoit, avec les Constitutions de l'Abbé de Rancé. Ces Constitutions de l'Abbé de Rancé étaient certainement très bonnes. Dieu avait béni leur auteur et les Religieux qui les avaient suivies, l'Eglise les avaient approuvées; mais les plus fervents trouvèrent qu'il serait plus parfait, de monter plus haut, et d'arriver jusqu'aux Constitutions primitives de Cîteaux, celles qui avaient sanctifié S^ Bernard. De là une divergence, et deux manières de voir; chacune avait ses partisants et ses défenseurs, les uns et les autres tenaient peut-être trop à leur sentiment Un jour, la bonne harmonie sembla menacée ; alors , on se compta, on se trouva assez nombreux de part et d'autre; pourquoi ne demanderait-on pas de former' deux familles? Cela concilierait tout Quoiqu'il en soit, on en appela encore une fois au tribunal du Père commun, on

revint à Rome; on eut mieux fait de ne pas se désunir, mais, pour un bien de paix, le Saint-Siège accorda ce <]ue l'on demandait.

,, Tous les Monastères de la Trappe en France, for- „ meront deux Congrégations, dont Tune s'appellera „ l'ancienne, l'autre la nouvelle réforme de Notre Da- ,, me de la Trappe; l'une et l'autre de l'Ordre de Cî- „ teaux, mais l'ancienne gardera les Règlements de „ l'Abbé de Rancé, et la nouvelle observera la Régie ,, de S^ Benoit avec les Constitutions primitives de Cî- „ teaux approuvées par l'Ëglise. ,, Monasteria Troppensium in Gallia, duos congregationes efformabunt, qtwrum una arUiquioris ReformcUionis B. Marias de Trappâ, citera vero, recentiaris Reformationis B. Mariae de Trappà appellabitur. Utraque erit Monachorum Cisterciensium Congregatio, sed antiquior Constitutiones Àbbàtis de Rancé observabitj idtera 'cerb Regulam 5** Benedicti cum primitivis Cisterciensium ConstitiUionibus à Sanctà Sede approba^is. ( Décret du 25 Février 1847. Licet Monachi.

C'est ainsi que la Trappe se trouve aujourd'hui régulièrement et officiellement constituée; un arbre qui a deux branches. L'arbre planté sur le bord des eaux, donne de la vie aux branches, qui prennent, tous les jours, un plus grand développement; chaque branche produit ses rameaux, et ces branches et ces rameaux grandissent au soleil, sans se gêner mutuellement et se chargent, sous Tœil de Dieu qui les féconde, de fleurs et de fruits.

Les Trappistes, ( il demeure bien établi que ce sont les Cisterciens de la Province de France ) ont cru bien

interpréter l'esprit de leur Législateur au Mont Gassin^ et de leurs Fondateurs à Gîteaux et à Glairvaux, en faisant chez eux et autour d'eux, tout le bien qui n'est pas inc<»npatible avec leur Régie.

Ils commencent par faire de rOfl&ce Divin, que S* Benoit appelle Opus Deij leur occupation principale, à l'exemple du prophète Roi, ils y consacrent les veilles de la nuit* média nocte surgebam ad con/Uendum tibi^ et sept fois le jour ils accourent au chœur, pour y chanter les heures: Septies in die laudem dixi tibi. Dans le chant et dans la psalmodie, ils observent les recommandations de leur Père S^ Bernard qui veut: que l'on chante d'un ton vif et animé; que tous commencent et finissent ensemble; que l'on fasse à la médiante une pause bien marquée, et qu'on n'épaigne pas la voix. Le chant solennel de leur Sodve Regina a toujours une réputation méritée.

Après l'office du chœur, leur journée se partage, entre les lectures pieuses sous les cloîtres, et diverses occupations manuelles, en sorte que leur temps, qui est une succession non interrompue, de prière, de chant, de lecture et de travail, ne cesse pas d'être, un seul instant, utilement employé.

Laissant à d'autres, qui ont cette vocation, le soin de la prédication et l'exercice du S^ Ministère, ils gagnent volontiers leur pain à la sueur de leur firont, selon cette parole du maître: ils seront véritablement moines, quand ils vivront du travail de leurs mains, suivant l'exemple des Apôtres et de nos Pères: Tune vere mwachi erunt, si labore manuumsuarum vivant y sicut Patres nostri et Apostoli. ( Régie de S^ Benoit ).

Les Bénédictins nos aines, qu'on est convenu d'appdler les Moines Noirs observent aussi Tartide de la s^ Régie: De labore quotidiano; mais ils lui donnent une interprétation plus large, peut-être plus noUe que nous; leur travail est un travail d'intelligence, ils £>nt de la science, ils composent des livres; nous, nous le prenons dans son sens le plus littéral et le plus classique, dans sa plus rude acception; par ces paroles labore manuum quotidiano^ nous entendons le travail pénible des mains, ainsi nous nous complétons.

Nos monastères ont été comparés à des ruches remplies d^essaims d'abeilles industrieuses et diligentes ; ce nom peut leur convenir : véritables exploitations agricoles, là s'exécutent, avec intelligence, tous les travaux des jardins et des champs. On n'y néglige pas les procédés de bonne culture. On y trouve, des ouvriers de tous les métiers; et tous les métiers s'y exercent. Dans les divers ateliers , on fabrique , pour s'en servir et les propager, les instruments perfectionnés, qui avancent l'ouvrage , tout en diminuant la déperdition des forces et la fatigue de la main d' œuvre.

Cette application à l'agriculture , est de tradition dans rOrdre. N'est-ce pas à nos Pères que sont dus les travaux étonnants de défrichement et de mise en état de culture dans notre vieille Europe, avec la civilisation qui est venue à la suite? Nos succès, encore récents, nous ont valu une sorte de considération, comme si l'on nous croyait de quelque utilité. A cela , peut-être devons-nous , dans des temps ou la matière c'est tout , d'être, de tous les Religieux, les plus tolérés; aussi

nous montre*t-on quelque sympathie et même de la. reconnaissance , de ce que nous n'avons pa,s reculé , quand il a fallu envoyer des colonies de dëfridieurs dans les forêts de rAmërique^ et des colonisateurs dans le Sahel de l'Afrique ; tout dernièrement encore, n'a-t^-on pas accompagné d' un sentiment d' admiration , mêlé peut-être de pitié, cette phalange de combattants, vêtus de bure qui traversait pieusement la somptueuse ville de Lyon, pour aller attaquer et réduire par l-assaînissement , les étangs fiévreux des Dombes !

Toujours, à côté de nos maisons, sont installées des Hôtelleries dans lesquelles tous les voyageurs, de quelque caste qu'ils soient, sont assurés de rencontrer une hospitalité frugale sans doute , mais généreuse , cordiale et désintéressée. C'est une halte pour le pèlerin qui se repose là des fatigues de la route ; s'il est pieux , il se rafraîchit aux sources de la vie spirituelle, et, en participant au banquet sacré , il reprend de nouvelles forces pour continuer son chemin. Là , d' infortunés combattants découvrent et font panser leurs blessures, et se préparent pour d'autres combats. Là aussi , quelques uns, après s'être fatalement mesurés avec les périls du monde , comprennent qu' il leur est plus sûr de le fuir , ils se fixent au désert , prenant ainsi pour eux la meilleure part.

On sait qu'autour de quelques unes de nos Abbayes nous avons des colonies de jeunes élèves , qui , sous les yeux et les exemples des Religieux, se forment à la vertu, et contractent l'habitude et le goût d'une vie occupée : quelquefois ce sont des asiles , où tous les désœuvrés

de la baulieue , sont assurés de trouver du travail et du pain.

Du produit de notre travail , nous trouvons le moyen de faire la part des pauvres. Tous les jours , à la porte de nos M onastëres, il se fait d'abondantes distributions.

Nous faisons en sorte de n'être étrangers à aucune bonne œuvre qui se fait autour de nous et ailleurs.

Nos versements annuels à la caisse du dénier de. S^ Pierre ont déjà produit une recette de vint-mille francs.

L'expérience autant que les saints livres nous ayant appris que l' on commet beaucoup de fautes par la langue j nous nous sommes fait du silence une loi.

Dans tous nos monastères nous avons les agréments de la vie commune ; tous ont la clôture, et elle est exactement gardée.

Tel est, en abrégé , le partage de notre temps et de notre vie retirée , la prière et l'action ; le repos de la vie contemplative, et les exercices de la vie active. Dans ce mélange et cette succession , non interrompue, d'occupations pieuses et de travaux manuels , le corps et Tame trouvent leur aliment, et le cœur peut ne pas être privé du sien. Ainsi, notre état nous semble réaliser ce qui constitue la vie parfaite ; Jésus notre Maître descendait de la montagne des Oliviers et venait au temple, dès le matin.

Quand quelqu'un vient au Monastère dans le dessein de s* y engager , la Règle ne lui en accorde pas facilement l'entrée , mais on fait ce que dit l'Apôtre : éprou-

vez les esprits, paurreeonnaitre s* ils sont de Dieu: et en cas qu' il persiste en frappant à la porte ^ on la lui ouvre enfin , et on lui donne , pour le conduire , un ancien qui soit propre à gagner les âmes à Jésus-Christ, lequel veille sur lui avec une application particulière. Trois marques l'aident à connaître s' il cherche Dieu purement : l."" s'il se porte avec ferveur à TOffice divin, 2.'' s* il obéit volontiers , S.® s' il aime les actions et les choses qui le rabaissent et qui l'humilient Si verè Deuim quœrit, si sollicitus est ad apus Dei, ad obedientiam, ad oj^obria.

Il est ensuite admis aux épreuves du Noviciat qui dure au mois un an , comme le veut le S^ Concile de Trente ; et quand il a étudié et pratiqué la Régie , si , après avoir mûrement délibéré , il promet de la garder dans toute son étendue , on lui permet de se présenter aux suflfrages des Religieux qui décident, à la majorité des voix, s'ils doivent le recevoir. S'il est reçu , on lui permet de faire sa Profession Religieuse. Alors encore , on l' interpelle en face de la Communauté : voilà, lui dit-on , la loi sous laquelle vous devez combattre , vous en connaissez les obligations, si vous en avez le courage , avancez : si le cœur vous manque , vous êtes encore libre , vous pouvez vous retirer. Eeee lex sub qua tnilitare vis , si potes observare, ingredere; si verè non potes, discede.

l^es vœux que font les Religieux de la Trappe sont les trois grands vœux que Ton fait dans les autresOrdres; ils en font un de plus qui ailleurs n' est pas formulé , au moins aussi explicitement , la Conversion des mœurs ,

promitto cùnversionem morum tnearum. C'est la promesse de se convertir tous les jours. Ces vœux sont perpétuels, approuvés par PEglise y seul le Souverain Pontife peut en délier.

Nos Abbés élus régulièrement par les Religieux Profes de leur Communauté, en scrutin secret, sont bénis solennellement d'après le cérémonial du Pontifical Romain; ils sont Prélats et perpétuels ; ils ont le privilège et Fusage des Pontificaux ; dans les cérémonies, ils portent la mitre et le bâton pastoral ; en France et dans d'autres pays , ils portent toujours la croix pectorale. InGalliispraeeipue, Cistercienses Abbaies, nunquam dimit-^ tunt pectoralem crucem. (Manuale Abbatum) .

On écrivait dernièrement dans une revue: ,, la Gloire „ des Chapitres Généraux revient à Gîteaux, c'est grâce „ à cette institution puissante , que Cîteaux renouvela ,, la face de l'état monastique. ,,

,, Malheureusement, écrivait-on aussi, le^Chapi- ,, très Généraux sont abandonnés , ils ne se tiennent „ plus. „

Si la première assertion a quelque fondement , en vérité la seconde n' en a aucun.

Les Chapitres Généraux institués et rendus obligatoires parles premières Constitutions de l'Ordre appelées Charta Charitatis , se tiennent de nos jours , aussi régulièrement qu'aux époques les plus ferventes de Citeaux. L'obligation en subsiste toujours ; elle a été d'ailleurs renouvelée par le Décret du3 Octobre 1834. Omnes Abbatel singvlis annis ad Capitulum Générale ventent. Ces Chapitres sont la réunion des Abbés , des Prieurs Titulaires

et du Procureur Général , elle se tient à la Haison-Mëre. L'ouverture en est fixée an 12 Septembre de chaque année. Ces assemblées n'ont rien de commun avec les Chapitres Généraux des autres Religieux qui se réunissent pour l'élection de leurs Supérieurs Majeurs. Nos Abbés sont élus d'une autre façon , les Constitutions y pourvoient , on vient de le voir ; et nous trouvons que ce mode en vaut bien un autre. Il est , au moins , plus conforme à ce qui se pratique dans l'Eglise, quand elle se donne un Chef, le Conclave qui Ta élu, ne se réunit pas six ans après , pour lui en substituer un autre.

Nos Chapitres Généraux sont un Corps législatif, un Conseil d'Etat, un Sénat, sorte de Cour Souveraine de Justice, devant laquelle, sont portées et jugées, en dernier ressort, toutes les grandes affaires. Là se prennent les mesures importantes, par exemple, les fondations à faire , etc.

Les Visiteurs ou Inspecteurs Généraux , rendent compte de leurs visites régulières ; les Abbés parlent de Içur administration , de leurs difficultés , quand ils en ont ; on discute les intérêts de tous , on pourvoit au bien des âmes , tout se traite en famille.

L'expérience a montré que la ferveur de l'Ordre, s'est maintenue ou a diminué , en raison du plus on du moins d'exactitude dans la tenue des Chapitres Généraux.

Voici cet arbre , tel que l'a dressé le Décret du 25 Février 1847. LicetmanachiTrappenses.,. son tronc ses branches et ses rameaux.

BIS mifBS GISTEROKNS DE NOTRE DAU DE UmPK mimSÊ DE FRANCE

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