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CHAPITRE PREMIER

À TRAVERS LE NYASSALAND

Préparatifs de départ. - Travaux et recherches néces-

saires à la préparation d’une expédition. — Langues

africaines. — Aperçu d’un matériel d'expédition. — Farine et café. — Nécessité de réduire le matériel à son minimum de poids et de volume. — Départ de Marseille. — L'Ava. — Arrivée à Zanzibar. — Transbordement. Mozambique, Quilimane et Tchinde.

Beira : son développement, son avenir. — Chemin de fer en projet. — Départ de Tchinde. — Dans le Chiré, — Mes compagnons.— Tchiromo. La colonie du Nyassaland : son administration, son budget, sa salubrité, son avenir. — Campement à Tchiromo. — Un incendie. — L'inondation de Tchiromo : l'expédition en danger. Les sauterelles. — La première bicyclette introduite dans l'Afrique centrale. Expériences de bicyclette avec « pelles ». — Le cheval ne réussit pas davantage. — Supériorité des voyages à pied. — Dé:

part de Tchiromo,

Les premiers mois de l’année 1804 se passèrent en préparatifs de toutes sortes. On se rend diffi-

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cilement compte, quand on n’est pas du métier, de ce qu'il faut de lettres, de démarches, d'intermédiaires, de recherches, de courses à pied, en omnibus ou en fiacre, d’entregent et surtout dar:

gent, pour pr éparer une grande expédition, c'est-adire un voyage de longue haleine pendant lequel on doit renoncer à se procurer quoi que ce soit en route, de sorte qu'il faut prévoir et emporter avec soi tout ce qui sera nécessaire pour les besoins de plusieurs Européens, pour le pAIenens des indigènes pendant des années, les cadeaux à faire, etc, sans compter l'imprévu, a occupe dans ces ne d'entreprises une place consi idérable, et auquel 1l faut être en état de parer.

Me proposant de visiter des régions très diverses, où les indigènes avaient des goûts différents JE Javais besoin de connaître le genre de te di dises qui était monnaie courante sur les plateaux, | au Tanganyika, dans les bassins du haut et du bas pe Congo, etc. Pour cela l me fallait consulter les relations de voyage de ceux qui avaient parcouru ces régions. Les noirs ont des habitudes qu'il nest pas facile de changer : telle peuplade consent à vous donner 200 porteurs en échange de fil de cuivre ou de verroterie d’une qualité particuhière, et elle n’en trouvera que 50 si vous lui offrez du calicot écru auquel elle ne tient pas. Telle autre veut des coquilles ou des objets « de Fes une troisième dédaigne les étoffes écrues et ne veut que des indiennes. En un mot, il faut à peu près tout SavOIT, tout prévoir et surtout tout emporter, car, une fois là-bas, loin de la côte et des communications postales, il sera trop tard pour remédier aux oublis.

Les travaux et 1 rene des missionnaires m'ont

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été très utiles dans mon éducation préparatoire, Car On trouve aujourd'hui en Afrique des missions disséminées à peu près partout. Ceci ne veut pas dire quelles soient rapprochées, mais simplement qu'il en existe dans les différentes régions. Ainsi, je dirais qu'il y a des missions dans toute l'Europe, sil s'en trouvait deux dans l'étendue de la France, une en Angleterre, quelques-unes dans les autres pays. On voit qu’il resterait encore beaucoup d’espace autour de ces établissements. Quoi qu'il en soit, ils pouvaient me fournir des renseignements exacts sur chacune des régions que je comptais traverser.

Quoique parlant déjà deux idiomes de l'Afrique centrale, le /ckichecounda et le {chimagandja, Ja jugé que je ne pourrais arriver à me débrouiller sans le souah1il1, ou langue de Zanzibar, que les Tipou-Tib et Roumaliza ont introduite tout autour de la région des Lacs, dans l'Afrique allemande, et jusque dans le Manyéma. Je me mis donc à apprendre cette langue dès mon retour en Afrique, en me servant du vocabulaire de l'évêque Steers, de Zanzibar, et avec l’aide d’un ou deux Zanzibarites que je m'étais attachés dans ce but. Je voulais qu'il ne manquât dans mon Jeu aucun des atouts que j'y jugeais indispensables, et plus tard, lorsque j'arrivai aux Lacs, je parlais couramment la langue locale. Sa connaissance m’a rendu d'immenses services et m'a peut-être sauvé la vie, car, lors de mes vicissitudes dans l'Ouroua, sans la faculté que j'ai eue de me concerter et de me liguer avec les Souahilis contre les indigènes, je n'eusse été qu'un jouet entre les mains de ceux-ci.

L’arabe aussi m'a beaucoup servi, car on trouve

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encore autour du lac Tanganyika et dans l'Ouellé pas mal de vrais Arabes blancs; bien qu'ils parlent tous la langue de la côte ou souahili, 1ls tiennent en haute estime les Européens qui connaissent leur idiome maternel, et ils leur sont bientôt tout dévoués, pour peu que ceux-ci sachent les prendre. J'aime beaucoup les Arabes, et je nai eu qu'à me louer de ceux qui mont accompagné dans ma deuxième expédition; l'important est de les manier avec tact, ce qui n’est pas toujours tres facile.

Vers la fin de juin, tous mes préparatifs étaient achevés.

L'inventaire total de mon matériel remplissait un cahier de 200 pages; 1l était divisé sous les

rubriques suivantes : provisions, : vêtements, chaussures, — papeterie, — armes, — munitions, — photographie, — outils, — matériel naturaliste,

- documents, papier, livres, carnets, etc. instru ments, batterie de cuisine et service de table, . literie et campement, — médicaments, — tabac et cigares, allumettes, briquets, — linge, — marchandises-monnaie, — savons, huiles, graisses, matériel de réparations, — divers.

Le chapitre des provisions et celui des marchandises-mennaie étaient naturellement les plus considérables. On se rendra compte de ce que contenait ce dernier par les détails que je donnera au fur et à mesure du voyage sur les modes de paiement usités et les prix demandés selon les pays. Quant aux provisions, tout ce que l'on peut voir dans les magasins de comestibles, susceptible d'être conservé, depuis le poivre, le sel et les épices

jusqu'aux mets les plus variés, tout y était représenté et transporté en boîtes; il serait long et fastidieux d'en faire LR : 1l vaudrait mieux copier le catalogue d'un magasin de comesbles.

La farine seule faisait exception, ainsi que le café : la première est trop lourde à emporter en raison de son faible rendement en pain : une charge de farine (25 kilos), en boîtes de 5 kilos, ne donne du pain pour trois hommes de bon appétit que pendant 17 jours, soit deux livres de pain par livre de farine, par homme et par jour: le même poids de biscuit fin (légèrement salé et très facile à briser) comporte cinq grosses boîtes et nourrit largement le même nombre d'Européens pendant un mois et demi. Une charge de biscuit équivaut donc à trois charges de farine.

Il en est de même pour le café : cru, il pèse beaucoup; une fois torréfié et infusé dans vos tasses, il se réduit à rien. Pour qui l’aime bon, et c’est mon Cas, Savez-vous combien de tasses fournit une livre de café cru? Pas plus de vingt. Vous voyez ce qu'il faut en EE de as on en veut pour trois ans.

Je me sers donc habituellement d'extrait de café concentré en petits flacon diode encombrants et équivalant, sous un pe tt vou , à une énorme ser tité de café en grai D'ailleurs, au Nvyassala ind, qui est un pays de nn nous avons pu avoir du café frais, et au Congo j'ai récolté moi-même, sur la lisière de la grande forêt, du délicieux café sauvage.

Vous avez là deux exemples, entre mille, des cal. culs qu'il faut faire pour Le moindres détails de l'équipement d’une expédition ; on ne doit Jamais

perdre de vue la nécessité absolue d'emporter le plus possible sous la forme la moins encombrante et sous le moindre poids possible (1).

Par ces quelques renseignements, j'ai voulu montrer quelles mesures avaient dû être prises pour assurer, sinon le succès, du moins la bonne marche de l'expédition.

Le 8 juillet 1804, à Marseille, M. de Borely prenait passage avec moi sur l'Ava, des Messageries Maritimes, à destination du Zanzibar. Notre camarade Bertrand nous avait devancés afin de préparer les transports; nous devions le retrouver à Tchinde, x l'embouchure du Zambèze.

Quoique plus agréable et plus variée que la route du cap de Bonne-Espérance, la traversée par mer se passa sans incident notable. Nous restâmes une nuit à Obock. (Djibouti n’était alors qu'à l'état de projet.) Le lendemain, nous sortions de la mer Rouge et visitions Aden. Notre dernière escale fut Zanzibar, le 31 Juillet.

Nous avions comme compagnons de voyage, à bord de l'Ava, quelques officiers d'infanterie de marine et un médecin désignés pour prendre part à l'expédition de Madagascar ; je n'ai plus eu de leurs nouvelles, mais je sais que le docteur Saint- Germain n’en est jamais revenu. Qu'il me soit per-

(1) Dans l'Afrique intertropicale, les pays à chameaux exceptés, tous les transports se font à dos d'hommes (ou, ce qui est plus exact, à tête d'hommes), et le recrutement des porteurs est toujours un problème difficile à résoudre.

Nous reviendrons plusieurs fois sur cette question au cours du voyage.

mis d'adresser un souvenir à la mémoire de ce brave garçon, que J'ai connu si gai et si plein de vie pendant cette traversée

À Zanzibar, nous prenons congé des passagers

e l Ava, et nous remercions le commandant Garbe de sa orande amabilité pour nous. Le Æanzler, bateau allemand qui doit nous conduire à Mozam- “ae est déjà en rade. Nous y transbordons immédiatement nos bag ages, avêc environ 200 cols supplémentaires qui n'avaient été prêts qu'au dernier moment et que nous avions dû prendre avec nous, tandis que le matériel de l'expédition avait été dirigé directement sur Tchinde, 24 cap de Bonne-Espérance, deux semaines auparavant.

Nous restons deux jours à Zanzibar. Je vais faire une visite à mon ami Tipou-Tib en sa maison restaurée ; il l’a fait surmonter d’un belvéaère d'où il me fait admirer toutes les toitures et terrasses désertes de la ville; dans un coin, on devine le port indiqué par les pointes des mâts : la vue est charmante. Malgré toutes mes protestations et mes refus, mon hôte me force à avaler un sorbet à la rose qui me donne mal au cœur pour le reste de la journée. Nous nous promenons avec de Borely un peu partout, mais nous commençons à trouver Je temps ces Vi je rencontre un de mes Arabes de 1803. Il me fait un accueil enthousiaste et me raconte ce que sont devenus les autres : aucun d'eux n'est 1c1; des uns sont à Bagamoyo, les autres à Malndi, etc, aux environs. C’est dommage : J'aurais eu tant de plaisir à revoir ces braves sens, compagnons de mes Re tudes passées! Mais je n'en ai pas le loisir. Le Xanszler prend le large

le 2 août au matin, nous emportant vers Mozambique. Nous passons en vue d’Ibo le 3, et, le 4, nous jetons l'ancre en face de la capitale de la province.

La rade de Mozambique est très tranquille l'eau est si claire qu'on voit le fond à plusieurs mètres. On y récolte force coraux, madrépores ou coquillages que les indigènes promènent dans leurs petites pirogues et viennent vendre aux navires.

La ville est située sur une petite île ; le port se trouve face à la côte, c'est-à-dire du côté opposé au large. De loin, Mozambique paraît riante et gaie; mais, lorsqu'on débarque, on trouve la ville triste, avec ses rues étroites bordées de maisons sévères et fermées, dont le mode de construction est très

bien compris pour les tropiques : épais murs de pierres, appartements hauts de plafond, vastes et sombres, où 1l fait assez frais. Comme l’île est très

É 1 } \ etroile, [a piupart des rues donnent sur la mer à chacune de leurs extrémités, ce qui égaye un peu |: IN EQN D RSR RSA SAMU ER BU aisons de cat

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pagne sur le continent et s’y rendent à la voile ou à ) FRA . « 4 … ga 2 k l'aviron les jours de dimanc

«villas» se composent, en général, d’une habitation

1 ES MARNE AE dat ; is DIE enfouie sous les cocotiers OU au INILIICU

tres sim de la végétation vierge.

On se demande avec étonnement pourquoi Mozambique, qui est isolée, hors des communications et des centres commerciaux de la région, a pu rester aussi longtemps la capitale de la province, tandis que Quilimane et Lourenzo-Marquez, qui

étaient bien mieux situées, devenaient dix fois

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