MORE
Roy-Moodie [205] a publié la photographie d’un crâne péruvien de Cinco-Cerros portant une trépanation du sinus frontal par grattage; cette trépanation est unique en son genre.
Cette coutume de trépaner sur n'importe quelle partie de la voûte cranienne ne reparaît pas d’ailleurs dans la chirurgie du Moyen âge. D'après Ambroise Paré, l'opération ne devait pas être pratiquée « sur l’os fracturé du tout, sur les sutures, sur les sourcilles, aux parties inférieures de la teste, sur les os bregmatis des petits enfants lesquels ne sont pas encore asez solides pour soutenir la trépane, sur les tempes à raison du muscle temporal. » (A. Chipeault [63].
Nous verrons plus loin que la diversité du siège de la trépanation tient à ce que l’on opérait sans doute le plus fréquemment sur l'endroit du crâne présentant une lésion traumatique, le chirurgien ne craignant pas d'aborder les zones craniennes où la dure-mère est adhérente, mieux, .ne craignant pas de trépaner au-dessus des sinus dure-mériens, que son habileté lui permettait d'éviter, comme le témoigne la photographie du crâne péruvien portant cinq trépanations guéries, dont l’une est au niveau du sinus longitudinal supérieur (PI. D.
Forme. — La forme de la trépanation chirurgicale préhistorique est caractéristique; elle est presque toujours ovalaire ou circulaire; cette dernière forme paraît être la plus répandue, ce qui tient sans doute à la technique de la trépanation. En Europe on n'a observé qu'une seule fois une trépanation chirurgicale à bords rectilignes se coupant à angles aigus; cette forme quadrangulaire a été observée au Pérou, mais très rarement dans des cas de trépanation chirurgicale (Squier), elle est en général spéciale à la trépanation posthume (PI VII, fig. 2).
I est rare que la perforation soit parfaitement circulaire, analogue à celle produite par un trépan moderne à couronne, ce qui indique, comme nous le verrons plus loin, que le procédé par rotation était peu employé, du moins en Europe, car au Pérou on trouve des exemples de trépanation en forme de cercle tout à fait régulier (Roy-Moodie [200]).
: Ep
La trépanation ovalaire paraît avoir été la plus fréquente, ovale plus où moins régulier, mais le plus souvent à grand axe antéro-postérieur. Le crâne de Nogent-les-Vierges en est le meilleur exemple (PL V). Cependant la courbe régulière du bord de l'ouverture peut être interrompue parfois par un éperon osseux. À l'appui de cette remarque, voici l'exemple du crâne trépané de Menouville trouvé par Fouju et présenté par Manouvrier à la Société d'anthropologie de Paris. « L’ouverture faite au crâne est à peu près ovale. Son grand axe antéro-postérieur mesure 72 millimètres, et son petit axe vertical 35. Elle a été opérée par raclage et en biseau selon l’usage ‘habituel décrit maintes fois. Le biseau à une largeur qui varie de 5 à 12 millimètres. En le comprenant dans l’ouverture, celle-ci mesurait 90 millimètres sur 50. Le biseau occupe tout le pourtour de la plaie. Il a été le siège, sur tout ce pourtour, d'un travail de cicatrisation qui a fait disparaftre complètement le tissu spongieux de l’os et qui suffirait à prouver que le patient à survécu.
» Celle-ci a été cependant d’une extrême gravité. Il a fallu tailler d’abord dans le cuir chevelu un lambeau mesurant plus de 10 centimètres, puis détruire, pour mettre l’os à nu, plus de la moitié supérieure et antérieure du muscle temporal et sectionner l'artère temporale profonde. +
» Ensuite àl a fallu, par un long et laborieux grattage, tailler la paroi cranienne elle-même au niveau du faisceau diversent des branches de l'artère méningée moyenne.
I y a donc eu une terrible hémorragie, à la fois externe et interne, avec destruction définitive de vaisseaux importants. ,
»Peut-être l'opérateur a-t-il pu avoir l’idée et la possibilité de tailler ce lambeau de cuir chevelu de façon à sauver l’artère temporale superficielle qui fait saillie sous la peau. Peut être a-t-il pu également décoller la dure-mère de façon à sauvegarder quelque branche de l'artère méningée non adhérente à l’os. Un fait curieux donne beaucoup de vraisemblance à cette supposition : c’est que le bord inférieur de la
plaie cranienne est interrompu par un lambeau osseux formant saillie et'qui a été respecté intentionnellement. Or, c’est précisément à la base de ce petit lambeau que se trouve le point de pénétration de l'artère méningée. L'opérateur se sera sans doute aperçu que l'hémorragie croissait en approchant de ce point, mais quelles qu'aient été ses connaissances anatomiques et ses précautions chirurgicales, le sujet n’en a pas moins été exposé aux redoutables conséquences immédiates et lointaines d’une hémorragie intracranienne et d’une aussi énorme plaie.
» Quand on songe qu’une telle opération a dû avoir une durée minimum d’une heure, et plus probablement de deux heures, on peut déjà s'étonner que la perte de sang seule n'ait pas tué le patient. |
» Pourtant l’opéré n’a pas seulement survécu assez pour que le contour de la plaie cranienne ait pu se cicatriser; il a survécu pendant des années. » ‘
Dimension. — À côté de la simple perforation punctiforme (calotte néolithique portant également un T sincipital [136] (Manouvrier, 21 janv. 4904), il est des trépanations de dimensions énormes. Entre autre celle du crâne de Nogent-les- Vierges est considérable. |
Le crâne trouvé dans la grotte sépulcrale de Rousson (Gard) présente, sur la partie antérieure de la fosse temporale droite, un orifice de trépanation de 70 millimètres de longueur sur 50 de largeur (161 bis).
Un crâne recueilli à Congy (Marne) porte une ouverture due à une trépanation de 90 millimètres de longueur sur 57 millimètres de largeur (Emile Schmitt [212/)).
Mais les dimensions les plus communes sont de 3 à 4 centimètres dans leur petit axe sur 4 à 5 centimètres dans leur crand diamètre.
Description des bords. —— Ce sont les bords de la perte de substance cranienne qui par leur forme, soit en biseau, soit taillés à pic permettent de dire s’il s’agit d’une trépanation chirurgicale ou posthume: et dans le premier cas, C’est par
2 4 Dee ;
la structure intime que l’on peut affirmer la guérison de l’individu, avec une survie plus ou moins longue, ou la mort qui à suivi l'opération. À
La plupart des trépanations guéries que l’on observe nous montrent toujours le même aspect des bords de l’orifice. On peut en déduire que cet aspect est caractéristique de la trépamation chirurgicale. Nous disons intentionnellement « la plupart des trépanations », car au Pérou la forme du biseau dont nous voulons parler n’est pas toujours observée comme en Europe.
Voici donc l'aspect en biseau de la plupart des crânes néolithiques trépanés : l’orifice de la table externe est plus grand que celui de la table interne, dont le bord est tranchant. Le biseau ainsi formé part insensiblement de la surface externe du crâne pour s’incliner en pente douce vers la cavité cranienne. Il peut s'étendre quelquefois très loin sur la table externe; tels sont les cas provenant de l’ossuaire de Cornembeaux de Congy décrit par Schmitt [210] : « Le crâne porte, à cheval sur la bosse occipitale et sur le pariétal gauche. une stupéfiante usure d’une largeur de 9 centimètres sur 55 millimètres de hauteur. ;
En l'occurrence on ne dut pas avoir recours à l’intervention d’un chirurgien au scalpel habile, mais l’opération dut être conduite par un rebouteur qui s'aida à la fois de la lame de silex et d'un polissoir à main à grains mordants, car on ne peut guère expliquer autrement cette usure plane et large, qui, par un trou central, atteignit la dure-mère.
Deuxièmement : Trépanation par raclage prudent au silex.
Le travail de cette trépanation n'offre comme trace qu’une impression en forme de navicule de 50 millimètres de longueur sur 33 millimètres de largeur. Or, seul un trou de 45 millimètres de diamètre au centre de cette navicule atteignit la dure-mère. »
En général, le diamètre de l’orifice externe ne dépasse pas de plus de 2 centimètres celui de la table interne. Cette forme particulière de l’orifice de trépanation témoigne du
souci de l'opérateur de ne pas léser la dure-mère. On ne peut en dire autant de la forme particulière qu'alfectent certaines Hrépanations péruviennes : nous voulons parler de,celles qu'on obtient par le procédé auquel Lucas Championnière a attaché son nom. Ce mode de trépanation fournit d'abord une série de cupules contigües groupées en cercle et limitant une portion de calotte cranienne plus ou moins grande. On observe cet aspect sur un crâne de Matucana (Pérou) portant une trépanation incomplète associée à une fracture (Roy- Moodie [207 bis]). La rondelle osseuse limitée par les cupules une fois enlevée, les bords festonnés sont régularisés et l'aspect final des bords de la trépanation est celui d’un biseau extrêmement court, presque à pic. Ce mode de perforation se rencontre également dans les trépanations posthumes.
Certaines trépanations dont le diamètre ne dépasse pas 2 centimètres présentent également une taille des bords presque perpendiculaire au plan de la voûte cranienne. Produites par un mouvement de rotation, elles sont toujours parfaitement circulaires. :