Bull Soc. Anthrop. de Paris , IIe série, t. IX, p
a8 LA TRÉPANATION PRÉHISTORIQUE.
M. Girard de Rialle est porté à voir dans ces pratiques quelque chose de religieux.
Enfin, M. l’abbé Durand note que chez beaucoup de peuples sauvages, on porte des ossements de ses ennemis en guise d’amulette -, on conserve leur crâne dans le même but; chez les Ashantîs, par exemple, on conserve les crânes des chefs ennemis vaincus, et on se les transmet de génération en génération. Chacun de ces crânes a sa légende, et des chants ont été composés en son honneur, de telle sorte qu’à l’aide de ces crânes il serait possible de refaire l’histoire du pays1.
Quels étaient les motifs qui déterminaient le choix des sujets trépanés ? Dans quel but choisissait - on particulièment les jeunes sujets ? Ce sont autant d’intéressantes questions plus faciles à poser qu’à résoudre. Il est' probable que certains caractères physiques ou certaines dispositions morales fournissaient les indices qui désignaient les sujets. On connaît des coutumes où les victimes recherchées pour les sacrifices étaient reconnues à certains signes particuliers. 11 pouvait en être de même lorsqu’il s’agissait de pratiquer la trépanation.
Les découvertes de M. le Dr Prunières dans les dolmens de la Lozère ne sont pas sans rapport avec les faits observés dans les stations préhistoriques de la Marne. Les archéologues d’une compétence reconnue pensent que les dolmens de la Lozère sont à peu près de la même époque que les grottes néolithiques de la vallée du Petit-Morin. Les pièces recueillies dans les dolmens et celles qui proviennent des grottes de la Marne concourent donc également à établir l’usage de la trépanation préhistorique.
La pratique de la trépanation et bhabitude de porter des fragments crâniens ne sont pas circonscrites exclusivement dans la période néolithique. Les populations gauloises de la Champagne avaient conservé ces coutumes longtemps après. Nous possédons deux fragments crâniens qui étaient suspendus à un torques trouvé dans des sépultures gauloises à Wargemoulin
i. Bull. Soc. Anthrop. de Paris^ IR série, t. IX, p. 556.
(fig. n). La collection de M. Morel, à Châlons, renferme aussi des fragments crâniens de la même époque.
Les faits mentionnés dans ce chapitre établissent que la trépanation était pratiquée pendant la période néolithique; que
Fig. ri.
les os du crâne humain étaient l’objet d’un travail méthodique, soumis à certaines règles fixes dont l’observation reproduisait fréquemment les mêmes types.
La coutume de porter les fragments crâniens comme amulettes ne ressort pas moins des nombreuses découvertes relatées
3o LA TRÉPANATION PRÉHISTORIQUE.
précédemment. Enfin, il résulte, des premières études qui ont été faites sur ce sujet, que les rondelles crâniennes, les fragments crâniens, étaient affectés à un usage religieux et symbolisaient vraisemblablement des croyances à une autre vie.
Nous trouvons ainsi dans ce nouveau sujet d’étude, à peine exploré jusqu’à ce jour, la révélation de plusieurs traits caractéristiques des mœurs, des croyances des tribus néolithiques dont fexistence enveloppée d’obscurité pique si vivement la curiosité.