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n bons. Il présente la légitimité, non-seulement comme « une vérité de droit, mais comme une vérité sociale. x>
Rien, certainement, de plus énergique et en apparence, de plus sincère que ces eipressions. Nul doute même que, selon le génie de notre mobile patrie, où toute chose se dit et s'oublie, cette profession de foi ne fût alors la pensée de Tauteur. En effet, reprenant de haut ce reproche d'empiétement sur la Couronne mis en avant par des hommes incapables de la défendre, M. Dupin, même, dans sa mordante vivacité, ne blessait en rien la loyauté monarchique : « Non, non, messieurs les Ministres, disait-il; l'Adresse « ne porte pas atteinte à la liberté du Roi. Elle déclare un « fait flagrant, un fait qui est en vous, et dont l'impres- <( sion frappe tous les yeux. Le taire ne l'empêcherait pas « d'exister. Nous voulons, nous, en prévenir la durée a dangereuse. Lorsque, dans le discours de la Couronne, a les Ministres, parlant des obstacles qu'on voudrait a leur susciter, n'ont annoncé, pour les surmonter, que a l'emploi de la force, nous avons pensé qu'il nous était a permis de parler de la loi. Nous avons annoncé comme « seul praticable ce que la Constitution autorise, comme a seul légitime, ce qu'elle prévoit. x>
Ce langage était pressant et juste. Il l'était tellement que, dans la Chambre, hormis un petit cercle fanatique ou docile à l'excès, tous les hommes sensés, même les royalistes scrupuleux et timides, inclinaient à donner au Pouvoir un avertissement assez explicite. Ils voulaient seulement adoucir dans la forme, l'appel direct au Roi, et rendre plus courte, mais non moins claire, la demande d*un changement de ministres. C'était l'amendement proposé par un gentilhomme breton, M. de Lorgeril, ami de l'ordre et des lois : a Notre honneur, disàitril, notre
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a conscience, la fidélité, que nous vous avons jurée et que H nous vous garderons toujours, nous impose le devoir de a faire connaître à Votre Majesté qu'au milieu des senti- « ments unanimes de respect et d'alTection, dont votre « Peuple vous entoure, de vives inquiétudes se sont mani- « Testées, à la suite des changements survenus depuis la « dernière session. C'est à la haute sagesse de Votre Mail jesté qu'il appartient de les apprécier, et d'y apporter le « remède qu'elle croira convenable. Les prérogatives de « la Couronne placent dans ses mains augustes les moyens « d'assurer cette harmonie constitutionnelle, aussi néces- « saire à la force du Trône qu'au bonheur de la France. »
A dire vrai, cette rédaction que M. de Martignac avait suggérée, supposez-la commentée, dans sa mesure d'avertissement légal, par quelques orateurs habiles, puis, volée par trois cents voix : la condamnation, pour être plus douce^ n'en était pas moins expresse ; et la conception du 8 août était bien ébranlée. La fierté délicate de H. de Richelieu s'était retirée, devant une allusion moins directe. J'admets que M. de Polignac eût résisté davantage ; mais, si la Chambre délibérait, la durée ministérielle de M. de Polignac n'avait plus de moyen, ni de raison d'être.
Cette modération patiente est difficile, dans les crises politiques. On insista,' et c'était le vœu du Président de la Chambre, pour la pleine adoption de l'Adresse ; on repoussa même les hommes de l'ancien parti royaliste, qui voulaient renverser M. de Polignac, mais avec grand respect pour la Couronne. On aima mieux enlever, à moins dé voix, un blâme plus théorique et plus absolu. Dans les deux côtés d'ailleurs, les idées sur les droits respectifs et l'influence réciproque de la Couronne et des
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Chambres élaienl moins distinctes et moins précises qu'elles ne Tont été depuis, avant d'être de nouveau brouillées et confondues.
Un jeune orateur, appelé à devenir et à rester grand orateur, même après que la tribune aurait cessé, parut à ce moment. Comme M. Du pin, M. Berryer sortait du barreau. Moins expérimenté, mais déjà non moins célèbre que son ancien collègue, il apportait à la politique des éludes plus générales, une passion moins technique et plus élevée. Il appartenait, par Timagination et le talent, à cette école nouvelle, qui aurait voulu réunir dans un même intérêt, envelopper sous un même drapeau la religion, l'ancienne monarchie, la liberté nouvelle. Défendant un peu le Ministère, sans y croire, il se repliait sur l'amendement de M. de Lorgeril, comme sur un moindre blâme infligé à ses clients. Couvrant de son éloquence leur nullité dangereuse, se faisant illusion à lui-même sur les violences déplorables, où cette nullité devait les précipiter, il récriminait, pour les défendre. Il s'indignait du langage de l'Adresse; il y voyait une usurpation, que sa vive parole faisait reiisortir, mais à laquelle, au fond, il se résignait, puisqu'il en acceptait l'expression adoucie, dans le conseil plus respectueux, mais identique donné par l'amendement, a Quoil s'é- « criait-il, vous accusez le Roi personnellement d'avoir (( formé un nouveau ministère. Mais, autant vaudrait que <c votre grande Députation lui dit : Sire, l'usage que vous a avez fait de vos prérogatives trouble notre sécurité, a altère notre prospérité, et peut devenir funeste à notre « repos. Irrévérence dans l'expression, inconstitution- « nalité dans l'alternative, où on veut placer le Roi, voilà « ce qui me frappe ici. La Chambre n'a pas le droit de
« demander sa propre dissolution. Il y a quelque chose « d'effrayant et qui contriste le cœur dans cette résoa lution d'une Assemblée qui demande sa propre ruine, et Ce triste contraste reporte involontairement la métt moire vers des temps funestes. Il rappelle par quel « chemin un roi malheureux fut conduit, au milieu des « serments d'obéissance et des protestations d'amour, à c< changer contre la palme du martyre le sceptre qui « échappait de ses mains. »
De longues acclamations, dans une partie de la salle, suivirent ce mouvement oratoire. Alais, évidemment, le nouveau député ne savait pas encore toute cette langue politique, qu'il a si puissamment parlée. L'indépendance de la Prérogative n'en rend pas l'exercice indiscutable. Et, d'autre part, les membres d'une Chambre élective peuvent fort bien dire, qu'ils reparaîtraient volontiers devant leurs électeurs. Cela même esf le principe de tant de comptes rendus et de discours des députés anglais à leurs commettants; et le célèbre Fox n'était, et ne paraissait nullement inconstitutionnel, en provoquant M. Pilt à consulter le pays, et à dissoudre, s'il l'osait, la Chambre, où ce ministre était en minorité.
Quoi qu'il en soit, il arriva de ce débat de préséance entre le long paragraphe de la Commission et l'amendement de M. de Lorgeril, que la conception du 8 août fut blâmée par un moins grand nombre de voix. En eiïet, la rédaction atténuante une fois écartée, l'Adresse eut, au scrutin, deux cent vingt et une boules blanches contre cent quatre-vingt-une boules noires qui semblaient protester pour le Ministère, ce qui n'était pas vrai du tout.
Ce coup porté fut suivi de quelque hésitation, parmi les chefs. M. de Chateaubriand, presque toujours inactif.
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quand il n*élait pas irrité, avait éprouvé quelque doute sur la tactique à suivre, dans la Chambre élective ; mais, il n'avait rien essayé près de quelques députés influents, dont il aurait pu tempérer l'ardeur. M. Roycr-Collard était triste, mais persévérant. 11 avait entendu, avec une grave émotion, la parole éloquente de M. Berryer. c< Cet homme est une puissance, dit-il à quelques amis : <x mais, cela ne doit pas nous détourner de frapper vite et à fort. Ne laissons pas à la folie et à l'incapacité de « quelques hommes le temps de détruire la discussion « dans un pays, où il se trouve de tels talents pour dé- « fendre la Royauté. »
Aux Tuileries, malgré Tétourdissement d'un échec, i|u'on avait déclaré d'abord impossible, la confiance demeurait assez grande. — Le Roi décida que la députation de la Chambre serait reçue, et Y Adresse entendue d'un bout à l'autre. 11 comptait sur l'effet inévitable de sa réponse. M. Royer-Collard, entouré du cortège de la majorité presque entière, sans un seul des opposants à l'Adresse, en fit lecture d'une voix grave, mais fortement émue. Cela même pouvait paraître un indice sérieux du changement des esprits, que l'interprète d'un semblable appel au Trftne fut un ancien défenseur de la cause royale, un fidèle correspondant des princes bannis. Mais la • passion ne dislingue pas; et ce qui devrait d'autant plus l'avertir Toflense.
La lecture achevée, Charles X répondit en ces termes devenus historiques par l'événement : « J'ai entendu « l'Adresse que vous me présentez, au nom delà Chambre <i des députés. J'avais droit de compter sur le concours K des deux Chambres, pour accomplir tout le bien que je « méditais. Mon cœur s'afflige de voir les députés des dé-
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« parlements déclarer' que de leur part ce concours « n*eiiste pas. Messieurs, j'ai annoncé des résolutions « dans mon discours d'Ouverture de la session : ces réso- <( lutions sont immuables. L'intérêt de mon Peuple me « défend de m'en écarter. Mes ministres vous feront a connaître mes volontés. i>
Ces paroles, débitées avec une lenteur imposante, firent, dit-on alors, une grande impression sur les auditeurs. Le public n'en jugea pas ainsi. Quelles étaient ces résolutions immuables? était-ce de garder toujours M. de Polignacau Ministère? était-ce de reprendre pour le Trône toute l'autorité que, depuis bientôt quinze ans, le droit de discussion avait donné en fait à la Chambre élective, et dont le Prince, maintenant devenu Roi, avait lui-même sollicité sous main, et parfois bien mal dirigé Tusage?
Ce langage, au reste, était un atermoiement. Charles X hésitait à dissoudre la Chambre; et, autour de lui, les plus^ violents tenaient en réserve un coup d'État, mais ne le conseillaient pas encore. Les Chambres furent prorogées de quelques mois; et, dans l'intervalle, le champ demeurait ouvert aux intrigues, aux essais de conciliation, aux utopies de Dictature.
A part les adversaires directs du Ministère, M. de Yillèle lui faisait aussi sourdement la guerre; d'abord par un journal, qui, sans rien blâmer, en fait de coups d'État, et tout en préconisant le droit illimité de la Couronne, paraissait craindre surtout l'exaltation et la maladresse, dans une entreprise si juste. Puis, M. de Villèle lui-même jetait quelques mots, non pas de publicistc, mais de financier, sur les sottises ruineuses. « Prenons garde, disait-il. (c Si on veut se passer de la Chambre, pour voter l'impôt, « il faudra se passer de l'impôt. J'ai dit cela bien souvent
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« au Roi : avec quelle aulre machine aurait-on tiré tant de « millions de la France, et garanti le milliard de Tinc( demnité? Doléances et subsides vont de compagnie, « comme on disait, sous Tancienne Monarchie. Il faut « bien prendre les choses, et aller de Tavant. »
Mais, tout en parlant ainsi, et en décréditant les coups d'Etat, M. de Villèle ne voulait, ni ne pouvait se remettre en face de la Chambre, dont la seule approche l'avait renversé. Avec lui donc, il fallait dès le lendemain une Dissolution; et le Roi aurait eu, en même temps, la double contrariété de renvoyer le ministère de son choix et de faire des élections générales. M. de Villèle espéra cependant, revint de Toulouse à Paris, pendant hProrogation, se rencontra, dans un dîner, avec M. dePeyronnet, fut mécontent de lui, redoubla de mauvais augures, fut enfin reçu deux ou trois fois par Charles X, sans retrouver ascendant, ni confiance.
C'était dans le Conseil que se concentrait le grand effort de la cdsc finale. Deux hommes, honnêtes et d'une utile capacité, M. Courvoisier, parleur facile, magistrat intègre, tenant les sceaux avec dignité, M. de l^habrol, administrateur habile, formé dans l'ordre judiciaire aux* scrupules des formes légales, instruit, attentif, modéré, étaient, dans le Cabinet, comme une barrière au zèle impétueux et servile. Un des hommes qui fut entraîné bien loin d'eux. M. Guernon de Ranville, leur adhérait d'abord : et ces trois ministres, qui n'avaient ni suggéré, ni connu d'avance la phraso sur les résolutions immuableSy auraient voulu, même après ce langage, un rapprochement avec la Chambre, une porte ouverte à quelques-uns de ses Chefs, une modification dans le Cabinet. Ils s'étaient réunis, cependant, à l'avis de la Prorogation, qui retardait du
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moins le choc inévitable. Ils entendirent les projets, les m/^moires à consulter lus au Conseil, et concluant, plus ou moins, à quelque déviation momentanée de la Charte. Mais, lorsqu'on en vint au projet de faire succéder à la Prorogation la DUêolvtion^ d'agir avec vigueur, comme on le dit, à peu prés, dans tous les temps, pour enlever les f'*lections, M. Courvoisier et M. de Chabrol déclarèrent leur dissentiment invariable et leur parti pris de se retirer, si la Dissolution prévalait.
La conséquence de cet avis, conséqueuce qu'ils exprimnient nettement, était de modifier le Cabinet, de manière h le mettre en rapport avec les opinions de la Chambre, et do rouvrir ainsi la Législature. C'était le renvoi de M. de Polignnc et le désaveu du téméraire engagement de Charles X. Quelle voix autorisée aurait pu lui persuader ooln? d'anciens serviteurs dévoués, le duc de Fitz-James, M. ilyde de Neuville, M. de Chateaubriand n'approchaient plus du Prince. Un homme à qui sa haute fonction, sa vie antérieure, sa gravité aurait pu donner quelque puissance, semblait n'avoir pas même eu l'idée d'en faire Vessai; et, la prorogation prononcée, après une courte audience d'adieu, il était parti pour aller attendre, dans une terre éloignée de Paris, le dénoûment fatal de cette énigme trop claire. Ahl ce n'est pas ainsi, qu'à diverses ôpoques s'est éloigné, ou endormi le génie préservateur dos Trônes? Abandonné à lui-môme, à ses ignorances, à SOS aveuglements, à la déférence modeste d*un fils plus judicieux que lui. Chartes X se laissait surtout approcher par ces complaisants subalternes, dont la bassesse parait un xèle hardi, qui s*oirre à tout faire: Il lui semblait qu*avfr M. Capdle dans le Ministère, pour manœuvrer los élections, M. de fVyronnel à rinl«*rieur, pour dominer
par son énergie, M. de Chantelauze, un magistrat pieux et disert, dans le ministère de la justice, tout serait entraîné de soi-même : et puis, s*il en arrivait autrement, restait cette idée 6xe du coup d'État; cette application de Tarlicle 14, déjà tout enracinée dans la tête du Roi, et qu'il ne serait pas fâché de tenter, comme un dernier recours.
A ces causes habituelles d'erreur se joignaient de puissants motifs d*ordre divers, une préoccupation pieus e partagée avec le Ministre favori, et allant jusqu'à cett e ferveur mystique, ces hallucinations si peu comprises de M. de Yillcle, une espérance toute politique, fondée sur la prochaine expédition qui se préparait contre Alger , sur le succès probable de cette entreprise, sur le contrecoup moral de ce succès, enfin sur le voisinage , ou le retour d'une armée victorieuse et l'ascendant dès lors irrésistible de la Royauté.