‹ La tribune moderneChapitre 6 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ARAIT^E DE M. DE CHATEAUBRUNO, A PABIS EM 1800. — QUELQUES TBAITS DE LA SOCléré d'alors. — POBLICATIO!! et succès D'aTALA. — Zfcl.E DE M. DE FON-

tares; amitié de m. joudert. — relatioss atec le mxisTRE DR l'irtërieur

LUCIEX et AThC UNE SŒOR DU PREMIER C03f80L. — LE GÉ.ME DU CURISTIAHIÂME EST ACnEVÉ ET PlBLlé. — A-PROPOS ET TROOiGIECX EFFET DE CET OUVRAGE. — VIMES NOUVELLES DE l'aUTEUR SCR LE MÊME SUJET. — JUGEMENT PROBABLE DE l' A VENIR, M. DE CBATEAUBRUMD TOIT LE PREMIER CONSUL.

Ainsi, en 1800, à l'entrée de ce siècle, dont il allait être une si grande gloire, pressé par Tcxemple de quelques amis et appelé à grands cris, comme il le disait, par M. de Fontancs, M. de Chateaubriand, répulé sujet neufchâtelois de la Prusse, était débarqué à Calais. Il y trouvait madame de Lindsay, qui attendait madame d'Aguesseau; et il les accompagnait toutes deux à Paris, en traversant un côté de cette France encore toute brûlée de Tincendie de la Révolution, mais active, sous un chef nouveau, et renaissant, de toute part, à Tagriculture, au commerce, aux arts.

Descendu à Paris, au quartier des Ternes, dans un logement loué au nom de madame de Lindsay, la première visite du voyageur fut d'aller, au travers des Champs-Elysées, chercher M. deFontanes, dans la rue Saint-Honoré,

près de Sainl-Roch. Il racontait, dans sa vicîHéSseï qu'à l'entrée de la place de la Révolution, songeant à l'échafaud de Louis XVI, ses yeux s'étaient obscurcis de larmes, tous ses membres avaient tremblé, et il s'était appuyé à un balustre des fossés, pour ne pas tomber. V obélisque de Louqsor^ ajoutait-il amèrement, n*est pas assez élevé pour cacher la place oU fut immolé Louis XVI.

Ravi de voir en France son jeune compagnon d'exil, à Londres, M. de Fontanes le mena d'abord, dans la mçme rue, chez un ami digne de tous deux, M. Joubert, «j|jrii original et délicat dont nous avons aujourd'hui un recfteil de Pensées^ publié depuis sa mort, et quelques lettres fort piquantes.

M. Joubert, le plus ingénieux des amateurs, plu|^t que grand artiste, homme de loisir par sa fortune, ses goûts, sa santé déHcate, était épris de la passion des lettres, autant qu'on le fut, au dix-huitième siècle, mais autrement. Il aimait la perfection la plus exquise : une page de Platon, quelques vers de Virgile ou d'Horace, une lettre de madame de Sévigné, une pensée de Pascal, l'occiipaient et le faisaient rêver, des matinées entières. La déclamation, ou l'aridité philosophique lui était insupportable; Rousseau même le choquait, par mille côtés. La méthode de M. Joubert, pour faire des extraits, consistant à détacher des livres les passages qu'il voulait relire, il n'avait découpé de la Nouvelle Héloise et de YÉmUe qu'un petit nombre de demi-pages.

Mais, ce critique si dédaigneux, dont lé goût pouvait paraître difficile jusqu'au caprice, ce Sybarite Httéraire avait parfois une facilité charmante dans les entretiens, l'instinct le plus juste du Leau et du vrai dans les arts, et la passion du génie d'autrui. 11 goûtait la pureté, la noble

M. DE CHATEAUBRUND. 87

élégance, la sage imagination de M. de Foutanes ; il aima des qualités toutes contraires dans le jeune émigré. Ce sauvage me charme^ disait-il souvent; il faut le débai'bouiller de Rousseau, d'Ossiau, des vapeurs de la Tamise, des révolutiofis anciennes et modernes, et lui laisser la croix, les missiom, les couchers du soleil en plein océan, et les savanes de l Amérique : et, vous verrez quel poète nous allons avoir, pour nous purifier des restes du Directoire, comme Êpiménide, avec ses rites sacrés et ses vei\^, purifia jadis Athènes de la peste.

Accueilli par cet excellent juge, sous les auspices et la recommandation passionnée de M. de Fontanes, le jeune émigré, gardant son faux nom deLassagne, à l'abri d*une tolérance très-commune alors, s'établit rue de Lille, dans un pelit enlre-sol; et il se livra tout entière rachèvement de son grand travail, le Génie du Christianisme^ qu'un libraire royaliste se oliargeait d'imprimer, pour le premier volume, d'après les feuilles déjà tirées à Londres, pour le reste, sur le manuscrit, et en soumettant le tout à l'examen d'une censure de pqlice officieuse et déjà trcs-exigeante.

• Sans autre ressource pour vixrc que de modiques avances faites par le libraire, sur le prix de Touvrage, M. de * Chateaubriand eut besoin de travailler, en même temps, au itf^rcur^, journal tout littéraire, que dirigeait son ami M. de Fontanes. Une lettre à madame de Staël, ainsi publiée, frappa vivement les esprits et commença le grand renom du jeune écrivain.

Celte lettre, réfutation admirative et polie, infiniment plus douce que les critiques de M . de Fontanes sur le livre De la littérature considérée, etc., rendait hommage à madame de Staël, sans partager toutes ses opinions et sans blesser

une autre Puissance déjà déclarée contre Touvrage et Tauleur. On remarquait même, dans cette lettre éloquente, un éloge de César, nommé le plus beau génie littéraire qui eût jamais existé^ jugement qui peut-être aurait quelque peu contrarié Cicéron, mais qui ne déplut pas au premier Consul de la République française.

Heureux de ce succès, M. de Fontanes pressa son ami de frapper un grand coup et de faire paraître aussitôt un desépisodes du Génie du Christianisme, celui qu'il avait entendu plusieurs fois avec un charme singulier, bien que son goût sévère dût y relever d'étranges hardiesses. Atala fut ainsi donnée au public. J'ai présent le récit d'un admirateur de BI. de Chateaubriand qui, la veille, dîna seul avec lui dans un petit café des Champs-Elysées, passant la soirée en conjectures inquiètes sur la réussite du livre, et entendant plusieurs fois de la bouche de l'auteur : « Mon sort se décide demain ; demain je suis un pauvre diable, ou je vais aux nues. »

L'ouvrage, fort annoncé, se répandit très-vile, et fui lu avec ravissement par cette société si mêlée , si confuse , que laissait tout effarée sur le rivage la fin de la tempête, et qui, respirant à peine dotant de secousses et de surprises, pauvre ou riche, triste ou gaie, cherchait repos, distraction, plaisir. Tout récemment, elle s'était passionnée pour Ossian; elle attendait un autre enthousiasme. Rien, dans la froideur actuelle de notre siècle industriel et banquier, ne peut offrir l'idée de ces ardeurs de curiosité, de ces enchantements d'admiration, qui saluèrent alors l'œuvre originale d'un jeune inconnu. Sans doute, lui-même manque aujourd'hui; mais, disons-le, le théâtre, l'auditoire manquent aussi. Seulement, ce pubhc d'alors, charmé d'une telle création, épris de ces grâces nouvelles

M. DE CHATEAUBRIAND. 8(f

et sauvages, trop de malheurs publics, trop d'angoisses particulières, trop de ruines et de douleurs avaient servi à le préparer; et, n'ajoutons pas, comme le poète romain qui fut puai de ce blasphème :

Sccicra ipsa nefasqiie

Uâc mcrcedc placent.

Mieux vaut pour les nations un peu moins de malheurs, au prix de moins de sensibilité pour les arts.

Grâce au mélange de tous les rangs, de tous les noms, de toutes les fortunes, dans cette société remise sur pied par un ordre du jour militaire, la faveur A'Atala gagna vite du faubourg Saint Germain aux Tuileries, des Tuileries à la Chaussée-d'Antin, dans les boutiques et aux petits théâtres. Sauf quelques recherches bizarres d'expressions et d'images, tout ravissait dans cette œuvre de passion et d'éloquence.

Aussi, cette lune de miel delà célébrité ne fut jamais oubliée, ni surpassée, pour M. de Chateaubriand. On le devine, à l'aveu qui lui échappe dans ses Mémoires,' par un retour sur cette époque : Je devins à la mode. La tête me tourna, J'ifjnorais les jouissances de la célébrité; j'en fus enivré.

Cependant, selon la condition de plus d'une gloire naissante, l'amertume de la gêne et même de la pauvreté se mêlait encore à ce premier éblouissement de faveur publique. L'amitié de M. deFontanesen soufl'rait. l\n crédit lui-même, à ce moment, par l'éclat récent de l'éloge de Washington, il se hâta de produire son ami In, où l'admission était utile et conduisait à tout. Aimé lui-même d'une sœur du consul, retenu souvent à îS'euilly, dans la maison de campagne qu'elle y habitait, raj>proché par un ti-

tre du ministre de Tintérieur Lucien, dont la part avait été si grande dans le coup dictât récent du 18 brumaire, il voulut ménager à M. de Chateaubriand ces deux protections puissantes. Il le mena plusieurs fois à la campagne du ministre, au château de Plessis, près Senli.s; et, sans le mettre peut-être dans la confidence de tout ce qu'il entrevoyait des desseins du nouveau Pouvoir, il voulait, par affection, attacher le jeune écrivain à la fortune illimitée de cette Dictature, par laquelle il se sentait saisi et enveloppé lui-même.

Une des causes, ou plutôt le prétexte ostensible de ces assiduités était la radiation du nom de Chateaubriand de la liste des émigrés. Mais celte affaire, désormais très-facile par récliit de renommée, qui remplaçait rmcor/wifo ou le pseudonyme du jeune voyageur, n'était, pour Lucien et pour sa sœur, qu'une occasion piquante d'accueillir, d'écouter et de montrer, dans leurs salons, l'auteur d'Affl/a.

On peut le croire encore, avec cette première et attentive sagacité du Consul à ménager les opinions des partis et à frapper l'imagination de la foule, à épier les talents, à s'approprier toutes les gloires, son calcul habile devait pressentir un instrument utile dans le brillant écrivain panégyriste de l'autel et même du Irône, anti-jacobin, adorateur des souvenirs et célébrant toutes les grandeurs, que la politique d'un chef nouveau voulait en partie rétablir.

On conçoit comment un ouvrage annoncé sur le Génie du Christiamsme semblait venir naturellement s'associer à la paix religieuse, donnée par le Concordat, et à la restauration du culte proclamée par un général vainqueur. La dédicace du Génie du Christianisme au pre-

M. DE CIUTEAUBBUND. 0!

mier Consul fut négociée dès lors; et M. de Fontanes, dans sa naïve amitié, se vantait d'avoir bien travaillé à cette alliance qui manqua, dit-il, par la faute des deux parties contractantes. Elle ne manqua pas tout à fait, comme nous allons le voir; mais elle ne fut pas ce qu'aurait voulu rimpérieux Consul. M. de Chateaubriand admirait son génie, plus qu'il n'était rallié à son pouvoir. En religion, disait-il à M. de Fontaues, j^ suis papiste; mais, en jwHliquey je reste amjlican : et bien des mots expressifs marquaient déjà sa préférence invariable pour un gouvernement légal, et ce qu'il redoutait de ce Pouvoir absolu invoqué par tant d'autres.

L'ouvrage s'achevait cependant, avec un renfort d'érudition un peu expéditive, queTauteur, déjà plus mûr, voulait joindre à l'ardeur qu'il sentait en lui. H lui semblait, qu'il ne pouvait relire assez de vieilles histoires de monastùres,et assez étudier ces institutions religieuses, qu'il élevait si haut. Son nouveau et spirituel ami, M. Joubert, riait de cette application et l'en détournait, par l'assurance que ce n était pas cela qui toucherait le public^ et quun souvenir de voyage, un trait de passion, une belle pensée lui vaudrait bien plus de lecteurs que toute Vémdition des bénédictins.

Un autre conseiller, d'un ordre fort différent, quoique d'un esprit romanesque aussi , le ministre de l'intérieur, s'intéressait beaucoup à l'impression du Génie du Christianisme. La censure établie sur les journaux ne s'étendait pas encore de plein droit aux livres ; elle ne les atteignait que par surveillance de police et menace préventive. Le ministre, qui accueillait M. de Chateaubriand, désira voir les épreuves de £on livre ; et ï7 y mit çà et là des notes assez communes, dit l'autour. Je le crois bien, 8*il s*agit de goût littéraire. Ce qui préoccupait encore

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Lucicîïi, c'était la grandeur de son frère, et par contrecoup la sienne. Ce qu'il dut clicrcher dans les épreuves. c'était le chapitre sur les rois athées^ compris dnns rédition commencée à Londres, et dont rien ne se retrouve, dans^ celle de Paris; c'était tout ce qui pouvait, de loin ou de près, servir ou contrarier la politique consulaire, en France cl en Europe. Le reste le souciait peu ; el il élait médiocre connaisseur du talent el de Tart, si nous en jugeons par son poëme de Charlemafjne,

lAi titre du Génie du Cliristianisme, l'intention de l'ouvrage et lldée qu*en donnait M. de Fontanes plaisaient a» premier Consul, comme utile à la popularité de ses desseins. Mais, près de lui et dans son esprit, quelques soupçons pouvaient s'élever, non sur l'origine émigrée, les regrets ou les prédileclions de l'auteur, mais sur tel cri de conscience contre le despotisme et sur telle théorie de liberté, qu'aurait fait craindre son premier ouvrage, et qui déjà n'était pas moins malvenue aux Tuileries que dans quelques salons à peine rouverts de l'ancienne aristocratie.

La défiance n'était pas fondée; cet écueil n'attirait plus Fauteur. Moins théorique el moins amer que dans YEssai sur les Révolutions^ plus entraîné, plus dominé par le charme des lettres, plus classique et par là même plus calmC) il faisait une grande part au génie du dix-septième siècle. En môme temps qu'il en rajeunissait l'admiration^ par des formes de critique neuves el hrillantes^ il évitait ainsi la rencontre de quelques-unes des doctrines qui auraient le plus choqué la Dictature consulaire. A part cetto disposition même de l'auteur, et en admettant aussi quelque peu rintlucnce ofliciellement amicale du ministre, frère du Consul et encore associé à sa politique, une con-

Ire-rêvisioii loule liUéraire et toute affeclueuse surveilla le dernier brouillon manuscrit, qui allait être le Génie du Christianisme. Ce n*élait pas seulement Tautonté critique de M. de Fontanes, admirable lettré, mais plus curieux de rélégance des formes que de la nouveauté des vues, un peu renfermé dans celte belle prison du dix-septième siècle et joignant à ses scrupules de goût une baine de la Révolution, qui lui rendait insupportables toutes les idées de réforme et de progrès social, que M. de Chateaubriand avait entassées dans son premier Essai des révolutions, et dont il semblait ne pouvoir jamais se séparer tout à fait.

Sans être plus ami de la Révolution et de la philosophie, sans croire davantage à la liberté politique, M. Joubert s'en effrayait moins et les concevait mieux. Il laissait M. de Chateaubriand célébrer, en passant du moins, le système représentatif tant décrié dès lors par les sabreurs et les valeCs. Et, quant au style, une certaine singularité ne lui déplaisait pas; et il l'encourageait, disant au jeune écrivain : a Ne consultez pas le goût des aua très ; donne/ ce que vous avez , des émotions et des « images; et vous enchanterez le public. »

Durant Tété de 1801, et au miheu du succès d*Atala^ M. Jouberl avait attiré quelque temps son ami dans une campagne qu'il avait à Villeneuve-le-Roi, près de la terre habitée par une dame, que la confidence de ce travail devait rendre l'admiratrice passionnée de l'auteur, madame de Boaumont, la fille de l'infortuné ministre de Louis XVI, M . de Monlmorin. Dans cet asile, et quelques mois plus tard, près de Paris, à Savigny, dans une maison de campa<:ne, qu'il occupa, quelque temps, avec madame de Reaumont et sasœurLucile, M. de Chateaubriand acheva vite son grand

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travail. Il clail averti de paraître par sa propre ardeur et par Tatlenle publique. Il gardait cet ordre naturel, qu'il s'était prescrit d'abord, une succession de chapitres courts et brillants ; il l'élendait seulement à de nouveaux points de vue du même sujet, mêlant les recherches de goût et les tableaux expressifs, la critique liltéraire etVimagination. Grâce à celte variété, il sut n'avoir parfois qu'une prose élégante, rapide et très-française, qui faisait d'autant mieux ressortir d'autres parties de l'ouvrage, animées des plus vives couleurs et d'une éloquence vraiment extraordinaire.

Ainsi se termina, en moins d'une année, la révision et l'impression du Géuie du Christianisme'j et l'ouvrage entier fut publié au mois de mai 1802, pour se rencontrer, en quelque sorte, avec le grand événement du Concordat promulgué, des églises rouvertes et de la religion catholi- , que solennellement rétablie par le vainqueur de l'Italie et de rAjIemagne, devenu le maître et le successeur de la Révolution française. Jamais livre ne vint plus à propos, ne fut mieux secondé par les influences les plus diverses, par la politique, par la foi naïve, par le calcul, ou la passion des esprits les plus opposés.

L'auteur, nous l'avons dit, nullement inGdclc à son origine, à ses premiers malheurs, et ramené vers ce souvenir par son ouvrage même, avait évité cette forme bien fnonarchiquo de Dédicace^ qui' lui était conseillée, ou demandée. Mais, dans la préface de sa première édition, préface fort simple d'ailleurs et retranchée plus lard, il ne s'était pas défendu l'allusion alors générale au rétablissement du culte, et même le parallèle avec Cjrus, libérateur du peuple de Dieu. Paraissant rappeler les mots du nouveau Cyrus au prince des prêtres, « Jéhova, le Dieu du

« ciel, m'a livré les royaumes de la terre, et il m'a com- « mis pour relever son temple. Allez, montez sur la mon- <c tagne sainte de Jérusalem et rebâtissez le temple, » il ajoutait, en son nom : a A cet ordre du libérateur, tous a les Juifs, et jusqu'aux moindres d'entre eux, doivent a rassembler des matériaux, pour hâter la reconstruction « de Tédifice. Obscur Israélite , j'apporte aujourd'hui (c mon grain de sable. »

A côté de cette modeste offrande, les éloges de M. de Fontanes enrôlaient encore mieux le jeune écrivain dans le triomphe du vainqueur qui relevait les autels. «Le nou- « vel orateur du christianisme, disait-il, vient de retrouver a tout ce qu'il regrettait. Du fond de la solitude, où son c< imagination s'était réfugiée , il entendait naguère la « chute de nos autels. Il peut assister maintenant à leurs « solennités renouvelées. La religion, dont la majesté s'est c( accrue par ses souffrances, revient d'un long exil dans <x ses sanctuaires déserts, au milieu de la victoire et de la « paix, dont elle affermit l'ouvrage, etc. Les vœux qu'elle « formait, depuis douze cents ans, pour la prospérité de « cet empire, seront encore entendus; et son autorité a confirmera les nouvelles grandeurs de la France, au « nom du Dieu qui, chez toutes les nations, est le prea mier auteur de tout pouvoir. » Puis un beau passage, traduit de Plutarquc , monirait Alexandre, un jeune homme, accomplissant les plus grandes choses par un instinct irrésistible, et toutefois avec une raison suivie, de telle sorte qu'il faut dire, en le voyant, avec le poëte Aieman, que la fortune est fille de la Providence,

C'était là sans doute une noble flatterie liée, dans la pensée de l'admirateur, à la reconnaissance sincère d'un grand bienfait public. Mais combien cette louange même

9$ LA TRlBCZCi: 1I0DER5E.

ne renfermait-elle pas de tcnlations et de périk pour Torgueil da nouvel Alexandre! El, si le succès atteste en quelque sorte un droit dÎTJn à l'empire, la défaite et TadTersite ne rendront -elles pas un jour la déchéance également pro^idenlielle? Mais, le noble critique mêlait dans une même admiration la cause qu'il a^ait embrassée et le talent qu'il aimait; et, du moins, il aurait voulu n'appeler . que les sentiments généreux, l'esprit de religion et de justice, la modération, l'amour des arts à Tappui de cette cause, qui croyait mieux s'étayer par rambîtiMi insatiable, la force partout présente et la servitude prtout imposée.

Déjà cet avenir pressenti et d'autres moti& moins désintéressés suscitaient aussi des objections et des déâanoes à la Restauration religieuse, qui rencontrait, si à pro- ' pos« un si éloquent interprète. .Auprès même du Consul, dans son conseil d'état, dans son état-major, il y avait des censeurs du Concordat . Les sou venirs mêmes de révolution, et le peu qui restait de l'esprit de liberté, sous une main si obéie, prenaient volontiers cette fonne de revanche. On n'osait se jilaindre du joug administratif, déjà si pesant; mais, on criait à la réaction religieuse : et on aiïectait de s'en inquiéter pour la puissance même du maître. Li s*ap> puyaient, contre le grand succès de l'ouvrage, quelques attaques fort vives de la Décade philosophique et du Jounui de Paris^ pour qui c'était une dernière liberté politique.

M. de Fontaiies, dans une seconde analyse toute litté» raire, répondit à ces critiques et fit ingénieusement ressortir rélégance , la nouveauté, le charme d'imagination qui faisaient du Génie du christianisme la prédication la plus cpportune à l'esprit du temps, et, malgré des fautes avouées, promettaient à l'auteur une gloire durable.

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11 faut le reconnmtrc , en effet, et le dire à notre époque fort ^dédaigneuse de Tidéal, dans tous les genres : à part cette première et merveilleuse convtiDaiiee do. Génie du Cliriitiùnisme ouvrant un siècle ^dé Restauration sociale, le livre en lui-ménle était licurcuscmenl et halilement conçu. Avant tout, à trtivers quelques aflectations plus encore d'humeur que de génie, il respirait cette grâce naturelle de la jeunesse, cette vïVacilé de la passion nouvellement sentie,^ cette inspiration naive, au moins, par rinexpérience, que nul art ne surpasse^ etque le temps ne nous rend pas.

Comme la Jérusalem délivrée du Tasse, achevé par l'auteur, dans sa trentième année, l'ouvrage était plein de défauts, mais charmant, attaquable, sur mille points, mais séduisant, sur presque tous. Probablement l'écrivain •^français n'aurlit pas plus gagoé que le Tasse à vouloir de sang-froid refaire son livre, à ^t^endre assagir sa manière, pour la rendre plus forte, plus grave, plus convaincante. Je ne sais qdelle influence aurait eu cette tentative sur quelques âmes. Mais, l'effet général, le resj)ect et l'attrait substitués à la dérision, les nobles sentiments, les passions délicates armées contre le scepticisme, la poésie' redevenant religieuse, après Voltaire et Parny, uAerévolution tout à la fois de la croyance et du goût ap- |iklent elle-même un renouvellement de la philosophie, tout cela se rencontrait surtout, dans le premier cadre qu'avait choisi l'auteur, et dans les. peintures saisissantes, dont il l'avait rempli. L'indication théorique, qu'il a donnée, bien des années plus tard, d'un autre plan de son ouvrage, nous confirme tout à fait dans notre préférence.

Vers 1840, en effet, l'immortel écrivain, revenant avec complaisance sur cet avènement de son génie, écrivait, I 7

96 LA TRIBUNE MOQERNE.

dans un volume de ses Mémoires : Qu'il ferait aujourd'hui un Génie du Christianisme tout différent. Et ^cUc est cette seconde épreuve, dont il nous flatte ainsi, par codi- ^^e littéraire? quelk est cette Jérusalem conquistada, qu'il regrette de n'avoir pas imaginée d'abord, et dont il donne Tesquisse, faute de temps pour la réaliser? « Je «montrerais, dit-il, que le christianisme est la pensée ic de Tafenir et de la liberté humaine; que celte pensée, « rédemptrice et messie, 0rt le seul fondement de Téga- « lité sociale; que le Verbe, enfln, sïst incarné en «^c rhomme de douleur, dans le bul de raiïranchissement « de tons, d'une fraternité universelle et d*une salvation « immense. »

Dieu soit béni, de ce que ce nouveau Génie du Christianisme est demeyré à Tétat de projet tardif I Ce n'est là, en effet, qu'une théorie de bien-être terrestre empruntée au dernier âge de M. de Lattl^nais^ et bien plus éloignée du vrai Christianisme, que ne pouvait Tctre la foi chevaleresque et poétique, dont M. de Chateaidoriand avait paré la renaissance chrétienne de 1800. Entre ces deux extrêmes, ' sans doute, entre l'apothéose de la Puissance, sous condi- ^tion qu'elle soit miséricordieuse et charitable, et le droit divin du nombre prêché dans \es Paroles d'un croyant, il est une vérité absolue, qui ne fait du christianisme, ni le diadème du Pouvoir arbitraire sur une seule tète, ni ^'instrumenl docile de la force démocratique N'oublions pas comment l'abbé de Lamennais, le rénovateur de la théorie é«»alilaire, avait lui-même autrefois stigmatisé la sanction, qu'un rêveur obscur, M. Dumcsnil, prétendait tirer de l'Evangile, pour canoniser les doctrines anarchiques et le partage des biens réclamé par Babeuf.

Que si, plus tard, M. de Lamennais, lassé de la foi,

comme il l'avait été d'abord de la raison, et passant du Catholicisme au Socialismey reprit cette théorie, qui faisait du Christ le Messie de l'égalité matérielle ici-bas, il n'appartenait ni à l'imagination élevée, ni aux méditations politiques deM. de Chateaubriand d'accepter jamais ce nivellement barbare et faux, marchepied de la ^rannie. Nul accès d'innovation ou d'humeur ne devait le porter jusque-là. Ce qui était digne de lui, et ce qu'il aurait pu noblement ajouter à la première et H heureuse inspiration de son Génie du Christianisme ^ c'était la pensée récemment exprimée par un homme public de nuii temps constitutionnels. Oui, ce qui manque dans le bel ouvrage de M. de Chateaubriand, ce qui en aurait paru non le démenti, mais la plus sérieuse et la plus profonde conséquence, c'eût été l'affirmation impérieuse et la démonstration historique d'une grande vérité, que résumait naguère l'éloquent biographe d'un homme d'état anglais : Il s'agissait de quelques grandes mesures deuotre temps, ïabolition de l'esclavage des noirs, V émancipation des catholiqnes d'Irlande, d'autres réformes encore, moins profondes, mais conformes à la justice, réclamées par elle et lentement obtenues de la conviction éclairée des hommes, (c C'est le triomphe du christianisme' », disait à ce sujet rhîstoricn des réformes justes et hardies de M. Peel, a d'avoir placé le scrupule elle remords dans l'a me même « des nations entières , et d'avoir ainsi rendu possible et « comme assurée la cessation de maux, dont l'antiquité ne « s'apercevait pas, et Taccomplissement d'améliorations, (( que les hommes les plus vertueux n'auraient su , ni espèce rer, ni concefoir. »

* Sir Robert Peol, etc., par M. Guizot.

Dans cet ordre de raisonnement, ce n'est pas la dictature de la foule, c'est la sublimité de la loi qui amène les hommes à la vé^Jté, dont elle établit graduellement rempire.

Quoi qu'il en soit, dans sa nouvelle vue du Christianisme, moins judicieuse et moins vraie que le langage cité par nous, M. de Chateaubriand allègue, en faveur de l'ancien plan dc^soii ouvrage, qu'il n'aurait pas été bien venu « à parler de la liberté future descendant du Calvaire^ a quand on était encore tout meurtri de l'excès de la li- «^berté des passions. »

*Cela était fondé sans doute. Mais, il n'en résulta pas moins qu'au premier moment, le Génie du Christianisme plus éclatant de vives couleurs qu'appuyé sur de sages et libres principes de droit public, flétrissant avec raison les fureurs de l'anarchie, mais oubliant les excès du pouvoir religieux ou civil, servit indirectement la Puissance qui s'accroissait sans bornes, sous prétexte de rassurer tout le monde. Bientôt, il est vrai, cetle Puissance, par les égarements même, où sa force illimitée l'entraîna, n'en fut plus à se contenter de tels suffrages, ni à souhaiter le concours de telle opinion. Mais, le talent de Taulcur et l'éclat du livre n'en allaient pas moins figurer, un moment, parmi tant d'illusions de gloire, qui décoraient le Consulnt et l'avant-scène de l'Empire.

Sans doute, ce n'était là ni le but de M. de Chateaubriand, ni son dernier mot à lui-même. Dans une page de ce livre, en elfct, tout en paraissant reporter à la religion seule les plus heureux progrès de la société civile et sa liberté, comme sa politesse, il nomme le ^fstème représentatif, parmi les trois ou quatre grandes découvertes, qui ontchangérétatdii monde : c'était la doctrine, alors même.

' M. DE CHATEAUBRIAND. iOl

attaquée dans madame dc^taël; c était, comme nous le croyons, la vraie pensée du peintre éloqfuent dà chrîstianisnie; c*était sa âtgnaluie , mais dans un coin du tableau, landis que les. "rives cptHeurs, les admirations, les regrets partout répandus dans l'ouvrage portaient les esprits en général vers le passé de l'ancienne monarchie, ou semblaient les disposer aux splendeursM'une monarchie plus grande. *

Cependant le succès du livre aux Tuileries, comme au laubourg Saint-Germain, dans les salons de raristocratie nouvelle, comme chez le pauvre prêtre, ou chez la pauvre émigré, l'espèce de reconnaissance, qui se mêlait à l'enthousiasme, marquèrent pour M. de Chateaubriand une de ces Coques de faveur publique, bien rares dans les vies les plus illustres.

Celte faveor-aMlit, ou commença pour lui des liaisons nombreuses )||i|^rfi)is très-intimes, dans les rangs de Tancienne noblessf^française. Cette noblesse n*était pas toute, on le sait, gagnée par des restitutions de bois confisqués, des grills militaires et d'autres Taveqrs : elle n'aspirait pas toute à de prochains honneurs, dans ces antichambres, qui bientôt allaient s'ouvrir .: elle comptait, dans ses rangs décimés, et à côte des personnes les plus tentées par l'espérance du servage de cour, quelques caractères indépendants, fldèles au malheur, à l'amitié, et ne j^meltant pas tout à la puissance, et même à la gloirer*

Dans cet oMfe se plaçait d'abord, par l'illustration personnelle, madame de Staël, dont l'esprit piquant et généreux, la conversation trop écoulée avaient attiré déjà le mécontentement, et les impatientes rigueurs du premier Consul.

i02 Là tribune moderne

Les louanges et l'aftiUié de cette femme célèbre ne manquèrent'pas au premier grand succès de M. de Chateaubriand; et, près d'elle, ou 4ans àSs cercles diflërents, d'autres influences de femmes étalât j^s favorables encore à Tauteur d*Atala. Il alliait donc, alors, à quelques amitiés sérieuses et toutes littéraires ces attachements du monde, quioiJ^ parfois tant de puissance sur le talâit. Du château de.ChamplaIreux, où il animait de son attention et de ses éloges Tesprit rare .d'un très-jeunS repré^ijlant du nom de Mole, il allait passer des jours de travailét de rêverit à Fervaques, chez madame de Custine; puis, il visitait le château d'une autre dame de grand nom^ qui se félicitait d'avoir, quelques années auparavant, converti ou plutôt séduit à Dieu M. de la Harpe, durant une captivité commifiie, dans les cachots de la Terreur.

De ces admiratrices et de ces aniiifi^ la plus chère au grand écrivain semblait être celle qui, à& la société de M. Joubert, avait coimu la première le^bdlles pages du Génie du Christianisme, madame de BeaumouL la (ille dernière surviiQ|pte d'un ancien et couragiea0niinistre de Louis XVI. Libre, après de longs malheurs, éloignée du monde, par ses souvenirs, par les langueurs d'un» santé aussi frêle que son âme était délicate et fière, madame de Beaumont n'existait plgft^ue de la gloire do son ami, comme elle avait partagé l'anxiété de s^ dernier travail, à la veille du triomphe. Revenue àjwis, elle jouissait de ce triomphe, dans le cercle disi^et d^l^elques amis, M. de Fontanes, M. Jouberl, M.Ve Chenedollé, d'autres hommes plus jeunes, mais diun esprit sévère, admis à cette gracieuse intimité. Trop généreuse , pour passer, en politique, au parti du vainqueur, madame de Beaumont restait fidèle, comme elle le disait, à toutes

M. DE CUATËAUBRll^pi 103

les douleurs el M^^âqjirtyrc de sar fautille. Son doux et flcr ascendant était lé* premier oKtacie qui eût arrêté M. de Chateaubriand, dans la route, où Tattiraient d*au-^ très amitiés. ^.

Parmi les diversions et les succès du monde, M. de Chateaubriand semblait appelé cependant à une vie plus sérieuse, non-seulement par le caractère de Touvrage qui faisait sa gloire récente, mais par quelques incidents domestiques. Madame de Chateaubriand, si longtemps éloignée de lui par son exil d'abord, par des difiicultés de fortune, peut-être aussi, par une froideur mutuelle, songeait à revenir, près de lui, au bruit de sa gloire, et, comm^ elle le disait finement, sur le titre de son livre. Femme d'un esprit original et inflexible, admirant son mari, mais ne l'approuvant presque sur rien, elle n'était pas sans ambition pour lui, et eut secondé en cela M. de Fontanes. Entre ces influences diverses, M. de Chateaubriand, tout solitaire qu'il était, ne fiiyait pas les Puissances du jour; et, par exemple, dans une fête donnée par Lucien, ministre de , rintéi^^r, après l'adoption des artrfeles organiques du Concordat par le Corps législatif, il était au nombre des invités, évidemment, pour être présenté au premier Consul.

Celui-ci, objet de tant d'hommages, et dont le moindre coup d'œil était si fort envié de toutes les ambitions, chercha de lui-même M. de Chateaubriand, dans la foule; el, l'abordant tout à coup, comme s'il l'eût connu déjà, sans autre intermédiaire qu'une communauté d'idées qui leur étaient également familières à tous deux : « Quand y étais « en Egypte^ lui dit-il, j'étais frappé de voir dans le désert « les Cheiks s' agenouillant, pour adorer quelque chose « dansTOrient. C'est partout l'instinct de l'homme, parce « que c'est la vérité ; et voilà ce que n'ont pas compris les

i04 I^IrIBUNË HOIffiRNB.

* « idéologues, Du^is^t les aatisi^qui croyaient, qu'on « peul se passer de HÊu. »

* Rien, sans doute, de plus flatteur pour le peintre du Génie du Christianisiï^ que celte réflexion suscitée par sa seule présence. II resta muet cependant, à ces paroles et à quelques autres moins expressives dans le même sens ; et il ne prit part à l'entretien que par l'impression, qu'il parut éprouver du regard, du sourire et de l'approbation du premier Consul.

Bien longtemps après, il a lui-même commenté ce souvenir, ptut-^tre avec plus d'orgueil que de vérité. En rappelant gue le succès du Génie du Christianisme avait frappé Tesprit de Napoléon, au lieu de s'arrêter à l'idée si naturelle duxoncours utile, que le politique signataire du Concordat devait trouver dans le succès de ce livre, il a mieux aimé voir dans cet incident un rapport d'imagination et une sympalliie de talent. « Napoléon, dit-il à ce sujet, n'eût pas été ce quil était, si la muse neût^té là. La raison accomplissait les idées du poète, »

M. de Chateaublland, calmé dans sa haine contq^ l'Empire, et devenu favorable à certaines ihéories sociales et littéraires, n'est pas ici plus près de la vérité que lorsqu'il reprochait, dans un autre temps, à Napoléon le goût de la basse littérature et de Yécrivasserïe. J'aime mieux cependant l'exagération admiraiive, même avec un retour sur soi-même, que la délraclion et l'injure.

Quoi qu'il en soit, l'entrevue avait pleinement réussi. Madame Bacciochi et M. deFonlanos répétèrent que le premier Consul avait été charmé de la conversation de M. de Chateaubriand. Pareil jugement alors était fortune faite. Une occasion se présentait d'ailleurs; le premier Consul, en couronnement du Concordat , venait de nommer à

Tambassadc de Rome soa oncle, déjà Cardinal et archevêque de Lyon. Cet ecclésiastique, fort détaché de sa profession, durant nos grands troubles civils, employé même alors dans l'administration militaire des vivres, et sans doute, entraîné à bien des choses par la licence du temps, avait gardé toutefois, ou retrouva bientôt ce fond d'habitudes et de pensées religieuses, qui lui rendit même, sans «ne édifiante sévérité de mœurs, un zèle ardent pour rÉglise.

Près de ce Cardinal ambassadeur, que son puissant neveu morigénait par des recommandations de bienséance assez minutieuses, il parut convenable de placer 'un premier secrétaire versé dans les lettres chrétiennes, habile, -éloquent. Les emplois publics ne se refusaient pas alors; et rhésitation de M. de Chateaubriand, s'il en eut, ne fut pas longue. On employa cependant pour la vaincre, l'influence de M. l'abbé Émery, supérieur de Saint-Sulpice, prêtre savant et sincère , le même qui plus tard montra tant de caractère et d'intrépidité d'esprit, pour la juste défense des droits du pape.

M. de Chateaubriand, tout en alléguant cette intervention de l'abbé Émery, donne dans ses Mémoires, pour cause décisive de son acceptation, le désir de conduire en Italie son amie, madame deBeaumonl, dont la poitrine •élait menacée. Je me sacrifiai, dit-il, à l espoir de la sauver ^ Mieux vaudrait l'aveu do ce motif, s'il était parfaitement vrai, qu'une affectation de pieuse déférence; mais, dans la réalité, malgré quelques défiances et quelques regrets suscités par d'autres amis, cette mission, préparée par M. de Fontanes, plaisait au jeune et illustre écri-

* Mémoires ceOutre-Tombe, t. II, p. 200.

vain, qui n'en prévoyait pas les prochaines ameitumes. 11 accepta, dans l'espoir exagéré de services immédiats à rendre à l'Église et d'une destination plus haute pour luimême; et, renonçant à voir madame de Chateaubriand ^ qui restait en Bretagne, il prit la route de Tltalie.

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