‹ La trichine et la trichinoseChapitre 18 sur 48 · TRlCHINOSt · texte numérisé non relu

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généralement auprès de la trichinose intestinale sans la reconnaître et l'envoie-t-on grossir, dans les statistiques médicales, le nombre déjà trop considérable des cas réellement imputables à la fièvre typhoïde.

Quant au pronostic de la trichinose intestinale, il est grave ; pour peu que les Trichines aient été nombreuses dans la viande ingérée, la mort pourra fréquemment survenir. Elle sera déterminée soit par les accidents entériques déjà mentionnés, soit par um» péritonite provoquée par le passage des jeunes à travers l'intestin, etc.

C'est généralement du seplième au quinzième jour que la mort survient; or on sait que, sauf les com[)licalions ultérieures, c'est également vers cette époque (second septénaire) que l'on peut observer dans la fièvre typhoïde une terminaison fatale ; nouvelle analogie qui contribuera facilement à égarer le diagnostic.

§ 2. — Phase tissulaire.

Désignée jadis sous le nom de « phase musculaire » par les auteurs qui localisaient dans les muscles striés la Trichine larvaire, cette phase possède une origine facile à indiquer : elle coïncide avec l'arrivée des jeunes Nématodes dans le tissu où doit s'opérer leur enkyslement.

T'ne question se pose immédiatement : comment ces Trichines, encore embryonnaires, parviennent-elles du tnhe digestif aux parties souvent fort éloignées dans lesquelles doit s'accomplir la période stagiaire de leur existence?

Ainsi que j'ai eu l'occasion de le rappeler, deux voies leur sont ouvertes : l'une est représentée par le courant sanguin toujours prêt à charrier les auxiliaires comme les

PHASE TISSULAIRE. \2o

ennemis de l'économie ; l'autre est constituée par le tissu cellulaire interposé aux différents organes.

La rapidité avec laquelle les Tiichines apparaissent dans le péricarde, leur fréquence et leur multiplicité dans les muscles du tronc comparés à ceux des extrémités, enfin la présence, constatée à diverses reprises, de jeunes Trichines dans le sang des sujets trichinoses (Ij, ne permettent pas de révoquer en doute la migration par les vaisseaux sanguins. Cependant ce mode de dissémination semble relativement assez rare et c'est surtout par la voie du tissu cellulaire que la progression des jeunes se trouve assurée.

Par un véritable travail de fouissement, aidé de mouvements de reptation, les Trichines parviennent à leur station d'enkystement, s'y pelotonnent sur elles-mêmes et s'y entourent généralement d'une capsule destinée à les protéger durant leur stage dont la durée est subordonnée aux destins mêmes de l'hôte qui les héberge.

J'ai fait connaître dans un autre chapitre le mode de constitution du kyste et les lésions que détermine, dans les divers tissus, cette néoforniation. Je ne saurais donc y revenir actuellement et je dois me borner à exposer les phénomènes morbides qui se manifestent durant cette période.

Les symptômes de la trichinose tissulaire sont assez nombreux : la bouffissure de la face, qui se montre parfois dès la phase intestinale, s'accentue souvent au point d'im-

(1) Zenker^ Note sur V affection Irichinaire chez l'homme [Comptes rendus des séances de V Académie des Sciences, 16 février 1863). — Voy. aussi : Boucliard et Maguan, iii Gazette hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie, n°43, 1864; Thudiclinm, in Gozefte ynédicale, 10 décembre 186i.

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primer au malade une physionomie caractéristique {Dick- /iO/V des Allemands); cet œdème peut s'étendre aux membres. On l'a attribué succ£ssivement à l'oblitération des petits vaisseaux par les Tiichines, puis à des thromboses ducs à l'altération du sang au contact de ces parasites (1).

L'œdème peut se compliquer d'acné, d'ecthyma et de furoncles ; généralement il s'accompagne simplement de prurit et de fourmillements dans les membres. Une anestliésie plus ou moins marquée se manifeste quelquefois dans ceux-ci; les médecins allemands ont signalé, à diverses reprises, ce caractère que j'ai pu également observer sur des animaux trichinoses expérimentalemrnf.

Aux divers phénomènes qui viennent d'être mentionnés et qui, on a pu s'en convaincre, se manifestent surtout dans les parties très musculeuses, succèdent bientôt des accidents plus constants, mieux définis, et localisés principalement dans l'appareil locomoteur. Douloureux au toucher, les muscles se tuméfient et présentent une induration surtout appréciable dans les fléchisseurs, puis des contractures s'observent ; des attitudes vicieuses en sont la conséquence et déterminent la flexion des jambes sur les cuisses, des cuisses sur le bassin, de l'avant-bras sur le bras; une immobilisation progressive du tronc peut même accentuer et compliquer ces manifestations.

Au milieu de l'ensemble dont je viens d'esquisser les traits principaux, on remarque, çà et là, quelques phénomènes locaux dus à l'immigration des Trichines dans telle ou telle masse musculaire : l'invasion des

(1) Ricklin, hc. cit.

PttASE Tissu LAIRE. i'il

muscles masticateurs détermine du trismus ; celle des muscles oculaires, des troubles dans l'organe visuel et surtout dans l'appareil palpébral, car ce sont généralement les orbiculaires qui sont atteints ; l'invasion des muscles de l'oreille détermine de la surdité; celle des muscles laryngés, de l'aphonie; celle des muscles respirateurs, de la dyspnée qui souvent n'est que le prodrome d'accidents asphyxiques graves. La broncho-pneumonie est un mode assez fréquent de terminaison (1).

Le diagnostic est difficile à établir: si les troubles gastro-intestinaux et l'état fébrile peuvent aisément faire confondre la trichinose intestinale avec la fièvre typhoïde, l'œdème qui caractérise le début de la phase tissulaire peut faire croire à une affection brightique ; l'examen des urines permettra de rejeter cette hypothèse (2) et les accidents musculaires, rapprochés des troubles entériques observés antérieurement, indiqueront au médecin la véritable nature de l'affection dont le diagnostic ne sera toutefois nettement établi que par l'observation duparasite enkysté. S'il est mieux connu sous cette forme qu'à l'état sexué, sa recherche est, en revanche, encore plus difficile

(1) Les auteurs allemands insistent sur la fréquence de cette dernière complication, d'autant plus digne d'attention que dans les cas où l'on a diagnostiqué une fièvre typhoïde et dans lesquels l'autopsie n'offre pas les signes classiques de cette affection (altération des plaques de Peyer, etc.)^ on se borne parfois à rapporter la mort aux accidents constatés du côté des organes respiratoires. Or, loin d'écarter tout soupçoa de trichinose, une semblable complication oblige, au contraire, à poursuivre minutieusement à ce point de vue les investigations.

(2) Il importe toutefois de savoir que l'albuminurie ne dispense aucunement le clinicien de la recherche du parasite, ce symptôme ayant été parfois relevé"dans la trichinose : « pas d'albumine dans l'urine du père et de la fille, mais il y en avait pour madame D... a (Laboulbène, ia Trickinose de Crêpy-en-Valois ; Bulletin de l'Académie de médecine, 1881.)

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dans la phase tissulaire de la trichinose que durant la phase initiale: il suffisait alors d'examiner les matières intestinales, tandis qu'actuellement c'est au scindes tissus vivants de l'organisme, dans des masses mu>culaires le plus souvent, qu'il faut aller découvrir la Trichine.

Dans ce but, deux procédés ont été indiqués; le premier consiste ù inciser au bistouri un muscle superficiel, tel que le biceps brachial, pour en détacher un fragment que l'on soumet ensuite à l'examen microscopique ; l'autre méthode, moins sanglante et moins barbare, se résume dans l'excision d'une parcelle musculaire, soit par le trocart de Duchenne, de Boulogne, soit au moyen d'un harpon spécial (harpon de Middeldorf). Outre que ces pratiques sont assez douloureuses pour que le patient refuse généralement de s'y soumettre, il convient de faire observer qu'elles ne sauraient fournir d'indications utiles que dans les cas de trichinose généralisée ; le diaphragme, les muscles laryngés, etc., sont atteints bien avant les muscles brachiaux.

Lepronoslicsemble moins grave que celui de la trichinose intestinale : si le sujet a pu résister à cette phase originelle de la maladie; si, de plus, il a pu supporter, sans atteintes trop sérieuses, les premiers effets de l'immigration dans les divers tissus, il peut espérer se soustraire à toute conséquence grave (1).

(1) D'après les auteurs allemands, lorsque l'iafeclioii trichineuse n'a pas éié trop considérable et que l'organisme tend vers la « période de réparation », on observe quelques phénomènes spéciaux, tels que l'œdème malléolaire, l'essouflemeiit et une fausse obésité apparaissant vers la quatrième ou cinquième semaine et précédant la guérison. Ces manifestations semblant toutefois peu constantes.

Principales épidémies. dâ9

Qu'on ne roublie pas, en effet, les Trichines enkystées clans les différentes parties de l'économie s'y trouvent à l'état stagiaire et doivent, sous peine de passer de la vie latente à la mort, être transportées dans un autre mammifère ; mais le genre de vie, les mœurs de leur hôte aciuel peuvent rendre à peu près impossible cette migration nécessaire. C'est ainsi que les Trichines enkystées dans le corps humain ne peuvent généralement jamais, dans les conditions normales (1), gagner le milieu nécessaire à la léalii-ation de leur forme parfaite. Elles vivront donc à l'état larvaire durant fort longtemps, parfois même durant plusieurs années, nous en avons la preuve, puis la mort les atteindra.

Ce phénomène aura été précédé de modifications profondes dans le kyste protecteur; celui-ci aura parcouru successivement les phases régressives que j'ai décrites : la dégénérescence pigmenta ire aura été suivie de la dégénérescence adipeuse à laquelle aura succédé la crétification, et l'on ne trouvera plus, comme derniers témoins de l'helminthe et du kyste, que de petits amas calcaires disséminés dans les tissus ambiants. Tel est l'aspect sous lequel se présentent les traces ultimes de la trichinose chez les sujets qui ont pu résister à ses premières atteintes,

§ 3. Principales épidémies de trichinose.

Il ne saurait être évidemment question de relater ici,

(1) a Iii the case of maii it wuuld be iiecessary that his muscles schuuld « be eateii in order for the Trichinae to bccome sexually-niature worms ; « and in those countries wliere cannibalism exists, the man-eater would u himself become trichinised and would cerLainly deserve his fate. » (Cobbold, /oc. cit., p. 173.)

Chatin, Trichine. 9

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même succinctement, toutes les épidémies tle tricliinose observées depuis une vingtaine d'années, c'est-à-dire depuis les recherches de Zenker. Lorsque ratîection tricbineuse se trouvait localisée presque uniquement en Allemagne, on pouvait espérer, grâce à la compétence spéciale et aux connaissances étendues des médecins allemands, parvenir à relever la plupart des cas intéressants. Aujourd'hui que cette helminlhiasis est devenue endémique dans plusieurs États de l'Union américaine et tend à se généraliser, par l'importation des produits contaminés, dans les diverses contrées des deux mondes, on doit renoncer à établir toute statistique rigoureuse. Je me borne donc à mentionner quelques épidémies tristement célèbres par leurs ravages ou particulièrement instructives par les observations qu'elles ont fournies. On verra que, même circonscrite en ces étroites limites, la liste ne laisse pas d'être longue; elle comprend plus de quatrevingt-dix épidémies!

1 à 5. — 1858, 18S9, 1860, 1861, 1862. Cinq épidémies à Magdebourg (Sendier). Ce furent ces épidémies qui, appelant l'attention des médecins et des naturalistes allemands, provoquèrent la série de recherches qui ne tardèrent pas à être consacrées par les importantes découvertes (le Virchow, Zenker, etc.

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