Une épidémie à New-York
70. — 1878. Une épidémie à Crépy en Valois (Laboulbèneet Jolivel).
Cette épidémie, observée avec une rare sagacité par le D' Jolivet, a été parfaitement exposée, dans ses moindres détails, et aussi dans ses enseignements, par
(1) Celte épidémie, comme celle de Leipzig (1804)^ montre nettement qu'il suffit souvent d'une quantité très faible de viande contaminée pour déterminer des accidents graves : chez plusieurs personnes, la trichinose fut simpleniL'nt causée par l'ingestion d'un sandwich préparé avec du jambon trichine.
PRINCIPALES EPIDEMIES. 13o
M. le professeur Laboulbène (1); elle présente un inlérêt d'autant plus considérable que c'est la première observation rigoureuse de trichinose qui ait été recueillie en Franco.
Le 11 mars 1878, le D'' Jolivet était appelé chez le sieur
D boulanger, pour donner ses soins au père, à la
mère et à la fdle qui avaient tous une violente diarrhée, de l'œdème de la face, une tièvre vive, une courbature intense, A la moindre pression, les masses musculaires des membres devenaient très douloureuses. Pas de céphalalgie; langue chargée et blanche, soif vive. Pas d'albumine dans l'urine du père et de la fdle, mais il y en avait dans celle de la mère. Plus tard, œdème des membres inférieurs.
La fièvre ardente, la diarrhée, la prostration firent d'abord croire à une fièvre typhoïde; mais M. Jolivet, cherchant à établir l'origine de la maladie, obtint bientôt
un renseignement des plus importants : le sieur D
avait fait tuerun porc le 5 mars, et la famille était unanime à incriminer cette viande dont l'ingestion avait été rapidement suivie de troubles gastro-intestinaux et particulièrement de diarrhée intense. Des morceaux du même porc ayant été offerts à divers habitants du bourg, il était intéressant de rechercher quels en avaient été sur eux les effets.
Or M. Jolivet constata les mêmes symptômes, mais à des degrés différents d'intensité, chez un grand nombre de malades qui avaient mangé de ce porc, et il s'assura que nul n'avait été atteint en dehors des personnes qui avaient fait usage de la viande suspecte.
'^1) Laboulljè.ie, in Bulletin de l'Académie de méd cine, février 1881.
i:)G TRICIIINOSF':.
Dans un village voisin, M. Jolivet fut appelé auprès (l'iuie dame qui présentait les symptômes observés chez les malades de Crépy; elle affirmait n'avoir pas mangé de porc; mais, après avoir été interrogée plusieurs fois, elle se rappela en avoir mangé chez sa belle-mère qui avait reçu un des morceaux offerts par le sieur D....
Plusieurs des personnes atteintes présentèrent des accidents graves; l'une d'elles mourut vers le douzième jour de la maladie : « Je ne pouvais, dit le D' Jolivet, établir un « diagnostic bien net (1), lorsqu'elle fut prise de bron- « cho-pneumonie double et succomba vers le douzième « jour environ de la maladie. Après y avoir réfléchi, (( et surtout après avoir observé les seize autres ma- « lades, je crois que cette jeune fille est morte de la « trichinose. »
Ces conclusions furent bientôt confirmées par M. Laboulbène à qui M. Moutard-Martin avait remis un des fragments de la viande suspecte envoyée par M. Jolivet: il contenait de « nombreuses Tric/ihu/sphYiiis. les unes enkystées, les autres ne l'étant pas encore (2). »
Quelle était la cause de cette épidémie? D'où provenait le porc infesté? Comment avait-il été nourri? Comment avait-il pu être contaminé? Telles étaient les questions complémentaires qui se présentaient immédiatement; pour les résoudre, M. Laboulbène se hâta de se rendre sur le lieu môme de l'épidémie et ne tarda pas à y recueillir de précieuses indications.
(1) Il est fâcheux que l'on n'ait pas pratiqué l'examen microscopique des déjections ; on y eût très probablement trouvé les Tricliine^ sexuées ou leuri jeunes.
(2) Laboulbène, loc. cit.
PRIiSCIPALES ÉPIDÉMIES. i^"?
Le propriétaire de l'animal contaminé déclara élever trois pores chaque année; aucun accident ne s'était produit antérieurement par l'ingestion de la viande provenant des animaux tués et préparés chez lui. Le dernier porc avait été nourri absolument comme les autres, avec des pommes de terre et des croûtes de pain cuites dans une grande marmite en cuivre ; l'animal mangeait dans une auge en pierre. Il avait élé acheté à un marchand de Sentis qui se fournissait à Gournay (Seine-Inférieure) et à Farmerie (Oise), localités dans lesquelles aucune maladie particulière n'a été signalée chez les porcins qui y sont l'objet d'un commerce considérable.
La provenance de l'animal, son alimentation habituelle semblaient donc n'offrir rien de suspect. Mais en poursuivant ses investigations, M. Laboulbène obtint un renseignement dont tous les helmintliologistes apprécieront facilement l'importance : le porc trichine avait été élevé dans un réduit dont le toit et l'intérieur étaient « visités et habités par de nombreux rats, attirés par le fumier d'un boucher voisin qui jette beaucoup de débris d'animaux dans la cour ».
Dès que M. Laboulbène connut ce fait, il n'hésita pas à conclure que le porc auteur du mal avait du manger un rat trichine et prendre ainsi la trichinose.
En effet, comme le rappelle très justement le savant observateur à qui j'emprunte ces détails, le rat et la souris sont au nombre des animaux qui, vivant en liberté, se trouvent le plus fréquemment atteints par les Trichines. Déjà M. Yulpian avait signalé le fait, et j'aurai plus tard à insister sur ses conséquences lorsque je traiterai de la prophylaxie de la trichinose.
13^ TRICHINOSE.
71. — 1879, Une épidémie à bord (]ii vaisseau-école le Cornwall ; plusieurs moy\< (Powlei).
Los aceiJeiils avaient d'abord été allribiiés à une épidémie de fièvre lypboïde, mais le D' Powler, frappé de la singularité de certains symptômes et constatant que le début de la maladie avait coïncidé avec l'usage alimentaire de viandes de porc provenant des Èlats-i'nis, demanda et obtint l'autorisation d'examiner un des cadavres ; il y découvrit d'innombrables Tricbines.
Cette observation est des plus intéressantes : d'une part, elle nous fournit un nouvel exemple desdiincultés que rencontre le diagnostic limité à lappréciation des symptômes généraux, difficultés telles que l'épidémie du C'o/viwall eM été, suivant l'usage, imputée à la fièvre typlioïde si elle n'eiàt été observée par un praticien distingué, dont les investigations minutieuses autant qu'éclairées parvinrent à faire rapporter le mal à sa vciitable origine. Remarquons, en outre, et c'est à cet égard surtout que cette relation présente un réel intérêt d'actualité, remarquons que le premier indice qui mit le D' Powler sur la voie de la vérité fut fourni par la provenance même des viandes introduites dans l'alimentation de l'équipage (1). 11 suffit, en effet, de connaître les déplorables pratiques de lelevage américain pour être immédiatement mis en garde contre l'usage de semblables produits.
^l) Reuiie de Zoologie mijdicule, 1881.
Dans la maiiiie, où Ton fait nécessairement usage de salaisons, les eus de tricliinose paraissent fréquents; on en jugera par la citation suivante : « Les dix hommes d'équipage du na\ire anglais Ouse sont tous
tombés malades à la fois.... Le docteur Alilians trouve une frappante
ressemblance dans la relation des symptômes avec ceux observés sur <i un navire allant de Valparaiso à Hambourg, dont tout l'équi/jaye fut M empoisonné par la Trichine. » [Lfi Trichinose et les iiuporlateurs de salaisons d'Amérique, 1881.)