‹ La tristesse et la joieChapitre 104 sur 146 · I. DarAAÏn. Op. cil., p. 33o · texte numérisé non relu

I. DarAAÏn. Op. cil., p. 33o

PSYCIIOriIYSIQlE DE F. \ TRISTESSE ET DE LA JOIE .)()J

Augustine a, dans ces moments-là, les mains et les lèvres complètement A ioletlcs. Blanche, Sa..., présentent les mêmes symptômes au\ mains et aux oreilles. Louise m'a ofTert une fois le spectacle d'une « peur bleue » au sens exact et précis du mot. Elle a\aitdes hallucinations terrifiantes qu'elle considérait d'un œil fixe en poussant des cris et, par instants, c'étaient des ombres bleuâtres qui couraient sur son visage, des cyanoses [)arliollos de la face. Mais ces vaso-constrictions fugitives et locales ont été accidentelles au cours de sa mélancolie. — A l'état de calme. Louise est sim[)lement pâle.

Si l'excitation est moveimo. si le sujet se lamente et pleure, on \oit apparaîlie A^yj^ taches rouges sur les joues près des veux, mais les parties extrêmes du corps gardent leur coloration pale ou violette.

Si l'excitation croît, les mains, les pieds, le visage, le corps tout entier prennent des teintes plus vives, donnant sur le rose ou le rouge ; les couleurs de la dépression disparaissant en même temps que les autres symptômes, devant les symptômes et les couleurs de l'excitation.

Je n'ai jamais \u les cheveux de mes mélancoliques actifs blanchir, mais tout au plus prendre une teinte mate, et joxplicpie ce changement comme \\\\> haut. La chose n'en est pas moins possible et réelle dans les souffrances morales, et, à dire vrai, c'est surtout dans les douleurs actives, dans les angoisses, dans les souffrances que l'histoire et la i)hysiologic Toiil constatée.

Dans les moments de calme, les yeux sont ternes conuue dans la déj)ression. Dans h^s moments d'excitation ils préxMileiil. >ni\anl les circonsl.nices. des Narialions con^idcMahles d'éclat :

Si les larmes conlcut en abondanc^e, de façon à noyer le globe oculaire : Id'il ne [icut biilliM-. >i l(*s larmes l'humec tent l(''gèi(Mii('ul il i('lidu\e un peu de >(»n ('"clal. mais cette condition doit n"a\oir ici cpTune inq)ortance secondaire par rapport aux conditions internes, car le regard reste souvent terne malgré les plenis.

(}uan( à la dilalalioii de la pupille je Tai liv- inMIcnicnl

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coiislalce clioz Louise un joiu- do d(''[)rcssi()n, caractérisé par la pâleur et Falgidité, mais je ne puis pas dire, avec certitude, qu'elle soit plus grande ou plus petite pendant les crises de souffrance morale qu^à Tétat normal.

La dilatation de Firis que M. Richet considère comme constante dans la douleur physique ne Test donc peut-être pas dans la douleur morale.

La coloration de la joie est très nellement opposée à celle de la tristesse passive.

En général, les joues et le visage tout entiers sont roses ou rouges ; le reste du cor])s prend la teinte foncée des chairs hien nourries, et ces colorations plus ou moins intenses proviennent évidemment de la vaso-dilalalion active ou passive des vaisseaux, et de la circulation phis active que nous avons constatée sur la périphérie. Le sang- ne stagne pas dans les tissus qu'il haigne, il n'y brûle pas tout son oxygène, reste riche en oxvhémoglobine, et garde sa couleur rutilante.

J'ai constaté plusieurs ibis, en particulier chez Marie, que les cheveux sont plus luisants dans la joie qu'à l'état normal, sans doute à cause de la nutrition meilleure et de la sécrétion plus abondante du sébum ; mais je n'affirmerais pas que ce l'ait doive toujours recevoir une explication physiologique. Marie en effet prend, à l'élat d'excitation, des soins de coquetterie très marqués, et s'encrasse les cheveux a^ec n'iml)orlc (juoi sous prétexte de se « pommader ».

Les yeux sont aussi brillants dans la joie qu'ils sont ternes dans la tristesse et pour des raisons o])posées.

Tout d'abord la sécrétion lacrymale plus active est suffisante pour humecter le globe oculaire et insuffisante pour l'obscurcir. Puis la capsule membraneuse, plus pleine et plus tendue pendant la joie, les muscles des joues relevés et contractés, exercent sur le globe oculaire une pression qui augmente la tension du contenu liquide.

Enfin la circulation plus rapide alimente ce contenu, le renouvelle sans cesse, et en empêche la concentration.

Mais ici, comme dans la tristesse, le jeu des paupières entre pour beaucoup dans l'éclat du regard. Elles no retom-

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heiil [vd^, elles se coiilraclenl pour nielUe en .saillie la curnée transparente plus tendue, plus éclairée et plus brillante.

Quant à la pupille je m'étonne qu'on ait ])u |)rélenclre qu'elle était dilatée par la joie'.

Lange admet avec raison qu'elle est rétrécie au conlrairo, et j'ai piesque toujours constaté ce rétrécissement, non seulement chez les paralytiques généraux mégalomanes mais chez tous mes joyeux. — La pupille de Marie joyeuse présente, pour un même éclairage, une diminution d'au moins deux millimètres de diamètre pendant la joie.

Ce fait est d'ailleurs très explicable par l'action bien connue du sang oxygéné sur les centres constricteurs de la piq)ilie. « La congestion ou l'excitation de lencéphale, dit à ce sujet M. ]\\chet, entraînent le rétrécissement delà puj)ille. Dans les affections inflammatoires du cerveau et chaque lois que l'oxygène est en grande quantité dans le sang, la ])upille est rétrécie^ ».

Or, nous avons tout lieu de croire d*aj)rès notre étude physiologique de la joie f|ue le sang très oxygéné afllue dans l'encéphale.

Il résulte de ce rétrécissement que le l'ond toujours noir (]c Vœ\\ disparail plus ou moins derrière Tiris, et connue l'iris est, suivant les sujets, di\ersement coloré, le regaid peut paraître alors plus individuel et plus expressif.

Je n'ignore [)as que la dilatation de la |)npille passe d'ordinaire pour faire ressortir l'éclat des yeux sur le fond noii" de la rétine; c'est même pour Cftte raison que les demi-mondaines demandent à l'usage de l'atropine des dilatations passagères ; ni.iix dans la joie, celte cause d'éclat doit élic éli minée et. bii^n (pie la dilatation se produise dans la tristesse, elle est trop faihh^ alors et les y(ui\ trop ternes pour (pi'elle en puisse faire ressortir ICclat.

Pour étudier la tenq)éiature de la peau chez mes sujets, j'ai fait (^onstruire un therniomèti'e à base laige et vei'miculair(\ (pii put >e nielire vite à la IcnqxMature (l(^ la peau.

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