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La troisième invasion

orsqu'en 1840 on construisait les fortifications de Paris, on ne se doutait pas qu'un jour viendrait où Tartillerie perfectionnée pourrait porter à plus de 8 kilomètres des obus de 100 kilogrammes. On s'était donc appliqué à maintenir les forts à une faible distance de Fenceinte bastionnée — 1,900 à 2,800 mètres, — afin que les deux lignes pussent rester en contact, et Ton avait cru pouvoir, sans imprudence, négliger des hauteurs, comme celles de Stains et de Montmagny au nord, d'Avron à Test, de Châtillon au sud. Et en effet, avec ses quinze forts, ses six redoutes et ses quatre-vingt-quatorze fronts bastionnés qui lui

constituaient une ceinture de 84 kilomètres, Paris avait pu se croire imprenable.

Mais les choses avaient bien changé depuis quelques années. De tous les côtés à peu près, sauf à Touest, les forts sont dominés par des hauteurs suffisamment rapprochées pour que les canons Krupp puissent diriger sur eux un tir efficace. Ceux du sud sont particulièrement menacés , et on Ta bien vu pendant le siège, puisque des hauteurs de Châtillon les batteries prussiennes ont pu envoyer des obus presque jusqu'au centre de la ville.

Si donc les ennemis n'ont pas détruit ces forts, c'est que, se croyant sûrs de nous prendre par la famine, ils ne se souciaient pas d'engager une lutte de vive force , qui aurait pu avoir pour effet de contraindre le gouverneur de Paris à agir sérieusement , en l'obligeant à utiliser la puissance des moyens d'action qu'il avait entre les mains.

Ce qui est plus étrange, c'est le peu d'efforts que fit la défense pour s'assurer la possession d'un certain nombre de points qu'il était souverainement imprudent de laisser à l'ennemi tant qu'on pouvait les lui disputer. Or rien n'était plus urgent que de fortifier, avant l'arrivée des Allemands, le parc Saint-Cloud, la butte Pinçon, Montretout, le château de Meudon, les hauteurs de Sèvres, Gennevilliers , Châtillon , le Port-à-l' Anglais, les Hautes-Bruyères, le Moulin- Saquet , le plateau d' Avron ; et, il faut ajouter, rien n'était plus facile, pourvu qu'on voulût employer des travailleurs qu'on aurait bien su trouver, si on leur

eût fait un appel sérieux. Une foule de gens ne demandaient pas mieux que de prendre la pelle et la pioche. En deux semaines bien employées on aurait pu remuer beaucoup de terre, construire des redoutes et les relier avec de solides ouvrages, qui auraient forcé Tennemi à reculer ses lignes d'investissement et rendu la défense plus facile tovU en aggravant les difficultés de Tattaque. Mais pour cela il aurait fallu renoncer à Tidée au moins singulière, en pareille circonstance, de faire de grands forts à deux étages. Malheureusement c'était contraire à la tradition, et l'exemple du siège de Sébastopol et de la guerre de sécession américaine ne suffit pas pour décider la Direction du génie à rompre avec ses habitudes. Elle ne se résigna à laisser là ses pierres de taille et à commencer des ouvrages de campagne que quand il ne restait plus même le temps nécessaire pour les achever. Le plan de la redoute de Châtillon, la plus importante de toutes, était d'ailleurs si mal conçu que, même si l'on avait pu la terminer, elle n'eût été d'aucune utilité.

L'armement des forts et de l'enceinte avait été poussé avec plus d'activité , grâce au concours de MM. Lalanne et Krantz, ingénieurs des ponts et chaussées. Le 3 septembre, les forts avaient en batterie 7o3 pièces, y compris les 228 gros canons de marine, et contenaient 685, 000 kilogrammes de poudre , 652,000 obus, 283,000 boulets pleins, 3 millions de boîtes à mitraille, 6,600,000 cartouches chassepot et 400,000 sacs à terre.

Il y avait en outre à Paris 34 millions de cartouches modèle 1866; la fabrication quotidienne, qui était de i3o,ooo, devait prochainement s'élever à 25o,ooo.Les cartouches pour fusils à tabatière étaient au nombre de 32 millions. Aux 1,700,000 kilogrammes de poudre qui étaient emmagasinés dans Paris et dans les forts, allaient bientôt s'en ajouter 3 millions, qui arrivaient par les chemins de fer. Dès ce ûioment les pièces de marine avaient chacune 200 coups; les autres, 3oo. On disposait d'environ 200,000 chassepots et de 3oo,ooo fusils de modèles divers.

L'artillerie de campagne, d'abord très-mal fournie, finit, grâce à l'initiative et à l'activité intelligentes du ministre des travaux publics Dorian, par comprendre i33 batteries ou 798 canons.

Cette question des canons est une de celles qui ont le plus vivement passionné l'opinion publique. C'est là qu'on put voir dans toute leur splendeur les effets de la routine sur nos administrations officielles. Les comités d'armement, le corps du génie militaire^ . habitués à la réglementation, étaient convaincus qu'il n'y avait rien à faire , du moment que, pour fondre des canons, on n'avait ni les ouvriers ni les emplacements ni les instruments ni la matière réglementaires.

La lutte qu'eut à soutenir à ce sujet M. Dorian contre le formalisme bureaucratique est un des épisodes les plus tristes et les plus instructifs du siège, et le souvenir de l'énergie qu'il déploya dans

cette circonstance restera pour son nom un éternel honneur ' .

On construisit un chemin de fer circulaire autour de Tenceinte sur la route militaire. Des wagons blindés et armés de canons de 14 et 16 centimètres, que remorquaient des locomobiles à l'épreuve des

I. La force d'inertie, et l'on peut dire la mauvaise volonté des comités officiels, dépasse tout ce que Ton pourrait imaginer. Ils étaient tous convaincus que la défense était impossible et qu'il n'v avait rien à faire. Aussi ne faisaient-ils rien. C'est cet entêtement dans l'inertie qui a fini par faire croire à la population qu'elle était trahie. La déposition de M. le capitaine Farcy devant la Commission d'enquête parlementaire sur les actes du gouvernement de la Défense nationale est pleine de renseignements à cet égard. En voici le résumé :

Les comités avaient reconnu que ses canonnières pouvaient seules rendre de véritables services. Ils refusent d'en construire.

— Les canons de marine qu'on avait fait venir étaient, sauf une trentaine, d'anciennes pièces dé 3o. Il a fallu un ordre formel* de Dorian pour forcer le comité d'artillerie à employer 8 canons de 1 9 centimètres oubliés dans la gare de Bercy. A Cherbourg et dans les autres ports, on avait beaucoup de pièces de 24 centimètres , qui sont les meilleures, ayant une portée de 8,000 mètres; on ne les a pas fait venir. — Au polygone de Vincennes, il y avait 2 canons de 24 centimètres. Aux réclamations de M. Farcy on oppose toute espèce de mauvaises raisons; on

*insère même des mensonges à V Officiel. Après une longue lutte, Dorian fait prendre les pièces et les envoie au Mont-Valérien. Mais de tout cela est résulté qu'elles n'ont été employées qu'à la fin de décembre. — M. Farcy avait inventé un affût qui augmentait de plusieurs milliers de mètres la portée de ses pièces ; il ne peut pas obtenir qu'on lui en fabrique, et on finit par l'envoyer aux avant-postes pour se débarrasser de ses réclamations.

— Lorsqu'on veut essayer de fabriquer des canons à Paris, le comité d'artillerie s'y oppose par tous les moyens possibles. —

— Il y avait à Saint-Thomas d'Aquin une pièce de 24 ou 25 centimètres; on refuse de s'en servir. — On ne veut pas défendre la banlieue, et on empêche les habitants de la banlieue de se défendre. — Pour les travaux de terrassement, les entrepreneurs, exploitant le patriotisme des ouvriers, diminuaient de

canons de campagne, furent construits pour concourir aux sorties.

Douze observatoires, élevés en dedans de l'enceinte, permirent de suivre les mouvements et les travaux de Tennemi. Des cartes, dressées en conséquence , fournirent aux canonniers des points de repère fixes. On relia par des fils télégraphiques les forts et les casernes au quartier général du gouverneur. Pour rendre impossible toute surprise de Tennemi, les forts et plus tard Fenceinte furent pourvus d'appareils électriques.

Nous avons dit que 100,000 gardes mobiles de province avaient été appelés à Paris. Ce fut une des

o,5o c. le salaire qu'ils leur avaient promis. Ceux-ci à la fin s'en allaient. Ceci a été constaté à Brimborion. A Sèvres, on ne travaille pas davantage, le général d'artillerie ayant déclaré qu'il ne faut pas d'ouvrages extérieurs. A Montretout on ne fait rien faute de tréteaux et de planches. M. Farcy démontre que rien n'est plus facile que de s'en passer et qu'on peut, si l'on veut, faire travailler 10,000 hommes. L'officier chargé des travaux répond : a Vous avez raison; mais si j'en parle au colonel, il m'enverra promener. )> — Les généraux ne veulent pas qu'on touche à leurs pièces, quelque inutiles qu'elles soient là où ils les ont mises. « Chaque fois qu'on voulait faire quelque chose, dit M. Farcy, on se heurtait à des rivalités. On ne donnait pas d'ordre précisément pour ne pas blesser les susceptibilités. J'appelle ce gouvernement le Gouvernement de la camaraderie. Il n'y avait réellement pas de commandement général, c'est-àdire qu'il ne se faisait pas sentir. )> — Les ordres donnés ne sont pas exécutés. M. Trochu avait commandé de fabriquer 5oo obus pour la canonnière Farcy. On ne les a jamais faits, le comité d'artillerie ne voulant pas. — Du reste, les officiers supérieurs ne se gênaient pas pour dire devant leurs soldats que c'était folie que de vouloir soutenir un siège. — Cette déposition fait bien comprendre les défiances et les colères croissantes de la population de Paris.

tantes qui pesèrent le plus lourdement sur la suite de la i;uerre. Elle eut pour conséquence de gêner singulièrement l'organisation de la défense dans les départements et par suite de retarder la formation des armées de secours, que cependant on déclarait absolument nécessaires à la délivrance de Paris ; en même temps, ce qui fut non moins grave, cette mesure permit au gouvernement de laisser sans emploi la garde nationale, qui ne demandait qu'à agir, et dont le patriotisme s'indignait de l'inaction démoralisante à laquelle on la condamnait. Sans cet appel des 100,000 gardes mobiles , la population valide de Paris aurait pu recevoir des armes à tir rapide, et les généraux, malgré leur répugnance, auraient bien été forcés de l'occuper autrement qu'à la surveillance illusoire de l'enceinte. Les mobiles en arrivant n'étaient ni plus exercés ni mieux organisés que les gardes nationaux de Paris. De ceux-ci on aurait pu faire des soldats tout aussi bien que des premiers.

Mais on ne le voulait pas. Les généraux de l'Empire, dressés à considérer les Parisiens comme d'incorrigibles révolutionnaires, tenaient avant tout à les annihiler. Incapables de s'élever à la hauteur du patriotisme de cette population ardente et prête à tous les sacrifices , ils voulaient pouvoir la tenir dédaigneusement à l'écart , sans comprendre que le vrai et seul moyen de conjurer les agitations qu'ils redoutaient était précisément de prendre au sérieux cette force qui s'offrait , d'en faire une armée disciplinée et de l'associer énergiquement à la défense.

lo LA TROISIEME INVASION.

Au commencement du siège, la population pleine de coniiance et d'élan était tout entière dans la main du gouvernement. Elle s'abandonnait à lui sans arrièrepensée. (( Au début, dit M. Daru dans son rapport à la Commission d'enquête, le patriotisme est le plus fort, la ville est un camp, le salut de la patrie est la • passion de tous. Oh ! alors, il faut le dire hautement, il faut rendre hommage aux vertus qui furent déployées par la grande majorité de la population. Nul jugement sévère ne doit en ternir Thonneur. Si nos douleurs ont depuis été grandes, notre joie est sans mélange quand nous pouvons déclarer que les neuf dixièmes de la population de Paris, unis alors et réconciliés par le sentiment d'un grand devoir à remplir, ont, sans hésitation, sans faiblesse, avec un courage et une constance qui ne se sont pas un seul instant démentis, rempli ce devoir tout entier, portant fièrement le drapeau de la France et représentant noblement ce pays malheureux , dont les tronçons ensanglantés cherchaient ailleurs à se rejoindre. Paris presque entier a accepté les fatigues, les privations , la faim, le froid , la misère sans un murmure. Il a supporté avec une résignation qui approchait de l'héroïsme trente jours de bombardement effroyable et cent trente-cinq jours de siège. La fermeté des cœurs n'a pas été un seul instant ébranlée.

(( Rien n'est plus grand, rien n'est plus touchant qu'un pareil spectacle, si ce n'est la simplicité avec laquelle hommes et femmes l'ont donné et ont enduré ces rudes épreuves. Les femmes surtout ont été

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admirables de patience, de résignation, de courage. Elles ont montré que les vertus de notre nation peuvent revivre à Theure des soutfrances. Leur charité ingénieuse savait multiplier les secours. Jamais Tesprit de solidarité, né du malheur commun, n'a éclaté en traits plus beaux et n'a plus étroitement confondu toutes les conditions, toutes les infortunes. A côté d'une minorité cherchant à exploiter les passions à son profit, la grande majorité de la population s'est montrée dévouée et prête à rendre avec empressement les services qu'on lui demandait.

(( La police avait été supprimée ; les sergents de ville, menacés, poursuivis, traqués dans les faubourgs, avaient été envoyés aux avant-postes , où ils se conduisaient comme de bons et braves soldats. Les gardes nationaux avaient été chargés du service de sûreté. Tant que le canon gronda autour des remparts, ils firent de leur mieux pour maintenir l'ordre, et ils y réussirent au moins en partie. Plus tard ils se laissèrent entraîner. Ce fut surtout après la lutte, après les revers, après les déceptions, après la capitulation, que les dispositions des esprits changèrent et que la garde nationale, au lieu d'apaiser le trouble, le facilita et s'y mêla \ » - ■

Ce témoignage d'un homme qu'on ne soupçonnera pas de partialité pour la garde nationale de Paris dit assez ce qu'on en aurait pu faire, si l'on

I . Enquête parlementaire sur les actes du gouvernement de la Défense nationale. Rapport de M. le comte Daru, pages

avait voulu. Le gouvernement, par une aberration qu'on ne saurait trop déplorer, ne sut pas le comprendre, et, sans se rendre compte de la différence radicale des situations, il persista à Tégard de la population de Paris dans le système de défiance qui avait sa raison d'être sous un gouvernement né du parjure et de la trahison, mais qui ne s'expliquait plus dans les circonstances présentes.

C'est à cette défiance inintelligente que nous devons certainement la plus grande partie de nos malheurs. C'est grâce à elle que M. Trochu a immobilisé dans Paris une armée deux fois plus nombreuse que celle des assiégeants, ce qui ne s'était jamais vu avant lui, et cette inertie coupable a eu pour conséquence, non-seulement de livrer la capitale et par suite la France à l'ennemi, mais de faire naître dans le cœur des Parisiens ces sentiments de colère et d'humiliation qui devaient exercer une si terrible influence sur les événements de 1 87 1 .

Cette défiance s'est manifestée encore autrement que par l'inaction où l'on a laissé la garde nationale. Le gouvernement était absolument convaincu que la population de Paris était trop attachée à ses jouissances et à ses habitudes pour supporter un siège de deux mois. A quoi bon dès lors prévoir au delà? On avait bien pour deux mois de vivres, c'était assez. Par conséquent il était inutile, non-seulement de travailler à augmenter l'approvisionnement, mais même d'en faire l'inventaire et le classement; c'est pour cette raison qu'on ne s'occupa du rationnement

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que quand on était presque à bout de ressources.

D'ailleurs, le gouverneur n'avait pas à sa disposition les intendants, les administrateurs, le personnel réglementaires, et il admettait difficilement que de simples commerçants pussent mettre de Tordre dans un service militaire.

L'exemple de Dorian ne put lui ouvrir les yeux. Cet homme, qui n'était pourtant qu'un manufacturier, prouvait tous les jours qu'avec de l'activité, de Ténergie, de la bonne volonté, on pouvait avoir raison des impossibilités alléguées par les comités de la guerre. Mais le général Trochu était trop profondément pénétré de l'infériorité absolue, constitutionnelle, irrémédiable de l'élément civil, pour que ces démonstrations pussent altérer sa foi bretonne dans la compétence exclusive des administrateurs des intendances.

On ne dressa donc aucun inventaire, et on laissa marcher les choses au hasard. Des états d'existence régulièrement dressés auraient permis d'établir dès le commencement un rationnement qui eût pu prolonger la résistance de plusieurs semaines ; les gouvernements de Paris et de Tours, sachant au juste de quel temps ils disposaient, auraient pu calculer, combiner leurs mouvements et dresser leurs plans en conséquence. Qui oserait affirmer que ces fautes, — l'appel des mobiles à Paris, la défiance de la garde nationale et l'absence de rationnement, — n'ont pas exercé sur le résultat final de la guerre une influence désastreuse ?

Nous ne dirons qu'un mot d'une autre faute qui

fut commise par le gouvernement de la Défense, mais dont la responsabilité remonte surtout à l'Empire. Dans l'organisation de la garde mobile, les ministres de Napoléon III n'avaient vu , comme partout, qu'une question d'intérêt politique. Pour être nommé officier dans cette garde , il suffisait , non pas de savoir commander, mais d'être dévoué à la dynastie. Il en résultait que la garde mobile de Paris, presque uniquement composée de républicains, avait pour chefs des hommes dont le seul titre était d'être hostiles à la République. Ce; désaccord rendait la discipline impossible ; il fallait de toute nécessité remédier à ce danger et remplacer par d'autres noms les noms trop compromis. L'élection des chefs par les soldats n'était peut-être pas le meilleur moyen de rétablir la discipline, surtout parmi de jeunes troupes exaltées par les circonstances ; mais cela était incontestablement plus raisonnable que de prétendre faire un tout harmonieux par la juxtaposition forcée de deux éléments absolument inconciliables.

On sait que l'Empire n'avait laissé subsister que 60 bataillons de la garde nationale, recrutés dans lès quartiers riches et supposés bien pensants. On décida de leur en adjoindre 60 autres, dont l'effectif devait être de i,5oo hommes. Mais à ce moment tout Parisien voulait être soldat, croyant qu'on allait réellement combattre les Prussiens. Tous les hommes valides se précipitèrent aux mairies pour réclamer des armes , et ce flot débordant du patriotisme emporta toutes les combinaisons du gouvernement.

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En somme, le nombre des bataillons de la garde nationale s'éleva progressivement à 266. Mais les effectifs furent très-mal équilibrés. Certains bataillons ne dépassaient pas 35o à 400 hommes, tandis que d'autres en avaient plus de 2, 5 00.

Cette précipitation et ce manque d'uniformité entraînèrent bien des inconvénients au point de vue de Tarmement et de la comptabilité ; mais le plus grand mal vint de Tapplication de la loi votée par le Corps législatif dans le courant du mois d'août, et d'après laquelle les anciens militaires pouvaient seuls être élus officiers. Il en résulta qu'on ne trouva plus d'instructeurs, et que beaucoup d'hommes instruits, énergiques , intelligents , capables d'exercer une influence qui aurait pu agir sur les conseils du gouvernement, durent s'effacer devant des officiers dont le seul titre était d'avoir été sergents, caporaux ou même simples soldats dans les armées impériales, et dont un certain nombre en avaient rapporté des habitudes peu favorables au prestige du commandement.

Malgré cela, la garde nationale déploya un zèle et une ardeur auxquelles les rapporteurs de la commission d'enquête parlementaire nationale sur les actes du gouvernement du 4 Septembre ont rendu justice. « A mesure qu'elles se formaient , dit M. Chaper, les compagnies s'empressaient de s'exercer. Du matin au soir, sur les places et les promenades, ces troupes improvisées s'exerçaient par la chaleur, par la pluie, par le froid. » M. Daru dit de

son côté : (c La garde nationale était pleine d'entrain et de bonne volonté; les places, les avenues, les boulevards étaient couverts de citoyens qui s'exerçaient au maniement des armes et aux manœuvres militaires ; une sorte d'émulation patriotique s'était emparée de tous. » Cette activité toute spontanée formait un pénible contraste avec l'inaction dans laquelle on laissait se morfondre les mobiles et les recrues nouvellement enrégimentées.

Ce fut seulement le 9 novembre, cinquante jours après l'arrivée des Prussiens sous les murs de Paris, qu'on songea à former des bataillons de guerre. Un décret du gouvernement décida que « chaque bataillon fournirait quatre compagnies actives, complétées par les catégories ci-dessous , en suivant l'ordre des catégories, et en ne prenant dans chacune d'elles que quand la catégorie précédente aurait été épuisée : .

1° Volontaires de tout âge ;

2° Célibataires ou veufs sans enfants, de 20 à 35 ans ;

3° Célibataires ou veufs sans enfants, de 35 à 45 ans ;

4" Hommes mariés ou pères de famille de 20 à 35 ans. »

(( 11 état été bien plus raisonnable d'appeler au service actif, comme l'exigeait la loi du 10 août, tous les hommes de 25 à 35 ans. Malgré toutes les réclamations, le gouvernement s'entêta dans l'application de son décret, qui ne tenait aucun compte de

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