‹ La Troisime béatitudeChapitre 21 sur 91 · l'rov., IV · texte numérisé non relu

l'rov., IV

bientôt il s'éloigne, il s'en va à des sollicitudes

qui ne sont point les vôtres, à des joies qui ne

sont pas vos joies, à d'autres affections qu'il

trahira encore. Et seules en vos sentiers déserts.

tandis que les ombres descendent sur votre tête

inclinée dans la douleur, vous êtes comme le

voyageur isolé qui se parle à lui-même pour

tromper la longueur du chemin et les terreurs de

la nuit.

Mais, dites-moi. est-ce que Jésus-Christ ne

vous comprend pas ? Est-ce qu'il ne sait pas ce

qu'il y a de trésors cachés, d'aspirations élevées,

de forces perdues, de déceptions cruelles dans ce

cœur qu'il a fait de ses mains divines et dans

lequel il a mis une étincelle de son amour infini ?

Est-ce qu'il ne vous comprendra pas, celui qui

entend le concert des mondes dans l'immensité

de l'espace et dont le regard s'abaisse sur la petite

fleur des champs, celui qui prête l'oreille à la

prière de l'enfant dans son berceau comme aux

10() UlATIilKMK CONFÉRENCK

hommages de la science et aux affirmations du génie ? Quoi, il ne vous comprendrait pas, ce Dieu qui a dit cette parole si consolante et si douce : « L'homme ne voit que ce qui est apparent, mais le Seigneur regarde le cœur ' ! » En vous surtout, une fois encore, c'est le cœur qu'il faut regarder, et je le dis à votre gloire.

Vous êtes seules parce que vous subissez les séparations inévitables, parce que la mort fait autour de vous des vides de plus en plus douloureux. Mais que peuvent les séparations et la mort si vous vous attachez de toute l'ardeur de votre amour à Notre Seigneur Jésus- Christ ? Dieu est bon,' puissant, infini, il est partout ; il est près de vous lorsque vous le croyez éloigné pour toujours ; il est là dans ces lumières qui tout à coup illuminent vos âmes, dans ces ardeurs inespérées qui

1. Homo enim videt qun^ parent, Domimia milom intuetitr cor. (I. llcft;., XVI, 7.)

les font tressaillir, dans ces élans généreux qui les entraînent, il est dans vos tristesses pour les consoler et il veut que vous vous donniez tout à lui. N'avez-vous jamais senti que Dieu était près de vous, en vous, que vous le possédiez et que votre cœur battait sur son Cœur divin ? Avezvous oublié les joies célestes du jour où pour la première fois vous l'avez reçu sous les voiles eucharistiques, dans la certitude de votre foi et les visions de votre innocence ? Plus tard, après avoir oublié et méconnu Jésus-Christ, après avoir comme les disciples d'Emmaiis, laissé pénétrer dans votre âme les ombres du doute et le souffle glacé de l'indifférence, un jour, tout à coup, au détour de votre chemin, tandis que vous fuyiez l'assemblée des disciples fidèles, peut-être au soir attristé d'une fête, penchée avec anxiété sur un berceau, pleurant sur un cercueil où vous aviez enseveli toutes vos espérances, tout à coup vous avez reconnu Jésus-Christ. Il était là. depuis

longtemps il vous parlait et il marchait près de vous. Alors, conduite par sa main miséricordieuse, à cette table divine que vous aviez oubliée, vous avez retrouvé le Dieu de votre enfance et de votre première communion, vous l'avez retrouvé pour ne le perdre jamais.

Vous êtes seule parce que les Times qui vous entourent de plus près n'ont pas éprouvé comme vous ces tristesses, ces angoisses de la solitude. Mais ces tristesses, ces angoisses, Jésus-Christ les connaît. Voyez-le aux premières heures de sa Passion, seul au jardin de Gethsémani. La nature humaine, dont il a voulu prendre les faiblesses, recule épouvantée devant le supplice qui s'approche, devant ces flots de sang inutilement versés pour tant d'âmes oublieuses et ingrates. De tous les siècles qui passent devant le regard de sa prescience divine, il entend les blasphèmes qui montent jusqu'à lui. Il voit les trahisons qui se multiplient, les profanations sacrilèges qui le i)onrsuivcnt

jusque dans le sacrement de son amour. Il veut une consolation : trois fois il va vers ses disciples les plus aimés, il les trouve endormis et ses reproches ne peuvent les émouvoir. Alors, seul, brisé par la douleur, couvert d'une sueur de sang, il s'écrie : « Mon père, que ce calice passe loin de moi ', » et un ange vient pour le fortifier et le consoler.

Jésus-Christ a connu l'abandon à l'heure dernière de son sacrifice. Les Apôtres ont fui ; les Pharisiens passent devant sa croix et insultent à son agonie ; la foule lui jette encore Toutrage ; les bourreaux fatigués se sont partagé ses vêtements; saint Jean Ta suivi de loin et ne peut rien pour lui ; Madeleine s'est affaissée dans sa douleur ; Marie seule est debout, silencieuse dans son impuissance et dans les angoisses de son amour.

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