‹ La trompette de la métempsycose universitaire [microforme]Chapitre 2 sur 7 · POUR MÉMOIRE PERPÉTUELLE · texte numérisé non relu

POUR MÉMOIRE PERPÉTUELLE

Depuis longtemps déjà cette partie de la confédération canadienne qu’on désigne sous le nom de Canada français, a attiré l'attention et la sollicitude des Pontifes Romains, à cette fin que le catholicisme y fleurisse pour l'avantage des particuliers aussi bien que pour la prospérité commune,

En effet à peine les émigrations parties de l'Europe devenaient-elles plus nombreuses pour faire briller dans ces régions la lumière de la civilisation, que Clément X établissait à Québec un Siège Episcopal,

qui est devenu comme le père de tous ces diocèses fondés depuis surles territoires découverts par les colons français dans l'Amérique du Nord.

Dans la suite, Pie VII, l'an 19 de -ce siècle, attribua à ce 'siège lé nom ét la dignité d'Archevêché ; et Grégoire XVI, vingt éinq ans-plus. tard, lui accorda une juridiction convenable en constituant la Province ecclésiastique de Québec.

Enfin, Nous-même avons voulu faire quelque chose de plus ; considérant le nombre croissant des fidèles. Nous avons cru qu’il était de l'intérêt du catholicisme de diviser cette province en deux et en consé-quence. Nous avons accordé au Siège de Ville-Marie de Montréal les. honneurs et les droits archiépiscopaux, et lui avons assigné, comme il: était juste, des sièges suffragants.

Là ne s'est point borné la sollicitude bienveillante du Siège Apostolique envers ce pays. En effet, aussitôt que les circonstances l'ont permis, il s’est appliqué à encouragér la saine et solide éducation des jeunes. gens. D'abord Pie IX, Notre prédécesseur de célèbre mémoire, favorisa, à la demande des Evêques de la Province de Québec, l'établissement dans cette ville d'une Université catholique. Puis, par ses Lettres. Apostohques, en date des Ides de Mai 1876, il accorda à cette Université tous les droits légitimes, voulut qu’elle eût pour patron le Cardinal Préfet PRO TEMPORE de la Sacrée Congrégation préposée à la l’ropagation du nom chrétien, et pour Chancelier l’Archevêque de Qriébec.. Par les mêmes lettres, il donna à cette institution (qu’on a appelée- LAvAL en souvenir du très digne Evêque de :ce nom) le pouvoir de con-férer le doctorat et les autres grades académiques dans chaque espèce d’études : puis les Evêques de la province ont été engagés et excités à. faire affilier leurs séminaire et colleges ; et à ces mêmes Prélats fut confié le soin de veiller êt de prendre garde à ce qtetién de contraire à la foi ou aux mœurs ne vint à se glisser dans l’enseignement ou la discipline de l’Université.

Dans la même année, pour permettre au loin la diffusion plus commode et plus complète de ka saine doctrine et en même temps pour rendre particulièrement honneur à l’illustre ville de Montréal, il plut à la Sacrée Congrégation de la Propagande (dont la décision fut approuvée par Notre Prédesseur) de -décerner qu'on établit à Montréal des. classes subsidiaires auxquelles, sous le nom de Swccursale présiderait l'Université Laval, Il fut donc décrété qu'on y donnerait le même enseignement que celui qui se donne aux élèves de Québec, à la condition toutefois que ces classes seraient soumises à la direction .du'Conseil Suprême par Jequel est administrée -et regie l'Université Lavalainsi qu’à la vigilence des Evêques du Baàs-Canada sous ka présidence de

l’'Archevêque de Québec. Enfin à l'Archevêque de Montréal fut confiée par Nous la fonction de Vice-Chancelier.

De tout cela il est résulté un avantage non médiocre pour la :corplète éducation des jeunes gens. Là, en effet, sont chargés des fonctions de l’enseignement des hommes très savants, dont plusieurs ont puisé leur science, soit dans l'Université Grégorienne, soit dans Notse Séminaire Romain. ou dans le Collège Urbain, et grâce à eux, l'étude des sciences y est florissante, en particulier celle de la Théologie-:et de la Philiosophie faite d'après la doctrine de St TaoMAs D'AQUIN, que nous avons eu tant à cœur de voir rétablie dans toutes les institutions et écoles catholiques. Toutefois, comme cela arrive dans les affaires humaines, de la divergence des aspirations et des sentiments sont :survenues des dissidences et des contestations. qui, si elles ne sont de.swte assoupies par l'autorité de ce St-Siège, peuvent finir par compromettre gravement la stabilité d’une si salutaire institution et faire craindre lévanouissement de tant de légitimes espérances. Plusieurs, en effet, se sont épris du désir d'avoir des Universités séparées ; et même.un certain nombre de jeunes gens, détournés de leurs études, ont commencé à se laissé entraîner à des aspirations différentes et des sd pnamis contradictoires. cl

Quoi qu’il en soit de ces discussions diverses, Nous constatons cepenavec plaisir que l’Université Laval est encore florissante et assez prospère à Québec ; et aussi que l’enseignement à Montréal est constitué de telle sorte que rien n’y manque pour la complète formation des. jeunes gens qui veulent se livrer à l'étude des sciences divines, où à celle du droit, de la médecine et des Arts.

Aussi pour cette raison Nous ne pouvons Nous dispenser de féliciter chaleureusement Nos Vénérables Frères les Archevêques et Evêques du Bas-Canada, ainsi que les autres ecclésiastiques comme aussi les fidèles laïcs, qui ont encouragé et embelli une œuvre si utile. par leur industrie ou par leurs richesses, et enfin tous ceux qui, dociles aux exhortations de ce Saint-Siège, ont fait afflier à cette Université leurs séminaires et leurs collèges, situés dans les limites de l’uneet-de l'autre province. Car il résulte de là qu'il y a uniformité dans l'enseignement et la formation de toute la jeunesse et par suite que l’on ccasolide «et que l’on resserre de plus en plus les liens qui unissent ste les. fidèles de tout le pays.

Comme de Notre côté rien ne Nous est plus à cœur que dé voir de jour en:jour se consolider davantage cette union desesprits, et comme: en conséquence c’est Notre désir de ‘voir s’affermir :cette Université qui, pour procurer ce résultat, a tant de force.et d’efficacité.. Nous exhortons avant tout encore et encore Nos Vénérables Frères des Evêques du Canada ‘français à «employer de zèle pastoral. qui. les dis.

tingue pour aider de leur vigilance l’Archevêque de Québec, afin que rien de nuisible à l'intégrité de la foi ou des mœurs ne puisse entacher ce magnifique domicile des sciences. De plus, tout ce qui a été fait, décidé, décrêté par ce Siège Apostolique ou sous son autorité concernant l’Université Laval, Nous le ratifions et le confirmons ; et surtout Nous déclarons qu'elle seule est reconnue et regardée par Nous comme l'Université Catholique du Bas-Canada, qu’elle est suffisante et suffsamment munie de tout ce qui lui est nécessaire pour pourvoir à la saine et complète éducation des jeunes gens et qu’enfin Nous ne souffrirons pas qu'aucune autre université catholique indépendante d'elle existe dans-ce pays avec la faculté de conférer les grades académiques.

Quant à la succursale établie à Montréal, nous voulons qu'elle soit conservée comme un autre siège de la même Universiié et qu'elle y tienne lieu de l'Université Laval exerçant son magistère à Montréal. Son Vice-Reoteur sera désigné par les Evêques de la Province de Montréal, qui de présenteront au Conseil Universitaire; et celui-ci ne pourra le refuser que pour des raisons approuvées par les mêmes Evêques.

Le Conseil de l'Université Laval exercera ses droits soit au siège de Québec, soit au siège de Montréal conformément à ce qui est contenu dans la CHARTE ROYALE re/ativement à ce Conseil. Cependant, pour mieux pourvoir au maintien de la paix et de la concorde entre ce Couseil et ceux qui administrent la SUCCURSALE de Montréal. Nous réglons ce qui suit, persuadé que ce même Conseil en sera le fidèle observateur, vu son dévouement envers le Siège Apostolique.

Dans la SuccursALE de Montréal, les professeurs et les doyens seront choisis d'après le mode qui a été jusqu'ici en usage dans les diverses facultés et ils seront reconnus et acceptés par le dit Conseil, à moins que l’Archevêque de Montréal n'intervienne pour s'opposer à leur nomination. Une fois admis, ils pourront être revoqués de leur position par le Conseil, pourvu toutefois que les causes de leur démission soient approuvées par le même Archevêque.

Dans la faculté dite pes ARTS, qui s'occupe de l'étude des lettres, des sciences naturelles et des autres sciences appliquées aux différentes espèces d'industrie, on aura le droit et le pouvoir d'en choisir les professeurs, soit dans l’un ou l’autre clergé séculier et régulier, soit parmi les laïcs, suivant l'usage et les besoins.

Dans la confection des tableaux appelés PROGRAMMES, dans lesquels sont indiquées les matières servant aux épreuves de ceux qui se présentent pour le baccalauréat dans la faculté des Arts, Nous approuvons que l'on conserve l'excellente coutume qui a été en usage jusqu'à présent, c'est à-dire que, dans le siège de Montréal, ils soient soumis au consentement de ceux qui président au collèges affiliés. Conformément à cette coutume, ces programmes ne peuvent être modifiés, à

moins que la modification présentée ne soit agréée par les dhguen de ces collèges ou par ceux qui les remplacent.

Quant à la confection des autres programmes, le droit et le: soin en appartiendront aux docteurs de chacune des facultés qui enseignent et à Québec et à Montréal, conformément aux règles et prescriptions contenues dans les Statuts : ces programmes pareillement ne pourront être changés sans le consentement des docteurs des facultés respectives, ou de ceux qui auront le pouvoir d'agir en leur nom.

Maintenant, comme il existe à Montréal un Collège du nom: de Ste Marie, qui est régi par les religieux de la Société de Jésus et qui brille tant par l'excellence de son enseignement que par le nombre de ses élèves, Nous, pour ne pas déroger tout à fait au privilèges spéciaux qui ont été accordés depuis longtemps à cette même Société par le Siège Apostolique, Nous permettons volontiers à ses membres d’instituer eux-mêmes un examen de leurs élèves, et de donner à eeux qu'ils jugeront capables un certificat écnic déclarant qu'ils sont dignes des grades honorifiques qui sont conférés par l’Université Laval aux jeunes gens d'un mérite égal dans les collèges qui lui sont affiliés. Sur présentation de ce certificat, le Conseil qui régit l'Université délivrera le diplôme dont sont gratifiés les élèves de l’Université qui obtiennent le même grade.

Les Evêques des deux Provinces de Québec et de Montréal se réuniront tous les ans pour prendre connaissance de l'enseignement et de la discipline de l’Université, et ils détermineront d’un commun accord tout ce qui sera jugé nécessaire suivant le temps et les circonstances.

Nous avons la pleine confiance que, grâce à leur prudence, les moindres germes de désaccord qui se produiront seront immédiatement arrachés et que l’Université fleurira en méritant constamment de nouvelles louanges.

En outre, comme dès l'origine de cette salutaire institution, la très puissante Reine d'Angleterre l’a munie de son autorité et couverte de son patronage. Nous avons la certitude bien fondée que cette sure protection ne lui fera pas défaut à l'avenir, et c’est avec une confiance égale que Nous comptons pour la susdite institution sur la bienveillance et la sollicitude des hommes illustres qui président au gouvernement de la Confédération canadienne ainsi que de ceux 1e gouvernent la Province de Québec.

Mais par-dessus tout, c'est Notre persuasion que les catholiques du Canada, laissant de côté leurs dissensions et réunissant leurs forces, mettront constamment leurs soins à rendre de plus en plus stable cette belle Université de manière qu’elle ne rencontre de jour en jour que des circonstances plus prospères et plus favorables. ;

Pour l’heureuse réalisation de ces espérances, Nous statuons, ordon-

nôns et commandons ce qui est écrit ci-dessus, voulant que Nos présentes Lettres soient et demeurent stables, valides et efficaces, et qu'elles sortissent et produisent leurs effets pleins et entiers, qu’elles soiént un appui souverain en tout et pour tout à ceux qu’elles concernent: et ainsi qu’il a été dit devra t-il être jugé et défini par les juges quelconques, ordinaires et délégués, même par les auditeurs des causes dir Palais Apostolique, de tel sorte que, s’il arrive à quelqu'un, de quelqu'autorité qu’il jouissent, d’attenter sciemment ou par ignorance à ée qui est statué ci-dessus, son jugement soit nul et de nulle valeur. Nonobstant, autant qne de besoin, Notre Règle et celle de la Chancellerie Apostolique d£ JURE QUÆSITO NON TOLLENDO, nonobstant les Comstitutions et Ordonnances Apostoliques et autres quelconques à ce contraires, quand même il faudrait en faire mention spéciaie et individuelle.

Donné à Rome auprès de St-Pierre sous l'anneau du pêcheur le 2 février de l'année 1880, de notre Pontificat ia onzième.

Page 1