‹ La tuberculose chez les BretonsChapitre 28 sur 38 · RANT · texte numérisé non relu

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Pourquoi donc les Bretons émigrent-ils dans de telles Proportion es

C'est d'abord parce qu'ils subissent l'irrésistible attraction de la grande Ville où les salaires sont plus élevés, sans songer toutefois que la vie y coûte plus cher que dans leur pays. Connaissant de rares exemples de villageois comme eux qui sont partis sans ressources et que la fortune a favorisés, ils espèrent arriver au même résultat et ils abandonnent le sol natal pour tenter l'aventure. D'ailleurs, la difficulté des communications n’existe plus aujourd'hui.

On sait aussi que la Bretagne est une des provinces où l'accroissement de la population n'a pas subi un temps d'arrêt : les familles sont très nombreuses, principalement parmi les pauvres gens. On fréquente l'école tout juste pour obéir à la loi; mais il faut la quitter de bonne heure et entreprendre un travail pénible et peu rémunéré ! Ce ne sont pas les habitants de la côte qui émigrent : si rude qu'il soit, le métier de marin fait encore vivre ; celui qui l’a pris s'y attache et d’ailleurs, insouciant par nature, il compte son gain pour peu de chose. Ce sont les populations agricoles, car, dans certaines parties du moins, le sol se prête difficilement à la culture. D'autre part, les progrès industriels ont ruiné une quantité de petits métiers jadis très florissants. Alors, pour fuir la misère qui menace, on se précipite dans une autre bien pire : la misère des grandes villes.

Il y a encore une raison sérieuse pour expliquer l'émigration bretonne : c'est le service militaire obli-

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gatoire. Beaucoup de jeunes gens qui ont passé trois ans dans une ville ne veulent plus reprendre les ‘travaux des champs. Ils ont vu à la caserne des camarades qui ont fait miroiter à leurs yeux tous les avantages de la vie urbaine et qui les ont tournés en ridicule, parce qu'ils étaient des « paysans ». Leur convoitise s'allume ; l'ambition et l’amour-propre les poussent. Quant ils retournent dans leurs foyers, la vie champêtre leur semble dure et monotone ; à la première occasion, ils désertent définitivement le pays natal ou bien, sans l'attendre, ils partent vers Paris où ils ne tarderont pas à connaître toutes les angoisses de la misère, de la faim et de la maladie.

Évidemment, la Bretagne n'est pas la seule province qui envoie des émigrés à Paris; les Auvergnats, par exemple, y sont plus nombreux encore et payent, eux aussi, leur tribut à la phtisie. Mais ce qui caractérise tristement les émigrés bretons et surtout ceux du Finistère et des Côtes-du-Nord, c'est leur manque absolu de résistance, c'est la facihté vraiment extra: ordinaire avec laquelle ils deviennent et meurent tuberculeux à Paris.

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