‹ La tuberculose de la glande thyroïdeChapitre 20 sur 21 · SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC

Nous ne ferons ici aucune description anatomique même sommaire de la région qui nous intéresse, et nous ne retiendrons que ceci : c’est un espace losangique, compris entre les deux sterno-cléïdo-mastoïdiens, se rejoignant à la fourchette sternale, et limité en haut par l'os hyoïde. C'est bien dans cet espace ainsi limité que nous rencontrons toutes Les lésions du corps thyroïde.

Cette glande semble être un milieu tres favorable au

développement de divers processus pathologiques tels que, goitre, cancer, sarcome; ou encore pour les différentes maladies inflammatoires et, notamment, pour la tuberculose dont l'étude fait l’objet de notre travail. Ondécrivait autrefois, sous le nom de goitre aigu, l’inflammation du corps thyroïde ; le terme {hyroïdite lui convient mieux. Cette inflammation se présente sous deux formes bien différentes : tantôt elle frappe une glande saine : c’est la thyroïdite proprement dite ; tantôt elle se développe dans une glande déjà modifiée par le goitre : ce que les auteurs allemands appellent srumite.

Il en est peut-être ainsi dans l’observation de Chiari, où, à part la dégénérescence colloïde, il y avait une notable hypertrophie de la glande thyroïde.

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Quoi qu’il en soit, il n’y aura pas lieu pour nous de distinguer ces deux modes d’évolution de l’inflammation, celle-ci produisant dans les deux cas les mêmes effets pathologiques, ce qui nous est d’ailleurs démontré par les deux observations de Chiari.

La thyroïdite se présente généralement (dans les cas prononcés), sous la forme d’une tumeur plus ou moins volumineuse et, au premier abord, on est souvent bien embarrassé de porter un diagnostic ; c’est ce qui arrive dans les cas où une fluctuation bien prononcée peut laisser croire à une adénome ou à un goitre kystique, ce dernier cas étant de beaucoup le plus fréquent.

Cette incertitude dans le diagnostic peut subsister jusqu’à l'intervention et cesser seulement soit à l’aspect extérieur de la tumeur dénudée, soit même a l’examen de son contenu.

Dans tous les cas, des que l’on à à examiner un malade que l’on soupçonne d’être atteint d’une tumeur de la région thyroïdienne, il faut chercher d’abord si la tumeur fait réellement partie de la glande thyroïde. Si la tumeur est thyroïdienre, elle suivra les mouvements de descente et d’ascension du larynx, peudant la déglutition. La simple constatation par la vue de ces mouvements ne permet pas toujours d’affirmer nettement qu'il s’agit d’une tumeur du corps thyroïde. Il existe, en effet, des cas où l'on ne voit pas bien ces mouvements provoqués de la tumeur. Il faut alors saisir la tumeur à pleins doigts et faire boire le malade : on sent ainsi très nettement les doigts entraînés par les mouvements du larynx. Dans deux de nos cas (obs. de M, Poncet et obs. de Schwartz) la simple vue a été suffisante pour porter le diagnostic.

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À la palpation, les tumeurs de ce genre sont ou solides ou fluctuentes. Par leur volume plus ou moins considérable, elles peuvent évidemment produire des désordres fonctionnels très divers, dont les plus fréquents sont : soit l'inégalité pupillaire (dans le cas où un seul lobe est atteint), par compression du grand sympathique; soit des troubles de la voix par compression du nerf récurrent. Ces deux phénomènes ont été constatés simultanément dans l’observation de Schwartz.

Il y a même des cas où ces troubles sont prononcés à un point tel que l’examen laryngoscopique fait découvrir une paralysie de la corde vocale du côté correspondant à la tumeur.

Mais, en général, ces troubles de la phonation se limitent à un simple enrouement.

Outre Les troubles précédents, 1l est logique, suivant le volume de la tumeur, de constater de la dyspnée, de la dysphagie, conséquences de la compression de la trachée ou de l’œsophage; les veines superficielles du cou sont gonflées, la face cyanosée, en même temps qu'il y a des vertiges et de la céphalalgie.

Mais tous ces symptômes peuvent être également attribuës à toute tumeur quelconque de la région. Il en existe heureusement d’autres qui peuvent nous mettre sur la voie du diagnostic: en premier lieu, la rénitence, bien que cette dernière puisse être aussi attribuée à un kyste; dans ce dernier cas, la marche et la ponction nous éclaireront; en outre, dans le kyste, à côté de parties liquides, on: rencontrera des parties solides.

Si la plupart du temps les tumeurs de la région ont le caractère d’un kyste, c’est que leur développement est

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également lent; et, pour savoir s’il s’agit d’un kyste suppuré, il y aura à se rappeler que, dans ce cas, les phénomèênes inflammatoires sont très intenses, qu’il y a des douleurs, violentes parfois. Dans la thyroïdite ou la tuberculose de la glande thyroïde, au contraire, les phénomènes ne se passent pas de même : la collection se développe à froid. C’est ce qui a eu lieu dans le cas du malade de M. le professeur Poncet, chez lequel la tumeur a évolué pendant trois mois, insensiblement, sans aucun trouble fonctionnel.

Là, le moyen le plus sûr pour porter un diagnostic définitif, c’est la ponction : l'aspect du pus et l’examen bactériologique suffiront pour nous éclairer; s’il s’agit d’une thyroïdite tuberculeuse, on trouve soit des bacilles spécifiques — ce qui peut manquer d’après Fraenkel, — soit d’autres éléments qui nous indiquerout la vraie nature tuberculeuse de la lésion (cellules géantes, ete.).

D'autre part, pour différencier une tumeur tuberculeuse d’un néoplasme, nous nous rappellerons la communication de M. le professeur Poncet au Congrès de chirurgie de Paris 1899. Les néoplasmes, — sarcomes ou épithéliomas, — s’accompagnent de douleurs extrêmement intenses, véritables névralgies de la tête et du cou, torturant le malade; puis, ces troubles hâtent l’affaiblissement du sujet; la peau ne s’ulcère que très rarement ; le myxædème n’existe pas, soit parce qu’il ny a pas de destruction physiologique, soit en raison de la marche rapide; nous tiendrons aussi un grand compte de l’âge du malade, de l’accroissement rapide du volume du cou, et de la cachexie particulièrement prompte et grave.

On pourrait quelquefois hésiter entre le diagnostic de

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D SQ tuberculose et d’actinomycose; cette dernière évolue beaucoup plus rapidement, cherche bientôt à se faire jour au dehors, et son pus est caractérisé par la présence des grains jaunes.

Quand au goitre, sa marche est plus lente, son aspect particulier et ses symptômes lui sont propres : myxœdème, exophtalmie, etc. Il est absolument indolore par luimême et ne peut devenir douloureux que par les phénomènes de compression.

Nous ne réserverons pas une grande place au traitement de la tuberculose de la glande thyroïde : il ne présente rien de bien particulier et participe à la fois de celui du goitre et de celui de la tuberculose; nous le résumerons donc ainsi : incision et drainage au point de vue chirurgical, et traitement médical général de la tuberculose.

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