CHAPITRE PREMIER GÉNÉRALITÉS
I. Hisrorique. — Les théories pathogéniques. — La tuberculose du tractus uvéal, manifestation primaire de l'infection bacillaire. — La tuberculose du tractus uvéal est toujours secondaire. — If. Les RECHERCHES EXPÉRIMENTALES. — Sa réalisation expérimentale par la voie sanguine, — Bibliographie.
I. HisroriQue. — Il est possible de faire remonter l’histoire de la tuberculose oculaire à GuenEau pe Mussy ; en 1837, ce médecin aurait constaté à l’autopsie d'une phti-
‘sique que la membrane rétinienne de l’œil était remplie
de granulations nombreuses dont la nature tubcrculeuse était la même que celle des granulations trouvées dans les autres viscères. De Gragre ‘ a publié en 1855 l'observation d'un œil de porc rempli par une tumeur tuberculeuse adhérente à la sclérotique dont il avait fait l'étude anatomique et microscopique et faisait remarquer qu’à sa connaissance, rien de semblable n'avait été vu chez l’homme.
H. LAGRANGE. — Tractus uyéal. i
La même année Jagcer apportait la première observation de tuberculose choroïdienne sur le vivant ; en 1858, Mawz * et Buscu” purent faire un diagnostic microscopique de ces lésions. Puis Boucnur‘ (1866), Srerren* (1870), FrœxkeL"® (1872) constatèrent la présence de tubercules dans les membranes profondes de l'œil, visibles à l’ophtalmoscope. Mais c’est CoxaEImM” qui apporta, à cette étude les premières précisions.
Quant à la tuberculose irido-ciliaire, son individualisation est de date plus récente. C’est GraneniGo "et Ricnerri, en 1869, qui ont publié le premier cas de tuberculose irienne. Son étude histologique est assez précise pour que l’on s'accorde à en reconnaître la légitimité. Depuis, les observations se sont accumulées ; en 1871 Émile Ber- THOLD* publia une observation comparable, en 1872 Pers” puis Sazrini , Manrrenr *, Weiss * apportèrent des its dt Veste ones devait s'enrichir rapidement de documents cliniques toujours plus probants. Pour ne eiter que les principaux, nous évoquerons le souvenir de ceux de AnGeLucer‘", Sazmesoux‘”, Haas, Rurer‘, Wozr‘, Mures”, Poncer”, Félix Lacrance *, Panas et Rocnox-DuviGneaup *”. Aujourd’hui, il ne pourrait être que fastidieux d’énumérer les observations de tuberculose oculaire indiscutables tant elles sont nombreuses.
Les conditions dans lesquelles se produit en pathologie humaine cette infection des membranes profondes de l’œil, ont de bonne heure soulevé des controverses. En 1890 pe WVecker en France, en 1891 Leser en Allemagne, en 1892 Fucus” en Autriche, émettent l'opinion que la tuberculose “oculaire AN est toujours secondaire. Pour pe Wecker, en effet, tout semble établir que l’infection oculaire est issue d’un autre point de l'organisme.
GÉNÉRALITÉS 3 Pariaup © crut devoir prendre po contre ces théories et Poncer, Remy”, Arexanper*, Dusarpin *”, Muzes,
SEconpt , Mac Harpy ”
, TERSON NAT , SALMEson, DenxtietRomBorort *, us bbortronte faits à l'appui deses propres observations. Celles-ci cependant, dont l’une a trait à un enfant qui mourut de tuberculose pulmonaire deux ans après avoir présenté un tubercule irien, dont une autre se rapporte à un horloger mort de méningite tuberculeuse deux ans après avoir été observé par Parinaup pour des tubercules de l'iris, n’entrainent plus la conviction. En revanche, Dexic * en 1885, dans un travail qui porte sur un nombre de faits d’une extrême abondance, paraissait avoir pu se convaincre de la plus grande fréquence des formes primitives de tuberculose oculaire. Pensant que la vérité pouvait être engendrée par la statistique, il apportait 38 cas de tuberculose oculaire localisée, sans antécédents bacillaires manifestes et leur opposait l'examen systématique de 60 cas de tuberculose pulmonaire, de 90 cas de tuberculose osseuse, de 20 cas de tuberculose ganglionnaire, de 20 autres cas de tuberculoses diverses, au cours desquels il n'avait pu réunir que 5 cas de métastase oculaire.
Ainsi s’est trouvée ouverte la discussion pathogénique. La tuberculose oculaire devait-elle être considérée comme primitive ou comme secondaire ? Les auteurs qui ont soutenu avec le plus de ténacité qu'elle est une maladie locale et qu'elle constitue une localisation primitive sont peutêtre ceux qui, en reconnaissant qu’elle n’est quelquefois que la métastase d’un autre foyer tuberculeux, ont apporté les meilleurs preuves cliniques de sa nature secondaire
On a proposé l'hypothèse conciliante que, dans quelques cas de tuberculose uvéale, en apparence primitive,
il est possible que l’infection ait, comme le pense Baun- GARTEN, une origine héréditaire, qu'elle ait été contractée in utero ; mais, à l'heure actuelle, il semble plus exact d'admettre avec Kuss que la tuberculose uvéale nest dans la plupart des cas que la conséquence d’un foyer profond (thoracique, intestinal) témoignant d’une infection acquise, mais ayant passé inaperçu. Enfin, la notion de l'origine métastatique admise, tout en réservant l'interprétation des cas auxquels s’attachaient Îles partisans de la théorie de l'infection locale primitive, LeBer émit l'opinion que la dissémination se faisait selon toute pro-
babilité par voie sanguine.
II. Les REGHERGHES EXPÉRIMENTALES. — C'est avec HzæxsELL ”, dès 1877, que s’ouvrit l'étude expérimentale de la tuberculose oculaire. Cet auteur est le premier à avoir reproduit la tuberculose uvéale en introduisant des produits tuberculeux dans la chambre antérieure de l'animal, mais c’est beaucoup plus tard que l’expérimentation vint confirmer l'hypothèse de Leser. Félix LAGRANGE *, sur une série de dix lapins auxquels il injecta dans la carotide primitive une émulsion de bacilles de Koch, put réaliser la tuberculisation dû tractus uvéal chez deux de ces animaux (1898). Ses recherches reprises par Sroak ‘’, puis Daezs ‘!, en particulier, dont nous analyserons les travaux, ont sur bien des points apporté des précisions telles qu'elles forment actuellement les éléments principaux de la doctrine pathogénique sur la question qui nous occupe.
Nous avons limité cette étude à la tuberculose du tractus uvéal parce que c’est à ce niveau que la maladie prend physionomie de localisation viscérale et parce qu'elle est cliniquement si différente des tuberculoses
externes qui atteignent l'organe de la vision ou ses annexes (conjonctive, paupières, appareil lacrymal, etc.) qu’elle mérite d’être envisagée isolément. Notre travail a pour base :
1° L'analyse dequelquesobservationsanatomo-cliniques de tuberculose oculaire ;
2° Quelques recherches expérimentales dont elle nous a suggéré les hypothèses.
BIBLIOGRAPHIE
. DE GrABFE. — Arch. d'Opht., 1855, Bd. Il. è
. MANZ. — Arch. f. Opht., IV,/2, p. 120, 1858.
. Busc. — Arch. f. Opht., \X, 3, p. 133.
. Boucuur (E.). — Cours public de clinique à l'hôpital des Enfants- Malades in Ophtalmoscopie médicale et cérébroscopie, p. 62 et suiv. C.R. du Congrès médical de Paris, p. 158.