CHAPITRE PREMIER
Les observations que nous avons pu étudier au point de vue clinique et dans leurs caractères anatomo-pathologiques constituent un ensemble de faits dont la commune particularité est de n'être en aucune manière comparables aux formes granuliques de la tuberculose. Si quelques-uns de nos malades portaient des signes évidents d’une infection grave, aucun d'entre eux ne présentait de troubles oculaires contemporains des accidents de septicémie bacillaire.
Nous nous sommes attaché à grouper les notions principales qui paraissent constituer la doctrine actuelle en matière de phtisiologie ; de leur exposé il nous paraît se dégager que la nature d’une lésion tuberculeuse est pour ainsi dire déterminée par l’état d'immunité dans lequel se trouve l’organisme, Les sujets non atteints par une infection tuberculeuse antérieure, qui n’ont pas réalisé cette vaccination par première infection dont M, le professeur Marran a, le premier, exposé le principe et concu le mécanisme, n’ont a prioriaucune raison de voir se cons-
tituer chez eux des lésions tuberculeuses du type de celles que nous avons pu grouper ici. Notre maître, M. le professeur DE LAPERSONNE, a souvent développé devant nous que ces lésions tuberculeuses des membranes profondes de l'œil survenaient sur un terrain déjà bacillaire de longue date, dont l'examen n’est complet qu'autant qu'on en a mis les stigmates en évidence. C'est aux effets de cette tuberculisation antérieure qu'il faut attribuer leurs particularités. |
Là, nous a paru résider le problème expérimental, que nous avons conçu en nous basant sur l'enseignement clinique de nos maîtres. Dans les quelques essais qui Suivent on trouvera d’abord le souci de vérifier la réalité de cette allergie, aspect de l’immunité propre à la tuberculose ; puis une série d'observations sur les lésions que peut réaliser l’inoculation du bacille sous la conjonctive quand elle est faite sur terrain allergique ou non. Ces recherches eurent, en particulier, pour sanction immédiate, de mieux nous informer sur l'interprétation qu'il faut donner à certaines lésions observées en clinique qui paraissent avant tout pariétales, mais qui s'accompagnent d'une réaction uvéale dont au premier abord on pourrait négliger l'importance majeure. Enfin, nous avons réuni ici quelques-uns de nos résultats expérimentaux concernant la superinfection de l’uvée par inoculation dans le globe oculaire. Ceux que nous voulons exposer sont exclusivement réalisés par l’inoculation dans la chambre antérieure ; à ce niveau surtout l’uvéeestintéressante à considérer, parce que sous la protection d'une paroitransparente dont les altérations ont elles-mêmes une signification, on suit l’évolution du germe et les progrès de l’inocula-
PÉ
tion avec une aisance incomparable.
a) Dans un premier chapitre (chapitre n), nous avons groupé quelques observations relatives à l'injection de tuberculine dans la chambre antérieure du lapin allergique.
b) Dans le chapitre ur, se trouvent nos constatations sur les effets de l’inoculation du bacille de Koch par instillation dans le cul-de-sac conjonctival et par inoculation sous-conjonctivale en première infection et en. superinfection.
ec) Le chapitre 1v est consacré à la comparaison des lésions expérimentales de première et de seconde inoculation dans la chambre antérieure.
H. LAGRANGE. — Tractus uvéal. 9
CHAPITRETI
RÉACTION TUBERCULINIQUE DE LA CHAMBRE ANTÉRIEURE CHEZ LE LAPIN ALLERGIQUE
1. — SENSIBILITÉ DU LAPIN ALLERGIQUE À L'INJECTION INTRA-CA MÉRIENNE DE TUBERCULINE. ÎI. — RÉACTION TUBERCULINIQUE ET MOBILISATION BACILLAIRE. — ETUDE HISTOLOGIQUE DE CETTE RÉACTION. Kératite interstitielle. Atteinte élective du stroma cornéen et anti-corps tuberculeux. Réaction capillaire et allergie capillaire. BIBLIOGRAPHIE.
Nous avons été amené à constater au cours de quelques expérimentations la sensibilité extrème du lapin, lorsqu'il est déjà tuberculeux, à l'injection de tuberculine dans la chambre antérieure‘. Tandis que l'animal non tuberculeux supporte sans réaction et résorbe en vingtquatre heures une goutte de tuberculine glycérinée À. T. K. introduite dans la chambre antérieure, chez l’animal tuberculeux, l'injection expérimentale dans la chambre antérieure d’une goutte de la même tuberculine A.T.K. provoque la constitution d’uneiritis avec exsudats fibrineux abondants et une opacité définitive de la Descemet qui donne à la cornée un aspect leucomateux, et il suffit chez un tel sujet d’une goutte d’une dilution de tuberculine C. L. contenant 2/10° de milligramme par centimètre cube pour obtenir une réaction.
Ceci nous a d’abord intéressé au seul point de vue pra-
tique parce qu'il y a là un test commode pour dépister l'allergie chez le lapin.
Mais, d'autre part, si sur les animaux tuberculeux soumis à l’épreuve de cette réaction on suit l’évolution des lésions, dans certains cas on observe qu'elles cessent rapidement de progresser et semblent rétrocéder quelque peu, tandis que dans d’autres cas, elles paraissent entraîner un état d'uvéite subaiguë réalisant à peu près le type d’une kératite parenchymateuse telle qu’on l'observe chez l’homme.
En face de ces faits, nous.avons pensé qu'il y avait lieu de se demander si cetteinfection persistante, réalisée sans doute par l'injection de tuberculine chez un animal tuberculeux présentait quelque rapport avec la mobilisation bacillaire envisagée par certains cliniciens. Autrement dit, il nous a paru qu’il pouvait être intéressant d'identifier la nature de ces lésions et d’établir si elles étaient dues à la présence réelle de bacilles. |
Wircaow et Orra, puis LisBmann et L. RaBinowiTscx?, Israël Bacmeisrer * ont soutenu que la tuberculine était susceptible de réaliser une mobilisation bacillaire dans l'organisme tuberculeux. Massoz et Brerow, au contraire, ont conclu, des expériences qu’ils ont communiquées à la Société de Biologie le 11 juillet 1914, que l'injection de tuberculine à des cobayes tuberculeux ne favorisait pas chez eux la bacillémie et ne rendait pas leur sang plus inféctant pour le cobaye sain. He
Cependant Van Durme et Srock*, en 1908, avaient rapporté des cas de lésions oculaires tardives après ophtalmoréaction par la tuberculine. Ces faits sont du même ordre que ceux rapportés par Renox”, par Barsier*, qui ont pu
signaler au point de vue clinique les dangers de l'ophtalmo-réaction. |
Plus récemment, une observation expérimentale comparable a suggéré à Brauvieux” des interprétations du plus grand intérêt.
Inoculant deux gouttes de tuberculine A. T. K. dans la chambre antérieure d’un lapin allergique, il vit se produire une réaction extrêmement violente du type de celles que nous avons observées, et, rapprochant ces observations des formes anodulaires de l’iritis bacillaire, il conclut que puisque pour produire une irido-réaction, il faut que l’animal soit en état allergique, la nature histologique et clinique de cette réaction autorise un rapprochement entre ce type d’uvéite expérimentale et les lésions d’uvéite anodulaire que l’on observe en clinique.
Par les quelques expérimentations qui suivent, nous avons voulu tout d’abord éprouver la valeur de la réaction tuberculinique de la chambre antérieure en tant que témoin d'allergie chez le lapin et nous nous sommes efforcé de déterminer avec la tuberculine CG. L. sa dose efficace minimum, puis nous avons soumis les yeux d’animaux ainsi traités à l'examen bactériologique et histologique, profitant de ces documents pour étudier la question de la mobilisation bacillaire en matière de réaction tuberculinique.
I. SENSIBILITÉ DU LAPIN ALLERGIQUE À L'INFECTION INTRA- CAMÉRIENNE DE TUBERCGULINE. — 1° Sur une série de six lapins normaux, nous avons éprouvé la sensibilité de cet animal vis-à-vis de la tuberculine. Toutes les injections, aussi bien les injections successives que les injections premières nous ont montré l'impossibilité d’obte-
nir une réaction locale chez ces lapins et nous ont rappelé les essais infructueux de sensibilisation par la tuberculine.
2° Sur des lapins de la même portée, mais rendus tuberculeux, soit par des inoculations sous-conjonctivales de bacilles de Koch, soit par des inoculations sous-cutanées et ayant présenté des réactions ganglionnaires et des lésions typiques au point d’inoculation en même temps que les signes généraux habituels, nous avons repris nos expériences et chaque fois nous avons eu un résultat positif, ainsi qu'en témoignent les observations suivantes :