UN BACILLE SPÉCIFIQUE
chambre antérieiu e de l'œil (chez le lapin) ou dans le péritoine. L'injection d'un peu de culture dans la veine de l'oreille de lapins entraîna la mort de ces animaux au bout de quinze à trente jours, avec une tuberculose miliaire extrêmement abondante des poumons, du foie, de la rate et du péritoine. L'inoculation intrapéritonéale de culture de tuberculose chez des animaux peu réceptifs à la tuberculose, tels que les rats blancs, les chats, les chiens, provoqua également la mort par tuberculose généralisée.
La jiature parasitaire de la tuberculose est ainsi démontrée par des preuves à l'abri de toute conteste, et, en même temps, nous sommes mis en possession d'un critérium infaillible pour la'détermination de ce qui appartient ou n'appartient pas à la tuberculose. L'identité, au point de vue de la cause, de la tuberculose miliaire aiguë, de la pneumonie caséeuse ou de la bronchite caséeuse, des adénites caséeuses, des arthrites scrofuleuses chez l'homme, de la pommelière, de la tuberculose spontanée ou inoculée des rongeurs, était établie d'une façon certaine.
Le bacille dt; la tuberculose ne se développe que dans des limites de température assez restreintes, de 30° à 40°; d'autre part, sa croissance est extrêmement lente et demande non pas des heures, comme le bacille du charbon, par exemple, mais des semaines à s'accomplir. On en peut conclure que ce bacille ne trouve pas, dans le monde extérieur, des conditions favorables à sa croissance : il ne peut se développer que dans le corps del'homme ou des animaux ; il est rigoureusement parasite.
« Désormais, conclut Koch, nous n'avons plus affaire, dans la lutte contre le terrible fléau de la tuberculose, à quelque chose de vague et d'indéterminé ; nous sommes en présence d'un parasite visible et tangible, dont nous connaissons déjà en partie les conditions d'existence, conditions que nous pourrons encore étudier de plus près. Nous savons que ce parasite ne trouve des conditions d'existence que dans le corps de l'homme et des animaux et qu'il ne peut se développer, comme le bacille du charbon, en dehors de l'économie animale, dans le milieu ambiant: c'est là une donnée très consolante au point de vue de la lutte contre la tuberculose. II en résulte qu'il faut s'attacher avant tout à tarir les sources d'oi^i dérive l'infection. Une de ces sources, et la principale certainement, est l'expectoration des phtisiques, qu'il faut s'appliquer à désinfecter et à rendre inof-
BACILLE JJE KOCH.
fensivo; ainsi on supprimera la plus grande partie du contage tuberculeux. La désinfection des habits, de la literie, etc. , souillés par les phtisiques mérite aussi une sérieuse attention. Une autre source d'infection est la tuberculose des animaux domestiques, en première .ligne, la pommelière. Celle-ci est identique à la tuberculose de l'homme et peut par conséquent se transmettre à l'homme par l'usage de la viande et du lait provenant d'animaux tuberculeux. Il faut donc en agir avec elle comme avec les autres maladies infectieuses transmissibles des animaux à l'homme. »
L'exposé complet des recherches de Koch parut deux ans plus tard, dans un mémoire qui demeurera comme un modèle d'investigation bactériologique et expérimentale'. Je n'entreprendrai pas ici l'analyse de ce travail mémorable; j'aurai amplement à l'invoquer dans le cours de cet ouvi'age, et il servira de base à l'histoire de la tuberculose, étudiée comme maladie parasitaire, que je vais maintenant aborder-.
1. R. Koch, Die /Eliologic der Tuberkulose [MUtheilungen aies deni kais. Gesundheilsamte, Bd 2 ji. 1884, p. 1.)
2. Je ne signalerai ici que pour mémoire quelques 2Jublications qui parurent peu de temps après la première communication de Koch et qui mirent en doute la validité de sa découverte. Un travail de Spina (de Vienne) fit surtout une certaine sensalion à cette époque i. Spina contestait l'exactitude de la plupart des faits annoncés par Koch. Il niait la réaction colorante spécifique du bacille de la tuberculose et prétendait l'avoir obtenue avec d'autres microbes, notamment avec des bactéries de la putréfaction. Il fit aussi quelques tentatives de culture, mais d'une façon si primitive et si défectueuse qu'il ne faut pas s'étonner qu'il ait échoué dans cette entreprise délicate.
Les objections élevées contre la découverte du microbe de la tuberculose par divers médecins américains, allemands ou hongrois (E. Cutler, Schmidt, Formad, Cramer, Balogh, Schotlelius, Detlwcilcr) ne reposaient pas sur des données beaucoup plus solides. Nous renvoyons le lecteur qu'intéresseraient ces détails rétrospectifs à un. curieux article critique de Koch, où il réfute, d'une façon quelque peu dédaigneuse, les attaques de ses adversaires -. Klcbs, à diverses reprises 3, essaya de défendre les « micpocoques » qu'il avait obtenus en cultivant des produits tuberculeux et qu'il continuait à considérer comme le véritable agent pathogène. Il crut même retrouver ces « microcoques » reconnaissables à ce qu'ils se colorent mal par les couleurs d'aniline, dans des cultures sur sérum qu'il tenait de Koch ; mais ce dernier montra qu'il ne s'agissait pas, dans ces pn-parations, do microcoques, mais simplement de particules de sérum finement granuleuses et à peu près réfractaires aux couleurs d'aniline ''.