PROTESTATIONS ISOLÉES CONTRE LE DUALISME
cliniciens restaient malgré tout fidèles à la croyance d'une seule phtisie pulmonaire. Sur le terrain même de l'histologie pathologique, dans leur ouvrage sur \<i. phtisie pulmonaire, Hérard et Cornil s'efforçaient de rattacher la pneumonie caséeuse à la tuberculose. Ils faisaient remarquer qu'autour des foyers de pneumonie caséeuse ancienne on trouve presque toujours des granulations tuberculeuses semi-transparentes dont les caractères à l'œil nu et au microscope ne sont pas douteux; ils en concluaient « qu'avec toute probabilité il en est de même pour les parties plus anciennes; dans ces dernières seulement les granulations ont subi la métamorphose caséeuse et sont difficiles à reconnaître... Il se présentera des observations, extrêmement rares à la vérité, dans lesquelles l'hépatisation grise ou jaune avec formation de cavernes sera complètement isolée, sans gramilations tuberculeuses ni aucune des inflammations tuberculeuses des autres organes, de la trachée, du larynx, des intestins, etc. Pour ces derniers cas, cas d'ailleurs tout à fait exceptionnels, il est permis de supposer que les granulations ont existé au début du processus morbide et que plus tard, devenues jaunâtres, opaques, elles se sont confondues dans la dégénérescence caséeuse ou ulcérative du tissu pulmonaire enflammé'. »
Mais ces réserves trop timidement formulées ne trouvaient pas d'écho. De tous côtés, cliniciens et anatomo-pathologistes s'eftorcaient de distinguer, au lit du malade et à la table d'autopsie, la pneumonie caséeuse du tubercule, invoquant pour les séparer des différences de forme et de siège, opposant la marche et les symptômes de la granulie à ceux de la pneumonie caséeuse. L'œuvre de Laënnec pliait sous tous ces efforts et la cause de l'unité de la phtisie semblait définitivement perdue.
Sur ces entrefaites cependant (1865), un grand événement scientifique venait de se produire : Villemin avait découvert l'inoculabilité et la virulence de la tuberculose ; un champ nouveau et immense s'ouvrait aux chercheurs. Mais les esprits n'étaient pas suffisamment préparés aux enseignements, si décisifs cependant et si péremptuires, de la pathologie expérimentale. L'influence de Virchow, qui avait remanié la médecine par l'histologie et la pathologie cellulaire, continuait à s'exercer dans
1. HÉRARD et [Cornil, De la phtisie pulmonaire, lf<= édition, Paris, 1867, p. 144.