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La tuberculose [microforme]

—— Le dispensaire antituberculeux. La misère, la maladie, l& mort. l'ôle des médecins. Inronsei nee du publie.

lndifférence des pouvoirs munie DTTLIRS el provinciaux.

Depuis quelques années, les œuvres sociales naissent et se développent rapidement sous Ja poussée des médecins aidés de citoyens charitables et désintéressés,

lei, ce sont les gouttes de Lait, dont mon ami Dubé nous à en tretenus le mois dernier, qui sont destinées au plus brillant avenir si elles obtiennent lencouragement qu'elles méritent; là, ce sont les dispensa’res antitubereuleux nés d'hier à peine et qui ocenpent déjà une place importante à eause de la contiance qu'ils inspirent et du bien qu'ils font dans la classe pauvre: ailleurs, ce sent des œuvres hospitalières et d'assistance publique dotées par des particuliers ou entretenues par des souscriptions bénévoles, qui rendent les plus grands services à tous sans distinetion ; enfin, partout, jusque dans les elasses les plus élevées, un socialisme de bon augure, consolateur, pacifique, pénètre lentement, fuit des adeptes, dessins des groupes, élabore des programmes et fonde deuvres qui ont pour but d'améliorer le sort des hunibles, de sou laver ln mere sous toutes ses formes, de soigner les malades né cessitenx, de prémunir leur entourage immédiat contre la conta-

(1) Pour l'institut Bruchési, de Montréal, qui lutte avec tant d'efficaci-

té contre la tulerculose chez les nécessiteux ; extrait de L'Union Médicale du Canada, ler janvier 1912.

Wination po ible, en un mot, de faire disparaitre la mendicité, de réduire lu mortalité et la morbidité, \Mauis que de chemin à parcourir encore !

Ce sont Jà des sujets fréquents de conversation entre médecins d'hôpitaux où de dispensaires publies, car ils nous sont familiers. En etfet, nous pouvons disserter à l'infini, souvent avec regrets, unis sans une certaine satisfaction pour nous, médecins, sur les nécessités de l'assistanee publique dans les grands centres, sur ses possibles, sur les faibles ressources dont nous disposons cette fin, le peu de place que tiennent ces questions économiques

inportantes dans les budgets des gouvernements provinciaux et

municipaux, la tâche, si lourde, qui incombe à notre profession et

vumunantés religieuses dans cette tte gigantesque: la fail- Les Canadiens-français, du luïcisme laissé à ses seules essourees dans Faccomplissement de ces œuvres vives, toutes de dévouement et d'abnégation : lignorance des uns, l'indifférence des autres, lingratitude du plus grand nombre | Je causais de toutes ces choses, un soir du mois dernier, avec un deimes Jeunes confrères, médecin très versé, déjà, dans l'étude de ves questions qu'il approfondit chaque jour davantage, d'une science incontestable et d'un dévouement digne des plus cran éloges, Il s'occupe beaucoup de tuberculose,

Vous nrétonnez, lui disje, après qu'il n'eût détaillé le pro erunme de Fœuvre qu'il dirige, et l'emploi de son temps. Vous avez une conception très-élevée des devoirs qui incombent à chacun de nous, mais il en est un qui prime tous les autres : c'est le prono virere, Vous êtes médecin depuis quelques années seulenent, vous êtes jeune, il vons fant travailler pour vivre. Comment faites-vons

Mon Dieu! me répondit-il, je gagne peu en ce moment, je l'avoue, eur toutes mes heures sont prises par notre dispensaire. J'examine les malades qui nous arrivent en très erand nombre, je vais à domicile assez sonvent pour m'enquérir de certains faits, j'écris où j'inspire des articles de vulgarisation pour la: presse quotidienne afin de réveiller le publie, je fais des conférences dans quelques écoles atin d'attirer l'attention des enfants sur les dangers qu'ils courent, je prépare des cliniques pour les médle-

LE DISPENSAIRE ANTITUBERCULEUX 3

eins qui veulent bien suivre assidüment le dispensuire, et que j'initie à la besogne de demain, en un mot, je travaille beaucoup pour le: autres, très-peu pour moi-même au sens striet de mor. Lorsque l'élan sera donné tout-à-fait, que l'enfant marchera, qu'il aura acquis une expérience plus étendue et que nous pourrons pu blier sur son compte des états de services enviables, contrôlés et de bon augure, je bénéticierai, du moins je l'espère, du travail et des efforts dont les autres auront profité avant moi, et je compte que le publie m'en saura gré.

En attendant, je vis un peu d'espoir, beaucoup de ce que lon appelle le “vieux gagné.” J'ai fait quelque argent autrefois: je le place dans des entreprises comme celle-ci en attendant qu’il rapporte. Que dis-je! il rapporte déjà puisque, chaque jour, nous en distribuons les bénéfices à nos pauvres malades: nous payons à demande, Ce sont des actions privilégiées du nouveau * merver” des œuvres sociales que nous lançons.

Vous parlez comme un apôtre, lui répliquai-je. D'ailleurs ce langage est familier à un grand nombre de médecins. Nous sommes, à n’en pas douter, des défricheurs, des évangélisateurs, des épouseurs sans le savoir, malgré nous, mais pas à la facon des types de Molière, A chacun de nous il faut une cause humanitaire ou sociale, que nous plaidons avec persévérance, souvent avee-talent, et dont nous supportons presque seuls les frais. Nous payons de notre science, de notre temps, de notre personne et de notre santé, car le risque est souvent très grand. J'en connais qui ont aussi payé de leur argent.

Y at-il une autre profession qui contribue autant que nous à “es œuvres essentiellement philanthropiques !

Y sommes-nous tenus plus que les autres ?

Y amassons-nous des fortunes colossales ?

Le publie, celui sur qui vous fondez quelque espoir, nous en tient-il compte !

Non.

Il connaît la valeur d'un terrain, d'une maison; il ignore ce que vaut une vie d'homme. Vous la préservez, vous la pr lonvez, vous la sauvez même, il n’en a cure.

Voilà pourquoi le médecin, à ses yeux, occupe tne position socale inférieure à celle de l'avocat. C'est regrettable, c'est injuste, inais c’est ainsi.

4 LESAG

En Voulez-vons Hi txt mple : Vov Z qui se passe à Montréu, Comparez les sommes annuelles payées respectivement à chacun des avocats et des médecins emplovés par la ville: elles varient entre &2000,00 et #6000,00 pour les premiers avec pension de retraite, et XS00,00 à #5,300,00 salaire du médecin en chef pour les sceonds, avee le coup de pied d'äne pour récompense si oh eXCIT live de nos édiles en matières d'hygiène,

L'avoeut est le roi de la place: le médecin en est le porte-faix. La disproportion est énorme, le contraste est frappant. Cepen dant, aux veux de tont eitoven indépendant, la loi civile et Ja santé publique devraient étre mises sur un pied d'égalité, car les gouvernements munieipaux où autres ont le devoir d'empécher également les attentats à la propriété et les attentats à 14 personne

en tant que maladies évitables, La responsabilité est éqmivalente, en conséquence, nous devrions équilibrer les budgets. Mais les pompiers et les gendarmes ont préséanee sur les médecins,

* Vous n'êtes pas dans le feu, nous répond-on 7,,,, si on propose une réforme urgente,

C'est la douche...

En réalité, il va un fait indiscutable, si on veut se donner la peine d'examiner de prés le mouvement social: c'est que le publie, en général, recoit plus du médecin que de l'avocat, dont lüpreté au gain et l'égoïsme sont connus de tous,

D'ailleurs, voulez-vous savoir en quelle estime vous êtes tenus? Vovez ce qui se passe lorsque vous sonnez l'appel pour nne œuvre de bienfaisance: on vous regarde d'abord avec défiance, dans certains milieux; on doute de votre sincérité. Les uns disent que vous faites une belle affaire parce que vous êtes © ptyés par le Gouvernement" <eest un dieton populaire dont l'écho se répercute jusque dans les classes les plus élevées de notre société, car dans un pays de commereants on ne conçcort pas le travail sans rémunération ; les autres, plus sceptiques, Simaginent volontiers que vous vous eréez ainsi une belle clientèle — si vous aviez au moins un riche pour 500 pauvres : quelques-uns, ils sont peu nombreux, vous comprennent micux, ils vous félicitent et vous encouragent de leurs paroles, quelquefois de leurs deniers,

Cet état d'äme ne nous surprend enère, nous y sommes ha-

bitués, [nv a pas d'esprit publie chez 1: canadien-françuis.

LE DISPENSAIRÉE ANTITUBERCULEUX ; L'alteuisame ui est tout-à-fait inconnu, D'ailleurs, on ne Jui n jamais fuit son édueation sur ce point. Les commimatités réel}

gieuses, dont e'est ln mission, ont soin de nos pauvres, ditil, done ceux-ci m'ont pas besoin de nous, On ne réfléchit pas que ces institutions de charité ne peuvent suffire à la tâche, eur tous les nécessiteux ne s'adressent pas à elles, il v a parmi eux des timides, des fiers et des impotents: d'autre part, tots lex malades indigentne fréquentent pas les hôpitaux, ceux, ne sauraient les content en aussi grand nombre, Est-ce à dire que notre devoir finit où la place manque Non.

C'est pour combler ce déficit qui incombe à la société que des consultations externes avec visite à domicile ont été fondées, grâce à l'initiative privée. Malheureusement on ne semble pas en comprendre Fimportance et la nécessité,

Ah! <i nous pouvions projeter sur un iminense écran les scènes de maladie et de misère dont nous sommes les tmoins attristés et trop souvent impuissants, le publie ignare serait stupétié et il demanderait qu'à l'avenir on lui enseigne autrement que par des formules sèches et surannées le catéchinre de l'assistance publique.

Ainsi, vous dirigez un dispensaire, vous faites des visites à domicile quelquefois; n'avez-vous pas été surpris vous-méêmes, mal uré votre expérience, de ce que vous Y avez vu?

Pouvez-vous affirmer que les renseignements que vous recueillez de la bouche de vos malades et que les conseils que vous leur prodiguez soient suffisants pour vous éclairer sur leurs souffrances et leur refaire une santé {

Assurément non, répondit mon confrère.

Je ne veux pas dire, repris-je, que les bons conseils ne portent pas des fruits, car c’est à cette classe de malades qu'ils profitent le mieux quand il. peuvent les suivre. Mais il leur faut quelque chose de plus tangible que des beaux discours. L'hygiène, la sage et bienfaisante hygiène, a écrit quelque part Daremberg, ne suffit pas à leur esprit hanté par le récit des eures imaginaires et miraculeuses obtenues par l’une des innombrables drogues proposées depuis l'origine des temps à l'espérance et à la crédulité des tubereuleux.

Ceci me rappelle un petit fait curieux raconté par le même auteur au sujet d’un tubereuleux à qui il avait ordonné de prendre

à teipérature trois fois par jour. A Ja visite suivante, son malade vint à lui tout joyeux en lui disant: “ Merci, cher docteur, je vais beanconp mieux depuis que vous me soignez au thermomètre,”

En effet, dit-il, nous le savons, C'est dans le but de distribuer mieux que des paroles que nous avons organisé les visites à domicile. Nous pouvons ainsi identifier nos malades, contrôler leurs témoignages, où méme nous renseigner sur des faits absolument déplorables qu'ils n'osent pas avouer publiquement au dispensaire, Vous le disiez il v a un instant: un certain nombre d'en tré eux sont trés-réticents Jorsqne vous cherchez à pénétrer dans leur vie intérieure J'ai peine à obtenir les renseignements utiles, malgré mes questions pressantes, Ils se dérobent, Ce n'est pus de lt mauvaise foi, c'est plutôt de la gène on de la fierté, car il Yen a chez les pauvres: quelques-uns souffrent longtemps avant de se plaindre. On dirait que leur maladie et leur misère leur “ont une honte, Ts entrebaillent à peine la porte lorsque vous frappez doucement chez eux. Ts ont peur de l'inquisition. Nous ne sotnmes pourtant plus au moyen-âge, Pauvres gens!....

Dans ces eus, je demande l'adresse et je vais moi-même à domicile faire ma petite enquête. Chaque fois, je trouve, ici, un fover de maladie: à, la canse d'une élévation insolite de température chez un malade qui + comportait assez bien; ailleurs, une compleation inattendue provoquant une aggravation des svmpnes ? partout la privation, la souffrance morale ajoutée à la souffrance physique.

Nous observons ces faits si fréquemment que je n'hésite jamais à enquéter à domicile chaque fois que la maladie prend une allure inquiétante chez l'un d'entre eux.

Voulez-vous que je vous rapporte des faits: en voici quelquesuns, de mémoire :

D'abord, vous savez, nous savons tous, qu'un tuberculeux, pour améliorer, guérir méme, doit vivre dans une parfaite quiétude de Fesprit et du corps. [lui faut done du repos, de la limière, de Ta vie au grand air. une alimentation facilement digestive et exelusivement réparatrice, Eh bien! nos malades manquent de tout cela,

Ils vivent les uns à côté des autres - je devrais dire plutôt les uns sur les autres dans une promiscuité dangereuse. 1ls

LE DISPENSAIRE ANTITUBERCULEUX 7 ignorent tout des dangers auxquels ils sont exposés et qui menacent leur entourage. Aussi, que d'exemples indéniables de contagion, que de souffrances inutiles, que de morts prématurées !

C'est iei que le dispensaire antitubereuleux apparaît : il distribue gratuitement les bons conseils, les médicaments. souvent la nourriture, toujours la consolation et l'espérance.

Il y à quelques semaines, je recevais à la consultation une jeune femme de 30 ans, mariée à un veuf depuis une année ou plus. Elle se sentait mal entrain. Je l’interroge, je l'examine: elle tousse, maigrit, fait de la fièvre. Tuberculose pulmonaire à la 2e période,

Elle me raconte que son mari est malade depuis trois ans, Elle a toujours été en bonne santé auparavant. ;

Te vais à domicile où je vois un homme malade qui tousse et crache abondamment. La première femme est morte de tuler culose,

[est probable que cet homme à été contaminé par la première femme, 1 mourra bientôt car il est rendu à la troisième période. Sa jeune femme a contracté la maladie de son mari. Elle succombera avant longtemps. Elle avait pensé de faire chambre à part, car son mari a des quintes de toux qui lempéchent de dormir. I refuse, D'ailleurs l'espace manque.

Contagion, misère, surmenage, insomnie.

Et cette autre: jeune fille, russe, âgée de 27 ans. Père et mère morts de tubereulose, Elle vivait dans un sanatorium. Pour des raisons majeures on ferme, Sans argent, sans parents ni position et sans abri — car il n'y a pas de place dans nos hôpitaux pour ces malades — elle est recueillie par une amie, pauvre aussi, mais charitable, mariée, mère de plusieurs enfants. Ces gens vivent dans une maison de dix pièces logeant dix familles différentes, Cette malade est à la deuxième période.

Dans six mois, un an, combien parmi eux, seront indenimes avee un tel sujet comme hôte,

Voici un exemple plus lamentable encore :

I s'agit d'un homme de 44 ans, comptable, alcoolique depuis longtemps, Il était prospère autrefois, En ce temps-là, il avait

nne sœur pauvre qu'il a toujours refusé de secourir, Aujourd'hui,

il est dans un dénuement complet. [ne travaille plus, personne ne veut Jui donner l'hospitalité. 11 va frapper à Ja porte de cette Sœur qu'il avait méconnue lorsqu'il était dans l'aisance. Elle est veuve, mère de 2 où 3 enfants. elle gagne misérablement sa Vie,

Elle Jui donne feu et lieu depuis plusieurs mois.

[doit mourir sous peu.

Qu'arrive-t-il 2

Ne connaissant rien de la gravité de sa maladie. il a craché dans tous les coins, il a mangé sans précautions dans les mêmes assiettes, bu dans les mêmes tasses, dormi dans la même chambre — l'unique chambre à coucher de Ja maison : en conséquence il a créé un fover de contagion. Sa sœur, saine auparavant, est devenue tuberculeuse, Elle vient au dispensaire, Elle mourra sûrement, à éause des conditions misérables dans lesquelles elle vit, laissant trois orphelins en bas âge, sans argent ni parents, probablement tubereulenx, qui seront recueillis par des personnes charitübles où placés dans nos hospices où ils contamineront, sans s’en douter, l'entourage nouveau,

Vovez le dénouement !

Voici un homme qui, jadis, a refusé du pain à sa sœur; puis, les mauvais jours sont venus, et cette sœur a partagé de bon gré son gite et sa ration avec ce frère ingrat. Celui-ci l'en récompense en Jui communiquant Je mal qui le tue, qui la tuera aussi, et qui privera ces enfants de leur mère.

Ce drame n'est-il pas émouvant ?...

Et la dissémination des germes parmi les familles bourgeoises par le linge blanchi dans les “ maisons hantées ” comme je les homme, parce que Ja tuberculose y vit en permanence ?

Nous avons comme client au dispensaire un homme de 45 ans, tuberenleux à la 3e période, 1] pesait 142 Ib, il n’en pèse plus que 115. IT tousse, il crache depuis longtemps. Sa femme est

blanchissense, Elle à comme clients quelques famiiles qui lui

contient leur linge durant des semaines entières, Le mari aide un pen. [manipule le linge, il le place dans les paniers en toussant !

(Que pensez-vous de ce linge ?

Et cette femme, que deviendra-t-elle 2...

LE DISPENSAIRE ANTITUBEÉRCULEUX y

Et l-bus, re Sherbrooke ou ailleurs, qui sentira le premier la morsure du petit animal caché sous la dentelle ?...

Parmi nos malades, quelques-uns font preuve d’une belle énergie, malgré le mal qui les ronge et les affaiblit. Ils se raidissent contre lui et luttent avec courage,

Je connais une jeune femme dont la mère est morte de tuberculose, Elle est obligée de gagner sa vie. Durant l'été dernier. elle à vendu des billets au pare King Edward. La saison close, elle a pris un engagement dans une compagnie théatrale; elle joue le vaudeville au Nonvean-Brunswiek à #100.00 par semaine.

Elle veut guérir. Aussitôt qu'elle jourra, si sa maladie lui en donne le temps, dans deux ou trois mois, elle dépensera cet argent duns un Sanatorinm dans l'intérêt de sa santé. Malgré ce sur-

menage, elle n'a perdu que 2 Ibs.

Le moral ! Quel rôle important ne joue-t-il pas dans la cure des malades de cette catégorie? Le tuberculeux est un être affectif, il cherche partout un appui, un encouragement ; il s’atiache à tout ce qui l'entoure et qui semble lui échapper. Il a soif d’espérance, de sympathie au moins. Malheureusement, dans le peuple, ce n'est pas la corde sur laquelle on danse. On est rude.

Je traite en ce moment une jeune fille de 18 ans qui fréquente le dispensaire, Elle est tuberculeuse à la 2ème période.

Malgré nos soins et une nourriture suffisante, la maladie fait des progrès. Notre jeune cliente est triste. Je vais à domicile où Je constate qu'elle est soumise à un véritable surmenage, On donne des fêtes de famille, on l’oblige de travailler, de danser, de se coucher très tard. Si elle résiste quelquefois on la tourne en ridicule, on la rudoie, on lui dit qu’elle n’est pas malade, qu’elle “ fait des gestes,” On la taquine sans cesse. Bref, cette enfant est malheureuse, car elle se sent mourir un peu chaque jour au milieu de ceux qui devraient la protéger et l’entourer de bons soins.

Et pourtant, elle est gravement atteinte. Je le sais et je l'ai dit.

Et que d'autres faits non moins douloureux je pourrais vous rapporter !

Qu'est-ce que tout cela prouve ?

Que la tubereulose est très fréquente parmi la classe ouvrière ; qu'elle est la sœur de la pauvreté auprès de laquelle elle naît et se développe dans la plus parfaite aisance: logements insalubres, misères physiologiques et morales, prosmicuité dangereuse, contagion !

Croyez-vous, lui dis-je, qu'il soit possible de remédier à cet état de choses ?

Il avait été question autrefois d'un sanatorium construit par la ville pour recevoir les tubereuleux pauvres, qui sont bannis de tous les refuges où hospices. On n’a pas donné suite à ce projet. C'est l'échevin Dagenais qui avait mis la question à l'étude. Je suis d'avis qu’on obtiendrait avec la tubereulose le même résultat que celui que nous avons obtenu il ÿ à trois ans durant l'épidémie de fièvre typhoïde. Nons avions ouvert un hôpital d'urgence où tous les tvphiques pauvres étaient admis d'urgence. Durant trois Mois, nous avons reeu 250 malades environ, plus on moins. L'épidémie fut enrayée, Nous avions ainsi éteint les foyers de contagion. Car j'ai remarqué depuis longtemps que, chez les pau vres gens, la fièvre typhoïde fait plus de victimes par la contagion qu'autrement, Et, à ce propos, j'ai encore présente à la mémoire l'histoire d'une brave mère de famille que je soignai dans le service de médecine de l'Hôpital Notre-Dame, il Ya 3 ans Son mari avait contracté la maladie le premier, dix jours après le fils fut obligé de s’aliter, puis ce fut le tour de la jeune fille, Les trois succombèrent à pen d'intervalle. Enfin la mère, après tant de chagrin et de fatigue, tomba elle-même. Elle fut transportée à l'hôpital durant le 25m séptenaire avec son snfant, malade aussi. et qu'elle allaitait. Les deux guérirent.

Je suis convaineu, me répondit-il, que c'est la seule solution possible de ce problème inquiétant, Mais en attendant que cel: arrive, c'esti-dire lorsqu'on aura fini de paver les rues, de construire des filtres, des aqueducs, des égouts, et de voter des fonds pour recevoir des délégations étrangères qui se moquent de nous, il faut lutter, ear les malades sont pressés de mourir.

Les Anglais ont fondé Je King Edward Institute avec une dolation magnifique ; quelques médecins de Montréal aidés de quelques citoyens éclairés ont fondé l'Institut Bruchési avec de la bonne volonté remarquez la différence — et l'appui des Sœurs de la Providence, Cependant, nous lattons ferme, nous gagnons du

LE DISPENSAIRE ANTITUBERCULEUX 11

terrain rapidement, Nous recevons jusqu'à 110 malades

par jour.

Nous avons demandé une contribution annue

Île à la ville, car les souscriptions bénévoles ne peuvent plus suffire, notre clientèle augmente trop rapidement. La ville nous a répondu que notre œuvre était méritoire et que notre demande ser considération * l'année prochaine.” C'onsolatrir afflictorum Nous continuerons done seuls de déblayer le te en soulageant ces malheureux.

ait prise en sérieuse

rrain de la ville

Mais nous reviendrons à la charge.

A bientôt, eur il se fait tard.

Pendant que mon jeune ami se disposait à me quitter, je réfléchissais que les œuvres utilitaires et sociales n'ont pas de meilleurs défenseurs que les médecins, et que les pouvoirs publics ont ateune notion véritable des devoirs socian

euté au point de vue de la santé publique.

Nos enfants meurent par milliers, chaque année, On jette hantseris durant quelques jours, puis on pense

x de l'heure pré-

les à autre chose, Des médecins intelligents et consciencieux ont fondé des Gouttes de lait qui se meurent d'inanition comme leurs petits parce qu'elles manquent de nourriture.

À chaque appel qu'ils font entendre, on leur répond : Attendez: ]

abonnés,

‘année prochaine, nous ferons mieux encore!

On dirait qu'on leur fait une faveur en tenant ce ]

angage, Et l'année prechaine.

... c'est celle qui n'est pas inscrite au culendrier!

Nos tubereuleux pauvres se contagionnent, souffrent et meurent cn grand nombre, Votre œnvre est admirable, nous répond-on => j'te crois mais nous n'avons pes d'argent pour cela. Plus tard. “Ces malades ne peuvent-ils pas attendre encore quelques années,” devraient-ils ajouter ?

De fait, ils le disent publiquement, car, aux reporters de Journaux qui les interrogent tout bas, ces messieurs répondent : ‘La question d'un sanatorium populaire à Montréal, ne

si pose pas encore,

Puis on S'enipresse d'ajouter que:

12 LESAGI

La population ancmente

Montréal est une grande ville... s Les propriétaires devront, désormais, paver,, Nous allons remanier la charte...

Nous avons augmenté le salaire des gendarmes et des pomn-

Et pendant que les badeaux s'ammsent devant ce kaléïdos-

cope anussi monotone qu'inquiétant, on distribue aux visiteurs

Noppertuns et tenaces des outres en guise de lanternes pour

éelioirer la chambre du petit qui vient de mourir de faim ou pour

contempler nne dernière fois le visage de Ja morte qui vient de

eeornber, après tant d'autres, à nn mal étrange : Ce mal qui caché nous ôte l'embonpoint, “Qui nous tue À vue d'œil et que l'on ne voit point

Telest notre bilan. On s'étonne, on S'émeunt, mais on espère,

Formons des vœux afin one l'année qui commence soit plus fal [l Ï

vorable aux promoteurs des grandes œuvres sociales. les protectrices

des déshérités de la fortune et de la santé!

Dr Albert LeSacr.

l'icfesseur suppléant à L'Ecole de Medecine, Médecin de T'Hépitul Notre Dane.

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