‹ La Tuberculose Pulmonaire Occulte à Expectoration BacillifèreChapitre 52 sur 74 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

ExPECTORATION BACILLIFÈRE CHEZ UNE JEUNE FEMME PEU DE

TEMPS APRÈS UN ACCOUCHEMENT. — AUCUN SIGNE PHYSIQUE. — AUCUN SIGNE RADIOLOGIQUE. — SALPINGITE TUBERCULEUSE 1 AN 1/2 APRÈS. — ÉVOLUTION FAVORABLE.

PONTCHA. Jeanne, 17 ans, a été adressée au centre de triage de l'hôpital Saint-Antoine, par une maison d’allaitement où on aurait constaté l'existence de bacilles dans son expectoration.

Antécédents familiaux : mère morte à 54 ans d’une affection car-

diaque, un frère mort à 20 ans de tuberculose pulmonaire, à Brévannes, un autre frère de 31 ans bien portant.

Antécédents personnels : la malade a eu quelques affections de l'enfance, varicelle, rougeole, coqueluche. De 8 ans à 11 ans 1/2, elle est restée dans un préventorium des Basses-Pyrénées parce que son état était peu satisfaisant et que son frère était malade à la maison.

Le 12 juillet 1932, accouchement à terme avec forceps d’un enfant pesant 3 kg. 150 ; déchirure complète du périnée.

La malade séjourne alors dans une maison maternelle où elle allaite son enfant complètement au sein pendant huit mois. Pendant deux autres mois, elle le nourrit avec un allaitement mixte. Peu de temps après l’accouchement, elle avait souffert d’une fatigue marquée avec amaigrissement et état fébrile, tous symptômes qu’on mit sur le compte de l'infection périnéale.

En septembre, deux mois après l’accouchement, la malade commença à tousser. Elle fut alors vue pour la première fois au centre de triage. L’examen était complètement négatif. [l n’y avait pas de bacilles dans ses crachats, cependant la malade continua à maigrir et, en peu de temps, elle perdit 3 kg. 1 [2.

En novembre 1932, elle est renvoyée au centre de triage parce qu’on a trouvé des bacilles de Koch dans son expectoration. Cette découverte est confirmée par un examen fait alors au centre de triage. Lies examens stéthacoustiques et radiographiques sont toutefois négatifs.

En décembre 1932, l'examen donne encore les mêmes renseignements. La malade ne crache pas, mais on trouve des bacilles acidorésistants dans ses selles. Malgré les conseils qu’on lui donne, la malade refuse de cesser l’allaitement.

En février 1933, l'état est meilleur. Le poids a augmenté. Les recherches de bacilles de Koch sont négatives.

En avril 1933, elle quitte la maison maternelle et s'engage comme bonne au service d’une sage-femme. Elle y travaille durement, ne dort que 6 heures par nuit. Après trois mois de ce métier, la malade est extrêmement fatiguée et part se reposer un mois chez ses parents. Elle fait alors pendant 15 jours des manifestations douloureuses au niveau des articulations des membres inférieurs.

En août 1933, elle va consulter au dispensaire de Clichy où, après un examen de ses poumons, on décide de lui faire un traitement

par les sels d’or. L’état général s’améliore. La malade cesse alors d’aller au dispensaire et se place de nouveau comme domestique, en novembre 1933, mais peu de temps après la malade, extrêmement fatiguée, revient consulter au centre de triage.

Le 4 janvier 1934, elle entre à l'hôpital Saint-Antoine, salle Malgaigne. Elle est fatiguée, mais son état paraît bon ; elle tousse peu, ne crache pas, n’a pas de température. On ne trouve rien à l'examen de ses poumons.

Le 9 janvier, de fortes douleurs apparaissent siégeant dans le bas ventre, à gauche. La malade a des pertes blanches abondantes. La fièvre s’élève à 38. La malade reste longtemps à l'hôpital qu’elle ne devait quitter que très améliorée en avril 1934. Pendant ce séjour les phénomènes douloureux du bas ventre ont continué et les chirurgiens consultés ont fait le diagnostic de salpingite tuberculeuse. Jamais la malade n’a eu de nouvelles expectorations et l’examen de ses selles a été négatif malgré des injections sous cutanées de tuberculine à petite dose. La cuti-réaction a été normalement positive.

En résumé, il s’agit d’une femme de 17 ans qui nous est adressée peu de temps après un accouchement, parce qu’elle allaite son enfant et que son expectoration s’est montrée bacillifère. Les radiographies faites très nombreuses, de face, de dos, en transverse, en position lordotique, n’ont jamais montré aucune ombre pathologique. Bien vite l’expectoration s’est tarie. On a retrouvé une fois des bacilles dans les selles, mais cette intermittence de l’expectoration a empêché la culture et l’inoculation. Toutefois, la nature des bacilles acido-résistants des crachats ne fait aucun doute quand on considère les antécédents de la malade, (séjour en préventorium et frère mort de tuberculose pulmonaire) et l’évolution de sa maladie (salpingite tuberculeuse 1 an 1/2 après l’expectoration bacillifère).

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