‹ La Tunisie et l'œuvre du Protectorat françaisChapitre 1 sur 52 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Dans les conclusions du rapport qu'il adressait au Président de la République sur la situation de la Tunisie en J890, M.Ribot, mimistre des Alïaires Etrangères, constatait avec une légitime satisfaction les progrès réalisés depuis neuf ans en ce pays, grâce à notre esprit de méthode et à notre persévérante initiative.

(( Le Gouvernement du Protectorat, écrivait-il, a, par tous les moyens en son pouvoir, encouragé les échanges et Texploitation du sol. Par l'établissement de tribunaux français et par la loi foncière, il a donné aux colons français et aux Européens toutes les garanties désirables pour leurs personnes et pour leurs biens.

« Par les grands travaux publics qu'il a entrepris, le Gouvernement du Protectorat a fourni de l'eau aux localités qui en manquaient, et il a facilité les communications pour lesquelles presque rien n'avait été fait avant lui. Tl a atîecté près de 50 millions de piastres à entreprendre ou à garantir des travaux extraordinaires et il consacre près de 6 millions par an aux travaux d'entretien et d'aménagement.

« Ces efforts ont porté leurs fruits. Le commerce et, en particulier, le commerce avec la France, a reçu une impulsion vigoureuse. Les agriculteurs pourront plus aisément transporter, et par conséquent vendre leurs produits; la superficie des terres ensemencées a presque doublé. La culture de la vigne a été introduite et couvre déjà plus de 5.000 hectares ; elle est presque tout entière entre des mains françaises. Cinq à six mille de nos compatriotes sont venus s'établir dans la Régence et y ont acquis 400.000 hectares de terre, représentant aujourd'hui un capital engagé de près de 50 millions.»

Il y a seize années que M. Ribot faisait connaître en ces toimes l'excellence des résultats obtenus par les premiers administrateurs

français de la Ré.ûence. Or, le nombre de nos compatriotes dépasse aujourd'hui trente mille et leur activité féconde est parvenue à rendre à la vie les cantons les plus reculés du a bled » tunisien. Les campagnes réputées infertiles deviennent elles-mêmes une source de richesses, car une exploration scientifique du sous-sol a révélé la forte minéralisation des régions montagneuses et la présence des phosphates dans tout l'arrière-pays. Une véritable fièvre de prospection s'est emparée des immigrants européens, à la nouvelle que certaines découvertes de gisements miniers avaient valu aux inventeurs une splendide et subite fortune. En nombre de points des sondages sont opérés, des galeries sont creusées, des laveries installées de façon rudimentaire. Ce sont les débuts d'une exploitation industrielle méthodiquement conduite, les signes avantcoureurs d'une transformation générale de nos procédés de mise en valeur des ressources naturelles du pays.

A peine un (juart de siècle s'est écoulé depuis que le Gouvernement du Protectorat a été organisé, et voici que la Tunisie n'est plus à « l'âge de l'agriculture >>. Désormais son avenir ne dépendra pas uniquement de la fertilité de son terroir. .Arrachant peu à peu au sous-sol les trésors qu'il gai'dait jalousement, demandant aussi à la mei- do lui livj-cr les secrets de sa l'aïuie et de sa llore mystérieuses, elle se prémunit ainsi contre les dangers d'une spécialisation à outrance. Le bien-être de ses habitants et la prospérité de ses finances seront la crinséquence de la vnriélé des travaux accomplis sur toute IT-tendue de son territoire.

Désii'cux d<' hâter le moment où les pioduils de tous genres poiiii-diil, sans ("'Ire gn'V(''s de lounis fiais i\(' Iranspurl, être amenés à des ports mai iliiiics Miimis d'un outillage peiicctioiiiié, IcCioiiveniemenl du Protectorat ;i lait un nppcl un ci-i'-dil piihlic et a deinand** par voie d'cmpninl les Sdiiimcs iiéccssaiics à la coiislruction de l'oiiles cl dr cliemiiis de fer, à l'agrandissement des poi'ls, à rédilication de hiilimcnls destinés ;"i abi-ilcr les services adiiiinislratifs. l'iif ••!■<■ iiniivcllc \;i s'nii\ i ir poiii- l:i Tuiiisir. An inumcnl nn'iiic <m'i s'élar^il notic cliiiinp (ruclion, il est bon de drcsseï' le

bilan des ti'avaux ell'eetués el de se rendre compte des résnltats ac(}iiis.

C'est en toute sincérité qu'il convient d'apprécier l'u'uvre accomplie dans la Régence depuis vingt-cinq années. Mais comment se défendre de a cette impartialité émue» dont parle un histoiien? Témoin de l'œuvre immense accomplie ici par les représentants de la Fi'ance, peut-on ne pas éprouver une légitime émotion et un patriotique orgueil à la mettre en lumière, alors que les détracteurs systématiques des possessions françaises d'outre-mer prétendent nous dénier les qualités d'un peuple capable de fonder une entreprise coloniale durable? Certes, des imperfections existent dans l'organisation du Protectorat, des défauts se révèlent dans notre méthode de peuplement et de colonisation, mais l'ensemble de l'œuvre est édifié de façon assez solide pour n'avoir pas à redouter les attaques de la critique la plus tenace et pouvoir défier les injures du temps.

Ce sera l'éternel honneur de MM. Paul Cambon, Massicault, René Millet et Stephen Pichon d'avoir conlinué de si heureuse façon la lâche parfois lourde et ingrate de nos anciens consuls dans la Régence.

Dédier cette étude à M. Stephen Pichon, Ministre des Aiïaires Etrangères, c'est donc simplement souligner par un juste et très respectueux hommage les heureux résultats du persévérant elfort de l'ancien Résident Général de France pendant les six années <[ue dura sa mission dans la Régence.

Sous la haute direction de M. Alapelite, le nouveau représentant de la République à Tunis, nos concitoyens vont poursuivi-e Ictu' labeur fécond, en communauté de sentiments et d'action avec la population indigène et les immigrants éirangers. Ainsi s'affirmeront la sagesse de notre politique, la fermeté de nos desseins et notre ardent désir de travailler plus vigoureusement que jamais au développement continu de la puissance française.

Tunis, le 7 février 1907.

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