Sortes de petits temples ronds ou octogones, d'une char
cinq cent dix- huit médressès ou hautes écoles turques annexées ordinairement aux mosquées, trenle-cinq bibliothèques publiques, deux cents hôpitaux , cent iniarets ou hospices, trois cents bains, des centaines de khans ou caravansérails, des casernes immenses dont Félégance et la propreté n'ont rien de comparable en Europe.
Les plus curieux de ces édifices sont les mosquées, avec leurs cours ombragées de platanes et bordées de fontaines où les fidèles musulmans accomplissent leurs ablutions, avec kurs dômes argentés et leurs minarets à la pointe élancée, garnis, à diverses hauteurs, de petites galeries circulaires avec un parapet de pierre sculpté à jour comme de la dentelle, d'où retentit aux cinq heures canoniques du jour la voix du muezzin appelant les fidèles à la prière : «Dieu très-haut! Dieu trèshaut! Dieu très-haut! Il n'y a point de Dieu, sinon Dieu, et Mahomet est le prophète de Dieu! Venez à la prière ! Venez à la prière ! Venez au temple du salut! Grand Dieu! grand Dieu! Il n'y a point de Dieu, sinon Dieu M »
Je ne dirai rien ici de Sainte-Sophie, le Saint- Pierre de Rome de l'Orient, tant de fois décrite, ni
mante architecture, qui renferment les tombeaux des sultans et d'autres grands personnages.
1. Cette formule, qui renferme, sous la forme la plus simple, la profession de foi musulmaiie, s'appeUe Vefann,
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de la mosquée d'Eyoub, bàUe sur reraplacement de l'ancienne ég^se Saint-Mamas, et où les sultans ceignent le glaive après leur avènement au trône, ni de la Sélimiè, qui a une palme de plus que Sainte-Sophie, ni de la Suleîmaniè, le chef-d'œuvre de l'architecture sarrazine dans le monde enti^, ni de FÂhmediè, la seule dans tout l'empire qui ait six minarets, ni des neuf autres mosquées dites impériales y et dont la plupart portent les noms des sultans qui les ont construites et dotées. Vues du dehors, ces mosquées se ressemblent foutes, à la grandeur et à la couleur près. A l'intérieur aussi, même aspect. Une chaire adossée à l'un des piliers; la frise formée par des versets du Coran ; les murs peints en arabesques; des fils de fer joignant entre eux les piliers qui supportent la coupole et portant une multitude de lampes, des œufs d'autruche suspendus, des bouquets d'épis ou de fleurs; à terre des nattes de jonc ou de riches tapis. Point de tribunes, ni de sièges d'honneur, ni de places réservées ; Dieu n'admet point ces vaines distinctions. Point de quêtes, de tronc pour les pauvres ou pour l'entretien de la mosquée, rien qui distraye les fidèles de la prière et de la contemplation. Mais la charité ne perd pas ses droits. Dans l'enceinte même de la mosquée, à côté des cloîtres où sont les logements des imans et les cellules des étudiants nécessiteux, ¥Ous trouvez les hôtelleries pour les
[lauvres et les voyageurs, les hôpitaux pour les malades et les infirmes. Le musulman aime à reporter sa pensée du ciel vers la terre, et jamais il ne sépare ces trois choses, la religion, la charité et la science. N'est-il pas écrit dans le Livre : « Le meilleur des hommes est celui qui se rend utile à ses semblables. » Et le Prophète lui-même n'a-til pas dit : « L'encre des docteurs et le sang des martyrs sont d'un prix égal devant Dieu. >»
Les médressès et les bibliothèques pubUques forment une autre dépendance des mosquées, qui pourvoient directement à leur entretien. Quelques bibliothèques cependant, fondées par des vizirs, par des muftis ou même par de simples particuUers , forment des établissements à part, tout à fait indépendants des mosquées. Parmi ces dernières, la plus célèbre est celle du grand vizir Râghib (le Studieux), qui fut fondée en 1762, comme le témoigne l'inscription suivante, placée au-dessus de la porte extérieure :
Louanges à Dieu seul 1
Sous le bon plaisir de Dieu,
El dans la vue de lui plaire,
Mohammed, vizir,
A fondé cet établissement
C'est un des édifices les plus gracieux de Constantinople. Elle est bâtie au milieu d'un jardin et
forme un dôme parfaitement éclairé, avec quatre autre petits dômes dont les côtés sont soutenus par des arcades de marbre ; les murs sont incrustés de faïence ornée d'inscriptions et de vases de fleurs peints en blanc et en rouge. Les salles sont munies de sofas, et nul bruit du dehors, si ce n'est le murmure voisin de Teau tombant dans un bassin de marbre , « afin, dit le chroniqueur, d'apaiser la soif des hommes altérés par l'ardeur de la science, » et le roucoulement plaintif des tourterelles dans le feuillage des cyprès, ne trouble le recueillement des efendis occupés à lire ou à transcrire les manuscrits.
Les Turcs aiment les inscriptions et ils y excellent. Pas un de leurs édifices, mosquées, collèges, hospices, caravansérails, fontaines, sur le frontispice ou sur les murs duquel on ne lise soit une sentence du Coran , soit un précepte de morale , soit un de ces chronogrammes sous forme de distiques, appelés tarikh, qui, par la valem* numérique de leurs lettres, indiquent en même temps la destination de l'édifice et l'année de sa fondation. Telle est cette jolie inscription du sultan Ahmed III sur la fontaine qui porte son nom :
Cette fontaine te parle de son âge dans ces vers du sultan Ahmed. Ouvre la clef de cette source pure et tranquillei en invoquant le nom de Dieu; bois de cette eau intarissable et limpide, et prie pour le sultan Ahmed.
La fontaine d'Ahmed me ramène au Sérail, dont elle est un des principaux ornements.
Le Sérail, bâti par Mahomet II, occupe tout remplacement de l'ancienne Byzance. C'est le Kremlin des monarques ottomans. iJne muraille de vingtcinq à trente pieds de haut , d'où surgissent , à des intervalles réguliers , des tours massives, carrées du côté de la mer et arrondies du côté de la terre, l'entoure sur une circonférence de plus de trois quarts de lieue. Huit portes y donnent accès : la principale d'entre elles est appelée Babi- Humayoun , ou porte Impériale.
Vu de loin , ce vaste édifice, ou plutôt cet amas de constructions confuses et irrégulières, entrecoupé de jardins et d'arbres gigantesques et dominé par les grandes coupoles de Sainte-Sophie et de Sultan-Ahmed, offre un aspect riant et pittoresque. Mais quand on approche, ses hautes murailles, ses cloîtres déserts, le silence qui l'habite, portent dans l'âme une impression mélancolique et lugubre.
En effet, l'ancien palais des sultans, abandonné par Mahmoud après la destruction des janissaires et devenu l'asile des eunuques en retraite et des favorites disgraciées du harem , ressemble plutôt à une nécropole qu'à une résidence souveraine. Mais que son histoire secrète serait dramatique et terrible , si ses murs pouvaient la raconter !
0 murs! que vous savez de lugubres histoires!
L'impression produite sur moi par ma première visite au Sérail ne s'est point encore eflacée. Nous venions de passer en caïque devant la porte basse , en forme de guichet, par où sortirent une à une, pour être précipitées dans la mer de Marmara , les femmes de Sélim, qui avaient aidé au meurlfe de ce malheureux prince. Plus loin, enlre la première et la deuxième cour du Sérail *, on m'avait montré le passage étroit où les capidjis et les muets, armés du fatal cordon, attendaient leurs victimes. Puis je me retrouvais pour la seconde fois on face de la grande porte du Sérail, avec ses deux niches latérales , où les têtes des condamnés restaient pendant plusieurs jours exposées aux regards du peuple.
Et, tel qu'un roi couvert de ses habits de fôte, Superbe il se moatrait aux enfants du Prophète, De six mille tètes paré.
I. L* enceinte du Sérail comprend trois cours, où Ton pénètre successivement par un nombre égal de portes. La première cour, située au delà de Babi-humayoun , renferme , outre la fontaine de Sultan-Ahmed, la Monnaie et Tancienne église de Sainte-Irène, bâtie par Constantin et transformée en un arsenal. La deuxième cour, dans laquelle on pénètre par la porte du Salut {Bab-us^ Selam) renferme la grande salle du Divan. Au fond de cette cour est la troisième porte (Bah-us-Seadetf porte de la Félicité), qui donne accès dans Tenceinte réservée où se trouve la salle du Trône.
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J'avais beau ne voir là qu'un de ces coucetti familiers au poëte des Orientales^ les souvenirs sanglants de 1821, Joints aux histoires que j -avais ouï conter de ministres étranglés, de fenunes cousues vivantes dans un sac et précipitées dans le Bosphore , de Francs surpris la nuit dans les jardins du Sérail et tombés sous le glaive des bostandjis, me revenaient en foule à l'esprit et me causaient un frisson involontaire.
En ce moment des bateliers grecs, à moitié ivres, passèrent en chantant ou plutôt en criant à tuetête devant le corps de garde où deux soldats de la réforme étaient en faction , tandis que leurs camarades, assis sur un banc, fumaient tranquillement ou jouaient au trictrac. Mon guide, devinant mes pensées , me dit en me les montrant :
« Regardez ces soldats habillés à l'européenne, qui montent la garde à cette même porte devant laquelle , il y a moins d'un quart de siècle, les ortas des janissaires venaient planter tumultueusement leurs marmites renversées. La destruction de cette milice turbulente a marqué la dernière heure du fanatisme musulman. Sultan-Mahmoud, après avoir coupé ce buisson d'épines qui gênait sa marche et déchirait son manteau impérial, suivant Texpression d'un de nos historiens, continua sans encombre le cours de ses réformes; et maintenant, vous le voyez, les bateliers grecs et arméniens
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passent en chantant le long de ces murs, donl l'aspect glaçait naguère le musulman d'effroi. »
De la porte Impériale à la Sublime-Porte , il n'y a qu'une courte distance. La Sublime-Porte s'appelle en turc PaehchCapouci (la porte du Pacha), parce qu'elle est la résidence officieUe du grand vizir et le siège du gouvernement qui lui emprunte son nom.
Du reste , c'est le même aspect austère et mélancolique : de hautes murailles crénelées , blanchies à la chaux; des fenêtres grillées; une apparence de forteresse ou de prison plutôt que de palais.
Les Turcs ont la manie de revêtir leurs édifices de chaux , dont les tons crus produisent un effet désagréable à l'œil. Passe encore pour les constructions nouvelles ; mais appliqué sur des monuments anciens, tout meurtris de crevasses et de brèches qu'on ne se donne pas la peine de réparer, il les fait paraître encore plus délabrés : il me semblait voir la cocôna^ Maritza et toutes ses illustres contemporaines du Phanar% avec leurs joues peintes et leurs rides remplies de blanc de céruse , qui leur donnent Tair de sépulcres blanchis.
L'intérieur même de Sainte-Sophie n'a point échappé à ce badigeonnage ; les marbres des co-